Guillaume de Prémare : « La France part en morceaux : l’ensemble du lien social est atteint »

Guillaume de Prémare a cosigné, avec dix-neuf intellectuels catholiques, une tribune dans La Vie : Appel pour un nouveau catholicisme social.

Pour Boulevard Voltaire, il développe cette réflexion sur la question sociale contemporaine avec la crise des gilets jaunes.


Vous avez fait partie des signataires qui ont signé une tribune dans La Vie intitulée ‘’ Appel pour un nouveau catholicisme social’’.
Pouvez-vous nous expliquer ce que représente le courant de pensée du catholicisme social dans l’Histoire ?

Au 19e siècle, les catholiques sociaux sont nés de la prise en compte de la question sociale.
Elle concernait à l’époque la question ouvrière et se résumait à peu près aux conditions indignes de travail des ouvriers dans les usines dans le cadre de l’insdustrialisation.
Beaucoup de catholiques sociaux ont œuvré pour les premières lois sociales. Ces catholiques sociaux étaient issus de différentes écoles de pensée. Il y avait une diversité du catholicisme social. Aujourd’hui, une nouvelle question sociale pète, d’une certaine manière, à la figure de notre société. Elle est encore plus grave que celle du 19e siècle. Elle ne touche pas simplement une catégorie particulière, c’est-à-dire la classe ouvrière, mais tout le lien social et collectif en France, notamment à travers cette extraordinaire fracture socio-géographique qui fait que la France part en morceaux. Aujourd’hui, c’est l’ensemble du lien social qui est atteint au plan économique, social, culturel, familial, éducatif. Si on ajoute à cela les problèmes écologiques, on est confronté à une question sociale beaucoup plus vaste et plus complexe. C’est pour cette raison qu’elle est appelée la nouvelle question sociale. Pour une nouvelle question sociale, il faut un nouveau catholicisme social, élaboré, actualisé et renouvelé. Un catholicisme social pour aujourd’hui.


Il faut préciser que le nouveau catholicisme social est né notamment de l’initiative d’Albert de Mun et de La Tour du Pin suite au massacre de la commune de Paris. C’est à ce moment-là qu’une prise de conscience a eu lieu concernant la misère ouvrière.
Votre initiative rejoint-elle le mouvement des gilets jaunes ?

Le catholicisme social est même antérieur à la commune de Paris. Il a commencé a être pensé avant, même si bien sûr une action forte a eu lieu au moment de la commune de Paris.
Jean-Frédéric de La Tour du Pin, Frédéric Ozanam et Albert de Mun se sont posés la question d’une autre école de pensée plus progressiste. Dans le catholicisme social, il y a une école progressiste et une école classique. Tous ces gens-là ont accentué leurs efforts au moment de la commune de Paris. Aujourd’hui, ce mouvement a un côté de révolte populaire qui laisse craindre de la violence. On ne peut néanmoins pas parler d’une guerre civile. On n’en est pas là. Quand la violence s’invite à la table de l’Histoire, c’est autre chose que ce que l’on voit aujourd’hui.
En revanche, qu’il y ait un potentiel insurrectionnel ou de révolte dans le peuple profond, c’est évident et sous nos yeux. On ne peut pas simplement résister à une oppression. Il faut aussi reconstruire des choses. Il y a un double aspect. Face à cette espèce de gigantisme global qui rend tout liquide, déshumanise, asservit et empêche beaucoup de gens de vivre dignement du fruit de leur travail. Je vois un double mouvement, résistance à ce qui déshumanise, mais aussi reconstruction par le bas.

Dans la tribune que vous avez cosignée, à nul endroit et à nul moment ne s’est posée la question de l’immigration. Le déséquilibre démographique et économique latent et prégnant ne fait pourtant qu’augmenter.
Pourquoi ne pas avoir parlé de ce sujet-là ?

Nous avons tout de même évoqué la question culturelle. Pour refaire une société, un peuple, une nation et une communauté civique, il faut, comme dit Saint Augustin, une communauté des objets aimés. La question culturelle est donc importante pour un pays. Mais un pays est aussi fait de pays au pluriel, notamment la France. Il y a aussi des enjeux de culture locale, populaire et d’identité.
Il est vrai qu’il y a un lien avec la question sociale, un lien qu’a fait Laurent Bouvet. La question sur l’immigration dans la sociologie des gilets jaunes se pose. Elle est dans tous les esprits. Elle n’est pas traitée dans cette tribune, mais j’imagine que parmi les signataires, il y aura des opinions différentes sur cette question. Peut-être y aura-t-il au minimum une conscience commune du fait qu’il faille favoriser l’émergence d’une culture commune, une sorte de ciment populaire. Cette question culturelle n’est pas absente de la tribune.

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