Le droit de rouler (trop) vite

 

Il doit exister des ligues de défense ou de protection pour tous et tout : droits de l’homme, contribuables, oiseaux, chevaux, furets… et sans doute celle du raton laveur cher à Prévert, en cherchant bien ! Il en est même une qui s’intitule Ligue de défense des conducteurs. Elle n’a rien à voir avec le métal et les électrons libres, mais elle importune ceux dont elle a récupéré l’adresse en leur soumettant un questionnaire pompeusement intitulé « Enquête nationale 2017 sur la sécurité routière ».

La question 1 est sans doute un chef-d’œuvre de manipulation intellectuelle :

Avant de recevoir ce courrier, saviez-vous que depuis l’intensification de la répression routière fin 2003, le nombre de tués sur les routes n’a pas connu de baisse significative, au contraire : moins 375 morts par an entre 1990 et 2003, moins 204 morts par an entre 2003 et 2016.

La question ne porte que sur l’état de votre connaissance AVANT la réception de ce courrier, soit un intérêt bien limité. Mais l’auteur de l’enquête vous a, en passant, livré sa doxa, certes un peu bidouillée par rapport aux faits : la lutte contre la vitesse excessive est contre-productive puisque le rythme de réduction des morts se ralentit depuis qu’elle devient plus sévère. Vous parieriez sur l’hypothèse qu’en l’absence de répression de la vitesse, le nombre de tués sur la route poursuivrait sa décroissance à un rythme beaucoup plus soutenu, qui sait, jusqu’à devenir négatif ? Il y a nécessairement un point d’inflexion et une asymptote.

Parmi les facteurs qui ont certainement contribué à réduire la mortalité sur les routes, il y a indubitablement la vitesse. Nonobstant toutes les ligues du monde, le calcul de l’énergie cinétique qu’un choc doit absorber reste stupidement inchangé : la moitié de la masse multipliée par le carré de la vitesse. Tant que cette loi physique, certes liberticide, ne sera pas abrogée, la vitesse sera dangereuse, et la réduire contribuera à combattre la dangerosité des accidents. Il faut aussi citer des véhicule mieux conçus qui se déforment et encaissent les chocs en protégeant l’habitacle, et aussi un contrôle technique qui disqualifie des véhicules plus dangereux, et sans doute d’autres raisons encore. Mais ces dernières explications ne servent pas la thèse de cette Ligue de défense des conducteurs qui veut que l’on puisse rouler vite.

Alors oui, l’affectation de gendarmes et policiers à des contrôles de vitesse peut irriter celui qui s’est fait (ou pas) cambrioler (question 8), mais eux, ils prennent réellement la défense des automobilistes. Celle de leur vie, pas de leurs biens. Et si cette ligue me lit, elle peut supprimer mon nom de ses fichiers, il est peu probable que je lui réponde ni ne finance ses élucubrations. Et soyez prudents sur la route !

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