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Quand les faux-culs célèbrent la mémoire de Johnny Hallyday et de Pierre Desproges

Journaliste, écrivain
 

On n’écoutera jamais trop les déclarations des vedettes du show-biz. On a bien tort, sachant qu’elles nous en disent parfois bien plus que les statistiques ministérielles ou les savantes analyses de tel ou tel bel esprit. Et c’est ainsi que la parole d’un Patrick Sébastien vaut bien celle d’un Raphaël Glucksmann.

Ainsi, à propos des obsèques nationales de Johnny Hallyday, Patrick Sébastien : « Je fais quelques imitations, des imitations de Johnny entre autres, mais ce que je dis sur Johnny, c’est que le jour de l’enterrement, derrière le cercueil, il y avait trois présidents de la République qui sont des gens qui ont toujours balancé des lois partout pour empêcher les gens de fumer, de boire, de conduire vite et de bloquer l’argent à l’étranger. Ils venaient rendre hommage à un mec qui n’a fait que ça. Ça a dû le faire marrer, Johnny. »

Dans la foulée, les médias vont une nouvelle fois commémorer la figure de Pierre Desproges, mort il y a trente ans. Et ce, sur la désormais très pénible antienne voulant « que Pierre Desproges ne pourrait plus dire aujourd’hui ce qu’il disait hier » et que, maintenant, « on ne peut plus rire de rien ». On notera, sans surprise, que ce sont exactement les mêmes qui s’érigent en juges vétilleux des élégances démocratiques. Une telle schizophrénie a de quoi laisser pantois.

S’extasier sur un Johnny Hallyday avouant benoîtement au Monde avoir besoin de drogue pour stimuler sa production artistique et militer pour que le paquet de cigarettes soit vendu au prix de la cocaïne, c’est délicieux. S’esbaudir devant le rocker poussant sa moto à fond les manettes, engin dont la cylindrée induit un bilan carbone modérément salvateur pour la planète, le tout sans casque et sur des routes américaines sans radars, tout en militant pour une répression routière qui devrait tôt ou tard limiter la vitesse à 80 km/h sur autoroute, c’est exquis.

Rire à gorge déployée devant la énième réédition des sketches et citations de Pierre Desproges – « Faute avouée est à moitié pardonnée, comme disait Pie XII à Himmler » –, pour ensuite se féliciter de l’éviction d’un autre humoriste, Tex en l’occurrence, de France 2 pour une blague aussi innocente que misogyne, c’est charmant. Regretter, en comités aussi restreints que choisis, ce temps d’avant, où tout était possible et permis, tout en se comportant, dès que sortis des petits cénacles en question, comme les pires des censeurs, doublés, tant qu’à faire, de pères la pudeur, c’est primesautier.

Nous en sommes là. Sous la coupe, non seulement de matons se rêvant en moralistes, mais encore d’apprentis sorciers nigauds se demandant comment, dans cette machine, rendue folle par leurs soins, ils vont enfin trouver la pédale de frein.

Le fameux Pierre Desproges affirmait naguère : « C’est à cela qu’on reconnaît les communistes : ils sont fous, possédés par le diable, ils mangent les enfants et, en plus, ils manquent d’objectivité. » À quelques détails près, voilà qui vaut pour nos actuelles rosières, inconsolables de péchés qu’elles n’ont pas commis ou n’ont plus l’audace de commettre.

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