Audio - Editoriaux - Histoire - 27 décembre 2018

Jacques Bompard : « La Révolution ne s’est pas faite dans la joie et la bonne humeur… »

La ville d’Orange, dans le Vaucluse, érigera en 2019 un monument à la mémoire des 332 victimes (dont 32 religieuses) de la Révolution française, mortes sur l’échafaud. Jacques Bompard, maire d’Orange, répond aux questions de Boulevard Voltaire.

La ville d’Orange vient de se mettre d’accord pour construire un mémorial pour les victimes de la Terreur révolutionnaire.
Pourquoi honorer les victimes de cette Terreur ?

Ce dossier a déjà plus d’un an. Les choses ne vont pas très vite. La procédure de concours par laquelle nous sommes passées est assez lourde, mais nous y tenions. Puisque l’art est un monde compliqué, nous voulions être juridiquement bordés.
Durant la Terreur, Orange a subi 332 exécutions dont celles des 32 Bienheureuses dites d’Orange, mais en réalité de Bollène. Cela faisait quelques années que des descendants de ces Bienheureuses nous disaient qu’il faudrait faire un mémorial avec le nom de tous les suppliciés sur le théâtre municipal, le lieu même où ont eu lieu les décapitations.
Ce dossier a cheminé dans mon esprit. On est parti au départ sur quelque chose de simple, c’est-à-dire d’écrire sur un mur les noms des 332 décapités. Puis nous avons trouvé que cela faisait un peu juste.
Il faut rappeler que la loi impose que 1 % des investissements aille à la culture. C’est d’ailleurs au nom de ce 1 % donné que l’on voit fleurir des monuments bien souvent pitoyables et extrêmement chers. Puisque nous investissons beaucoup sur les monuments historiques, nous ne sommes pas vraiment soumis à ce 1 %. Mais moralement, on y a le droit. Nous pouvions donc en profiter pour faire quelque chose de beau. Nous préférons faire quelque chose de beau et d’utile que quelque chose de laid et d’inutile. C’est toute une philosophie…
Dans le cadre de ce concours, deux concurrents ont fait deux beaux projets. Celui de Boris Lejeune était beaucoup plus beau à notre goût et beaucoup plus noble. Il faut dire que c’était du bronze, alors que le projet de l’autre concurrent était en pierre et moins élaboré. Je dois dire que le projet qui nous a été présenté est tout à fait magnifique. Il nous a conquis. J’en ai d’ailleurs une maquette dans mon bureau.
Nous avons donc lancé ce dossier. L’implantation de l’oeuvre se fera entre mars et juillet 2019 en fonction notamment de la disponibilité des religieux qui participeront à cette inauguration. Ce n’est évidemment pas une oeuvre religieuse, mais elle l’est tout même pour partie puisqu’elle commémore les 32 Bienheureuses martyres d’Orange.

On connaît la Terreur en Vendée et en Bretagne. Le Vaucluse a été très touché également. D’autres communes, comme le village de Bédoin par exemple, se sont contentées de poser une plaque commémorative. Pourquoi avez-vous voulu mettre une statue ?

Il s’agit tout de même d’honorer à la fois les 32 martyres et 300 autres personnes décapitées. Nous vivons dans un monde où on bat sa coulpe sur tout ce qui se passe ailleurs, mais où on oublie les crimes fondamentaux qui ont eu lieu en France et plus particulièrement pendant la Révolution. N’oublions pas que la Révolution ne s’est pas passée dans la joie et la bonne humeur comme certains le disent et le pensent. C’est d’ailleurs remarquable que certains élus de droite disent ne pas être d’accord avec la mise en place de ce mémorial.
En effet, le prêt-à-penser règne. Et le prêt-à-penser a cela d’intéressant qu’il balaie certains événements, en invente d’autres. Il en démultiplie certains et en écrase d’autres. C’est aussi pour combattre ce prêt-à-penser que nous souhaitions souligner cette décapitation. À un moment où la mise à mort est éliminée pour les pires des criminels, à ce moment-là on a sacrifié des innocents au seul motif qu’ils croyaient en Dieu. Convenez que c’est assez incroyable.

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