Culture - Editoriaux - 6 février 2019

Opéra Garnier : de l’entrechat à l’entre-soi !

Inviter ou ne pas inviter Sergueï Polounine ? L’Opéra de Paris ne sait plus sur quel pied danser. Le dossier du personnage est chargé. Adorateur de Poutine, classé homophobe pour avoir tenu des propos quelque peu abrupts comme celui-ci : “À tous les hommes qui font du ballet, il y a déjà des ballerines sur scène. Un homme doit être un homme et une femme doit être une femme. […] C’est la raison pour laquelle vous avez des couilles.” Et puis, tant qu’on y est, il serait également “grossophobe”. Accessoirement, Sergueï Polounine est danseur étoile. De la classe d’un Noureev, selon les spécialistes. Une sorte de génie du ballet.

Dans un premier temps, la direction de l’Opéra de Paris semblait avoir renoncé à inviter un tel énergumène à tenir le rôle de Siegfried dans Le Lac des cygnes. Danser comme un dieu n’autorise pas à sortir des chemins tracés par la bien-pensance. Pas de ça chez nous ! Puis, selon plusieurs journalistes cités par le magazine Têtu, le phénomène sur pointes serait, tout compte fait, accepté à entrer dans le cercle très fermé des danseurs à la pensée merveilleuse. Talent contre opinion conforme, le match est serré.

Drapé dans son indignation, Adrien Gomez, l’un des humanistes dansant du palais Garnier, a déclaré : “Notre compagnie prône des valeurs de respect et de tolérance.” Le mot est lâché. Les chiens aussi. Aucun écart grand ou petit ne sera toléré à l’intérieur de l’établissement. Tolérance d’accord, mais dans la limite des stocks disponibles.

Dans ces conditions, et pour en finir avec cette valse-hésitation, pourquoi ne pas confier le rôle à Édouard Philippe ? L’homme est élancé, sans doute très souple, tolérant selon les critères en vigueur. Certes, son expérience chorégraphique est limitée, mais il pense extrêmement bien. Avec Marlène Schiappa en tutu. Le personnel du lieu serait comblé.

“Le Lac des signes d’adhésion au conformisme ambiant”. Le titre ainsi revisité aurait de l’allure. Entrechats et entre-soi à volonté.

Dans le même temps où les patrons des “petits rats” réfutent un artiste au sommet de sa discipline, les portes de l’Eurovision s’ouvrent toute grandes devant Bilal Hassani au look en adéquation avec l’idéologie du moment, mais interprète d’une chanson indigente. Notons, au passage, que les insultes homophobes idiotes dont il fit l’objet n’étaient que la contestation maladroite d’un choix honteusement biaisé. (Sur ce sujet, voir le brillant article de Patrick Eudeline dans L’Incorrect : “Les travelos, c’état mieux avant.”)

Au beau milieu de cette société où le mérite s’efface au profit de critères hors sujet, Emmanuel Macron vante les bienfaits du travail. Sergueï Polounine n’y comprend plus rien.

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