L’appel au soldat

Homme politique

Ancien député UMP, Président du Rassemblement pour la France, Président de La Droite Libre

 

Avec la réduction du budget de la Défense et l’attitude hautaine et maladroite de Macron envers l’armée, celle-ci est revenue au centre du débat dans notre pays. L’agression subie par les militaires de Sentinelle à Levallois-Perret a souligné trois aspects du lien qui l’unit dans notre pays à la nation.

D’abord, l’armée jouit de la confiance et du respect d’une grande partie de la population, qui se sent solidaire de ses soldats. Ensuite, l’armée apparaît aux yeux de beaucoup de Français comme le recours ultime pour protéger non seulement le pays contre l’ennemi extérieur mais aussi pour maintenir nos institutions face à la subversion. Enfin, il y a cette idée que l’armée représente l’âme de la nation. Elle comprend en son sein des citoyens, et même des étrangers, qui donnent plus au pays que les autres Français, puisqu’ils lui offrent leur vie.

Nombreux sont ceux qui cultivent une nostalgie du service national. On peut penser que sa disparition, logique sur les plans technique et budgétaire, a favorisé l’individualisme et l’affaiblissement de la cohésion nationale. Aujourd’hui, c’est un précipice d’expériences qui sépare le jeune qui n’a pas fait de service militaire, comme notre président de la République, de ceux, les plus âgés maintenant, qui ont combattu dans des conditions difficiles en Algérie.

Il est nécessaire d’établir un équilibre entre ces deux extrêmes, en restaurant un service national obligatoire avec une période militaire courte, en vue de créer une Garde nationale qui, elle, pourrait intervenir dans le maintien de l’ordre et pour la sécurité intérieure. Autant les patrouilles de l’armée dans les rues sont des cibles trop exposées, autant des effectifs plus importants d’une Garde nationale pourraient, par exemple, assurer les contrôles aux frontières ou mettre fin aux trafics et à la délinquance des territoires perdus de la République.

Le jeune Barrès, révolté par la corruption, les « affaires » et les scandales, appelait de ses vœux le général Boulanger au pouvoir dans les années 1880. En 1940, ce sont deux militaires qui ont incarné les espoirs des Français. Et celui qui avait eu raison, alors, est revenu en 1958 pour tirer le pays de l’ornière où l’avaient jeté les politiciens.

Dans la tradition indo-européenne, la société comprend trois ordres : au sommet se trouve la caste qui monopolise le pouvoir spirituel. En dessous se situent les gardiens qui incarnent les vertus militaires. Et enfin, en bas, les producteurs, le monde de l’économie, en somme. La révolution industrielle, l’avènement de la démocratie et, plus encore, la naissance d’une société postindustrielle ont renversé l’édifice. La mondialisation a gommé les frontières et la priorité est donnée à l’économie. Dans notre pays, les exigences politiques de la « société civile » paraissent comme le stade ultime de ce renversement. À cet égard, la tension entre l’énarque-banquier devenu Président et l’armée est un révélateur.

Il est sans doute temps de rétablir les équilibres. Le monde n’est pas devenu un marché unique garanti par le droit où la contamination des œufs préoccupe davantage les politiques que la bombe atomique nord-coréenne ou le développement du terrorisme islamiste. Le libéralisme bien compris ne consiste pas à résumer l’humanité à des foules d’individus producteurs-consommateurs « gérées » politiquement par des hommes et des femmes d’entreprise. C’est pourquoi il est nécessaire de bien séparer les fonctions régaliennes de l’État du monde de l’économie, de donner toute leur place dans la nation aux hommes qui ont d’autres motivations que l’enrichissement personnel ou le bien-être matériel. Dans notre pays, on tient trop les militaires à distance du pouvoir politique. C’est beaucoup moins le cas dans la grande démocratie américaine.

Un vaste regard sur l’Histoire récente et le monde actuel nous apprend que les dictatures militaires, la plupart du temps, ne durent pas. Elles assurent le plus souvent le retour à une démocratie apaisée en ayant évité le risque de l’instauration d’un État totalitaire dont on sort beaucoup plus difficilement. L’appel au soldat est parfois le dernier recours d’un pays face à une menace vitale. Pour éviter ces situations désespérées, il est nécessaire d’associer, quand il en est temps encore, le soldat au gouvernement du pays, dont il incarne une dimension essentielle.

Ancien député UMP, Président du Rassemblement pour la France, Président de La Droite Libre

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