Editoriaux - Immigration et diversité - 3 septembre 2018

Chemnitz, 1er septembre 2018 : Merkel assiste, impuissante, à la révolte contre son nouveau mur

À suivre l’actualité quotidienne, on perd parfois le sens de l’important, de l’historique par rapport à l’anecdotique des événements. Ainsi, n’en déplaise à MM. Hulot, Cohn-Bendit et Darmanin, ce ne sont pas leurs petites personnes que l’Histoire retiendra. Non, en ce 1er septembre 2018, l’Histoire se déroulait ailleurs : à Chemnitz, en Allemagne, en Saxe, où avait lieu une nouvelle manifestation, à l’initiative de l’AfD, pour dénoncer les crimes commis par les migrants, et la responsabilité de Mme Merkel accusée d’avoir laissé entrer, depuis 2015, des centaines de milliers de migrants.

Les grands journaux français ont bien senti que quelque chose se passait là-bas. Nicolas Barotte, envoyé spécial du Figaro, a surtout brillé par sa maladresse : il avait placé entre guillemets les « victimes » des migrants. Comme s’il s’agissait d’une image, d’une exagération, d’une citation à prendre avec des pincettes. Comme si les migrants ne pouvaient pas faire de « victimes »…

L’envoyé spécial du Monde, lui, a été à juste titre frappé par la division de la société allemande, puisque des organisations de gauche appelaient aussi à une contre-manifestation : « À Chemnitz, des manifestations parallèles révèlent les deux visages de l’Allemagne. » Il n’ose pas parler de « mur ». L’image est peut-être trop facile, mais pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Cette manifestation anti-migrants et anti-Merkel est historique à plus d’un titre.

D’abord, elle ne tombe pas du ciel mais elle s’inscrit dans une trajectoire beaucoup plus ample de causes et de conséquences : il y a, bien sûr, la cause immédiate, cet assassinat de Daniel Hillig il y a une semaine. Qui, lui-même, s’inscrit dans la trop longue chaîne des viols et des assassinats commis en Allemagne par des migrants. Et puis, en remontant trois petites années en arrière, on tombe sur ces arrivées folles, par dizaines de milliers, à Munich, de migrants. Dès cette époque, un contributeur de Boulevard Voltaire avait indiqué que ce mois de septembre 2015 était historique et que ces événements auraient des conséquences. Les victoires électorales de l’AfD furent les premières. Chemnitz en est une autre.

Ensuite, elle est spectaculaire par sa tenue. Le Monde a su donner la parole à ces Allemands qui, par milliers, sont descendus pour dire stop :

« Vous, journalistes, n’attendez qu’une chose : qu’on hurle comme des nazis. Eh bien, nous sommes des gens civilisés et disciplinés. Ce n’est pas nous qui foutons le désordre. »

Enfin, contrairement à la propagande de la gauche et des médias, ce mouvement populaire, aux antipodes des slogans racistes ou xénophobes qu’on aurait bien voulu lui voir scander, témoigne d’une réflexion politique et historique qui se comprend – et se défend :

« Tous ces morts, ce sont les victimes de Merkel, de sa politique criminelle. Ce pauvre Daniel tué à Chemnitz la semaine dernière n’est hélas ni le premier ni le dernier de la liste. »

Ce quinquagénaire interrogé par Le Monde poursuit : pour lui, Merkel doit être « jugée par un tribunal pénal » et son gouvernement « renversé par une révolution pacifique, comme celle qui a balayé la République démocratique allemande en 1989 ».

On aurait tort de balayer d’un revers de main la conscience politique de ces Allemands qui avaient vingt ans en 1989 et cinquante aujourd’hui. On ne sait pas si un nouveau mur tombera, mais ce qui est certain, c’est qu’Angela Merkel en a édifié un qui aujourd’hui la menace.

Ce nouveau mur et ce nouveau mouvement populaire ressemblent à ceux de 1989 car ils dépassent l’Allemagne et fracturent toute l’Europe. Le président tchèque ne s’y est pas trompé non plus, en apportant son soutien aux manifestants. Et la ressemblance peut être poussée plus loin : au début de tous ces mouvements, certains dirigeants occidentaux, à commencer par François Mitterrand, furent bien frileux et incapables de comprendre ce qui se passait, tout comme les dirigeants communistes de l’Est. L’Histoire obéit rarement à ceux qui ne veulent pas voir les mouvements de fond qui l’agitent. Il y aura un avant et un après Chemnitz, en Allemagne et en Europe.

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