Audio - Editoriaux - Entretiens - Le débat - Politique - Presse - Sport - 22 janvier 2018

« 90 % des consommateurs de cannabis dans les rues sont des adolescents »

Un rapport parlementaire sur un « assouplissement de la loi pour les consommateurs de cannabis » va être présenté, mercredi 24 janvier, en commission des lois à l’Assemblée nationale.

Serge Lebigot, président de l’association Parents contre la drogue et auteur de l’ouvrage Le Dossier noir du cannabis paru en 2013, a été auditionné le 2 octobre 2017 par la commission des lois de l’Assemblée nationale sur ce dossier de l’usage illicite de stupéfiants.

Il réagit au micro de Boulevard Voltaire à cette proposition d’assouplissement qui passerait par l’instauration de contraventions.

Serge Le Bigot, comme un vieux serpent de mer, le débat sur la légalisation du cannabis revient à l’Assemblée nationale.
Pouvez-nous dresser un état des lieux des politiques sur ce débat aujourd’hui ?

« Une grande partie des politiques est plutôt sur une position laxiste qui consiste à ne rien faire et aller vers la légalisation, ou la dépénalisation. C’est le système le plus facile, puisqu’on baisse les bras.
Une autre partie ne comprend rien, et finalement laisse faire.
Cela fait 25 ans que ça dure comme ça. »


On a une nouvelle majorité à l’Assemblée. Les députés qui la composent ont-ils une vision arrêtée sur le sujet ?

« Le problème est qu’on ne sait pas bien de ce dont on parle.
Lorsque j’ai participé à la commission d’enquête sur ce sujet, on nous a bien dit au départ qu’il n’était question ni d’une dépénalisation ni d’une contraventionnalisation. On peut donc se demander ce que ce sera effectivement.
Lorsque nous avons été auditionnés, nous avions dit que nous n’étions pas contre le système de contraventions, à condition qu’un fichier soit établi. Sinon, la personne sera arrêtée 50 fois et continuera. Ça ne servira donc à rien. Il faut que dès la première amende, la personne en infraction soit entrée dans un fichier central des amendes liées au cannabis. De cette façon, la fois suivante, le policier saura qu’il a affaire à un récidiviste. »


Pour rappel, la consommation de cannabis est punie aujourd’hui d’une peine de prison. Ces peines sont-elles appliquées ?

« Non, évidemment.
Je ne suis pas pour la prison, mais je pense qu’on peut prendre des sanctions plus efficaces. La confiscation des scooters est un exemple.
On sait que 90 % des personnes qui consomment dans la rue sont des adolescents.
Or, la loi ne va pas s’appliquer aux adolescents. Je ne comprends donc pas très bien la démarche.
On fait une loi pour les adultes, alors qu’il n’y a que 10 % des adultes qui consomment dans les rues.
Ce n’est donc pas avec ça que les choses vont changer.
Avec les contraventions, on va arriver au problème suivant. Le consommateur des beaux quartiers va s’acheter un carnet de timbre-amende tous les week-ends et va se dire que finalement il a le droit de consommer. Et celui qui vit dans les banlieues va mettre les autorités au défi de venir mettre une amende dans une banlieue. »

Est-ce que la dépénalisation est la meilleure façon de lutter contre la consommation, comme l’expérience américaine semble le montrer ?

« Attention, ce n’est pas la même chose.
La dépénalisation revient au système hollandais. Il s’agit d’avoir l’autorisation de transporter sur soi une certaine quantité de cannabis. Le seuil est de 2,5 g aux Pays-Bas.
Par contre, ce dont vous parlez, c’est la légalisation. C’est alors l’État qui devient dealer et autorise tout sous prétexte de gagner de l’argent. C’est ce qu’ont fait certains États américains.
Mais attention, je vous donne un exemple que je tiens de mes relations avec certaines fondations américaines. Dans le Colorado, l’augmentation d’admissions de mineurs dans le service des Urgences pour des raisons liées aux stupéfiants, alors qu’ils n’ont normalement pas le droit de s’en fournir, est de 50 %. La presse française n’en parle évidemment pas.
C’est un peu comme le problème de l’alcool en France. L’alcool est interdit pour les mineurs et pourtant on sait très bien que tous les week-ends, des enfants se font des soirées avec de l’alcool.
On ne va donc rien arranger.
Même si on limite le taux de THC, qui est la molécule du cannabis, à 10 ou 15 %, rien n’empêchera un dealer de vendre du cannabis à 30 % ou 40 %.
De même dire qu’on réduira la délinquance est une erreur. On n’est pas dans le monde des « bisounours ». Un gamin qui gagne 3000 euros par jour ne va pas changer de vie comme ça. »

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