Editoriaux - Politique - 2 août 2018

Benalla : cette fois-ci Macron décroche vraiment

La com’ tournait à plein régime. Ce n’était qu’une faute individuelle, et surtout pas une affaire d’État, une toute petite tempête dans un tout petit verre d’eau et, d’ailleurs, regardez : Alexandre Benalla était vraiment quelqu’un de très bien ! L’histoire s’était d’ailleurs conclue – preuve irréfutable – par un sondage indiquant que le Président gagnait même deux points ! La session parlementaire s’achevait opportunément et le Président filait à Brégançon. La séquence était terminée et l’on pouvait « passer à autre chose ». Marlène Schiappa était là pour ça, avec ses vrais-faux « regards appuyés ».

Sauf que les Français, bien que caressés dans le sens du poil sur le thème « Benalla, ça va, on en fait trop », ont décidé d’appuyer le regard là où ça fait mal : la confiance dans l’action du Président. Et un sondage mensuel, de YouGov pour Le HuffPost et CNews, enregistre une chute de 5 points pour Emmanuel Macron. Pour la première fois depuis son élection, il passe sous la barre des 30 %, à 27 %. Et le score des mécontents bondit à un plus haut de 62 %.

Le décrochage est spectaculaire chez les électeurs LR : -18 points en un mois. Rien de plus logique : cet électorat, qui s’apprêtait à voter Fillon il y a un an et demi, en a été dissuadé – culpabilisé, même – pour des raisons de morale, le Penelopegate. Il aurait été étonnant qu’il ne soit pas troublé par cette affaire Benalla, qui ne concerne plus un candidat à la présidence mais le Président en exercice lui-même, élu précisément grâce à cette affaire.

Sa pratique du pouvoir qui a conduit à ce scandale – dont il a lui-même assumé être « le seul responsable » – et sa gestion calamiteuse ensuite, oscillant brutalement du silence à la logorrhée, mais toujours avec la même arrogance, sont les causes profondes de sa disgrâce.

Et puis il y a toutes les ramifications de cette affaire qui ne peuvent que choquer profondément l’électorat de droite : la promotion de cet individu au nom d’une forme douteuse de discrimination positive, mais aussi son association à la réflexion sur la protection du président de la République à un haut niveau, et les privilèges qui en ont découlé. Sans compter les multiples révélations qui s’égrènent chaque jour et qui montrent que l’affaire est loin d’être close (hier sur les armes de MM. Benalla et Crase). Et les multiples mensonges…

L’affaire Benalla rebat les cartes pour la droite en refaisant revenir vers elle des électeurs qui avaient rallié le macronisme, faute de mieux, et qui en découvrent aujourd’hui les limites, voire l’imposture. Le parallèle avec l’éviction du général de Villiers, il y a un an, a dessiné dans l’électorat de droite un portrait régalien du Président fait d’amateurisme, de légèreté et d’arrogance : les étés sont décidément meurtriers pour la cote d’Emmanuel Macron à droite. Et il n’est pas certain qu’il se remette de cette saison 2 ravageuse.

Désormais, une immense responsabilité échoit aux chefs de la droite à l’égard de cet électorat orphelin : lui proposer mieux. Sur le fond et sur la forme.

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