25 avril 2018

« Bébés sur mesure : Le monde des meilleurs » par Blanche Streb

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L’essai s’appelle Bébés sur mesure et évoque ce Monde des meilleurs que l’on nous tricote doucettement, sans que cela ne suscite ni révolte ni cris d’orfraie, attendu que cette révolution sans précédent se passe dans le silence lénifiant et feutré des laboratoires, avec l’assentiment de ces figures tutélaires incontestables que sont les grands scientifiques.

Il est assez piquant – coïncidence de calendrier – que ce livre sorte précisément au moment où l’extrême gauche est vent debout contre une réforme universitaire allant vers une (dérisoire) sélection. Faut-il que certains soient borgnes ou dotés d’un cerveau hémiplégique pour ne pas voir la sélection létale, à l’exigence exponentielle, dont font désormais l’objet les plus précaires, bien avant qu’ils ne soient chevelus et capables d’accrocher des banderoles en haut des amphis… les tout-petits, les tout-fragiles, lorsqu’ils sont à peine conçus ?

Comme si un élitisme débridé n’existait pas bien avant la naissance. Comme s’il n’y avait pas des recalés en nombre, et voués non pas à une réorientation mais à une mort certaine, dès l’entrée dans ce monde. Comme si les enfants ne passaient par leur premier examen de passage in utero, dès qu’ils sont suspectés de ne pas rester sagement entre les courbes du graphique.

Comme si, même, cette sélection ne commençait pas désormais in vitro, les « bébés couette » – artisanaux, bricolés, hasardeux, fabriqués au petit bonheur par des amateurs, des touristes de la procréation -, étant peu à peu remplacés par des « bébés éprouvette », dans un processus dûment standardisé avec moult contrôles qualité pour un résultat optimisé. Le progrès avait permis « le sexe sans bébé », voici désormais « le bébé sans sexe ».

C’est la partie immergée de cet iceberg « procréation », ce scénario digne d’un blockbuster qui ferait passer Bienvenue à Gattaca pour La Petite Maison dans la prairie, que Blanche Streb, docteur en pharmacie, directrice de la formation et de la recherche pour Alliance Vita, mais aussi femme et mère, explore méthodiquement. Elle dénonce le blanc-seing laissé à cet « eugénisme démocratique » (« le législateur français voudrait exclure un eugénisme collectif mais l’autorise individuellement ») – qui n’est pas un progrès médical puisqu’il ne traite pas mais trie, comme un Louis Pasteur imposteur qui aurait subrepticement tué le patient pour se vanter ensuite d’avoir éradiqué la maladie – sans que nul ne puisse prédire les conséquences biologiques (« des découvertes ont montré que certains mauvais gènes nous protègent : même s’ils sont impliqués dans des maladies, ils peuvent posséder simultanément le double rôle de prémunir contre d’autres maladies : c’est le caractère essentiel de la biodiversité humaine ») mais aussi psychologiques et sociales de ces bébés OGM. Et sans que personne, ou presque, parmi ceux qui se piquent d’écologie, de développement durable, qui guerroient contre les dérèglements (climatique ou autres) liés à une intervention humaine inconséquente et irrespectueuse de la nature, ne s’en inquiète.

« Le sens du progrès, cela peut être celui que l’homme choisit et décide de lui donner au lieu de, parfois, le subir », écrit Blanche Streb. Blanche Streb qui, facétieuse et grave à la fois, fait judicieusement remarquer qu’avec tout cela, nul n’a identifié le gène du bonheur. Un gène qui se promène, en capricieux, où il veut, et fait irruption là où on ne l’attendait pas ou défaut là où on l’attendait. Le monde des meilleurs n’est pas le meilleur des mondes. Ou alors seulement celui d’Aldous Huxley.

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