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Apaisement : le point de non-retour

Enseignant
 

Ils sont nombreux à appeler à une société apaisée, à un rétablissement des lois de la République, et certains font mine d’y croire encore alors que les indicateurs se bousculent pour montrer qu’un point de non-retour a été franchi. Il en va de ces consignes relatées de plus en plus fréquemment par des syndicats de police, des préfets ou des magistrats, sur la décision de ne plus intervenir sur certains actes délictueux. Ainsi, on ne verbalise pas systématiquement le port de la burqa, par peur de l’émeute spontanée. On se résout à ne plus poursuivre les rodéos nocturnes dans les cités sur des engins motorisés de toute nature. Stéphane Ravier, maire à Marseille, préfère fermer la piscine d’un centre aéré car les protections passives, barrières et grillages, sont devenues inefficaces, tout autant que les interventions de police.

Le système bute sur ses propres limites, à savoir qu’il faut maintenant, pour intervenir, entrer dans le rapport de force et la confrontation directe, sinon armée, que cherchent les assaillants, et qu’à ce jeu, la moindre éraflure sur l’un des malfrats se traduira par une plainte. Le bras armé de l’État, garantie de la sécurité des citoyens, se retrouve donc à devoir employer la force pour résoudre des cas de conflits dans lesquels tout geste maladroit sera sanctionné, face à des personnes n’ayant souvent pas grand-chose à perdre, dont la confrontation avec la police sera comptée comme un acte de bravoure et dont, en plus, dans la plupart des cas, il sera interdit de dévoiler le profil.

La démocratie se trouve confrontée, dorénavant, à des problématiques qu’elle ne peut résoudre sans sortir de ses propres cadres et, donc, laisse ses citoyens en prise directe avec la transgression indirectement permise. Elle cherche alors des excuses à sa propre passivité : « Ce n’est qu’une minorité d’individus. » Allons donc, s’il s’agissait effectivement d’une minorité, peu soutenue et peu équipée, le problème serait résolu depuis longtemps. Il s’agit, en fait, de contingents importants, très soutenus, bénéficiant d’une protection à la fois communautaire et territoriale.

Fermer des piscines ou se refuser à faire appliquer les lois républicaines dans des lieux, certes encore circonscrits, est un signe aux résonances à la fois multiples et dangereuses. Il s’agit, en premier lieu, d’un empilement infini, mais de plus en plus instable, de renoncements. Il en va aussi, sur le plan psychologique, d’un avantage laissé aux malfrats, face à un sentiment de perte inéluctable chez ceux chargés de l’application et du respect de la loi. D’une incitation, aussi, à pousser plus loin, pour les contrevenants, la méthode, la conquête territoriale et la pression tant physique que psychique. De ce point de vue, on débouche inévitablement sur un dilemme. Ou la démocratie acceptera de franchir les limites qu’elle s’impose pour survivre, ou elle se laissera mourir, sans doute à petit feu, mais de manière inexorable.

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