Editoriaux - International - 30 novembre 2018

L’Allemagne à la France : pousse-toi de là que je m’y mette !

Nous y voilà. Les Allemands, par la voix du vice-chancelier Olaf Scholz, suggèrent que la France renonce à son statut de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU au profit de l’Union européenne. « Si nous prenons l’Union européenne au sérieux, l’UE devrait également parler d’une seule voix au sein du Conseil de sécurité des Nations unies […] À moyen terme, le siège de la France pourrait être transformé en siège de l’UE. » Et pourquoi pas leur donner les clés de la force de dissuasion française !

Cela fait un moment que l’Allemagne tourne autour de la table du Conseil de sécurité. Ainsi, en 1992, trois ans à peine après sa réunification, l’Allemagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères de l’époque, Klaus Kinkel, avait réclamé, en vain, lors d’une assemblée générale, un siège permanent. Le professeur Wolfgang Wagner écrivait alors dans la revue Politique étrangère : « …l’Allemagne, qui est l’une des plus grandes puissances économiques mondiales, est aussi plus peuplée depuis l’unification que la France et la Grande-Bretagne, et n’a donc plus aucune raison de le céder en rien à ces États ».
En 2015, Angela Merkel estimait nécessaire une réforme du Conseil de sécurité, afin que celui-ci reflète mieux « la réalité de la distribution du pouvoir dans le monde du XXIe siècle ». En clair, Merkel voulait un siège de membre permanent au Conseil de sécurité. Rappelons que cinq pays détiennent un siège permanent dans cette instance cruciale avec droit de veto : les États-Unis d’Amérique, la Russie en tant qu’héritière de l’URSS, la Chine, la Grande-Bretagne et la France, c’est-à-dire les cinq principaux pays sortis vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Cinq pays qui, par ailleurs, font partie du club restreint des détenteurs du feu nucléaire.

N’ayant pu obtenir ce siège permanent (il faut un vote des deux tiers des membres de l’ONU), l’Allemagne a donc évolué dans ses ambitions internationales en utilisant l’Union européenne comme une sorte de cheval de Troie. En juin dernier, la chancelière, lançant sa campagne pour les élections européennes, avait plaidé pour que l’Union parle « d’une seule voix » et proposé que les États européens siégeant temporairement au Conseil de sécurité parlent non plus en leur nom mais en celui de l’Union, une façon de donner une existence diplomatique à l’Union européenne. Cependant, elle ne demandait pas à la France de renoncer à son veto.

Six mois après, l’Allemagne pousse un peu plus loin ses pions. De même que la création de l’euro avait été une manière d’imposer le mark à l’Europe, la noble et grande cause européenne serait ainsi une manière, pour l’Allemagne, de prendre place de façon permanente à la table des grands de l’ONU.

Merkel aurait tort de se gêner alors qu’Emmanuel Macron ne cesse de plaider, notamment depuis le discours de la Sorbonne, pour une souveraineté européenne. Le Quai d’Orsay, pour l’instant, se réfugie derrière des arguties de droit international, certes fondées mais insuffisantes, pour éluder la question. Mais on aimerait entendre une parole forte, claire et sans ambiguïté du président de la République sur ce sujet. Un « Halte-là ! On ne passe pas ! », comme à Verdun. La réconciliation, l’amitié franco-allemande ne peuvent passer par l’abandon. À se demander, d’ailleurs, si avec l’Allemagne, ce n’est pas « Ce qui est à moi est à moi ; ce qui est à toi est à moi… »

Il est évident que si le chef de l’État s’engageait dans une telle voie, ce serait brader définitivement l’héritage gaullien. Ce serait passer par pertes et profits l’héroïsme de nos anciens qui permirent à la France, en 1945, d’être du côté des vainqueurs. Par pertes et profits les sacrifices financiers colossaux consentis par trois générations de Français pour que la France gagne une place crédible dans le cercle des nations nucléaires. Ce serait, à bien y réfléchir, donner matière à qui voudrait engager, au titre de l’article 68 de la Constitution, une procédure de destitution du chef de l’État, celui-ci étant garant de l’indépendance nationale. Emmanuel Macron n’envisage aucun recul face aux gilets jaunes. Aura-t-il la même fermeté vis-à-vis de l’Allemagne ?

Commentaires fermés sur L’Allemagne à la France : pousse-toi de là que je m’y mette !

À lire aussi

Gilets jaunes : futurs « idiots utiles » de Macron ?

Dieu merci, le bon sens reste une vertu de la France périphérique des ronds-points. …