Editoriaux - International - 24 février 2020

Zimbabwe : sinistre anniversaire et chiffres effrayants

Cela fait maintenant vingt ans que le criminel a donné l’ordre d’expulser tous les propriétaires blancs de leurs fermes. La Commercial Farmers’ Union (Union des agriculteurs commerciaux) avait assuré à ce pays, durant de très longues années, son dynamisme agricole qui faisait de l’ex-Rhodésie le grenier de l’Afrique de l’Est et un des rares endroits de la région où tout le monde mangeait à sa faim.

Aujourd’hui, vingt ans après, les chiffres font peur. La production agricole assurée par les nouveaux propriétaires agricoles, pour la plupart des membres du ZANU/PF, le parti politique de Robert Mugabe et de son successeur Emmerson Mnangagwa, continue de chuter de façon dramatique. Ainsi, de 1999 à 2020, on est passé de 324.000 à 99.000 tonnes de blé, de 2.148.000 à 777.000 tonnes de maïs, de 79.000 à 29.000 tonnes de soja et de 128.000 à 38.000 tonnes de coton.

Avec un chômage qui touche, maintenant, 90 % de la population active et une inflation de 500 %, la situation est telle que le gouvernement avait décidé d’accorder des subsides à la vente du maïs à la population (alors que le pays en exportait jusqu’à l’année 2000). Après avoir corrompu tous les secteurs d’activité commerciale, industrielle et agricole, les amis du pouvoir en place et leurs affidés sont, depuis peu, occupés à détourner de très grandes quantités de maïs importé au titre de l’aide internationale à ce pays considéré sinistré… par ses propres dirigeants.

Il faut savoir, en effet, que le maïs constitue la nourriture de base des Zimbabwéens, qui le consomment après qu’il a été écrasé par des meuniers accrédités par l’État. L’astuce consiste à allouer à ces meuniers beaucoup plus de maïs qu’ils ne peuvent écraser. La différence est détournée par des petits malins qui le revendent et l’exportent illégalement (existe-t-il encore une légalité dans ce pays ?) en remplissant de maïs volé, sur la voie du retour, des camions essentiellement congolais qui traversent la frontière pour aller déposer leur cargaison de cuivre en Afrique du Sud. Des douaniers aux inspecteurs du GMB (Grain Marketing Board), organisme qui gère les donations de maïs, toute la filière est corrompue…

Dans l’ouest du pays, la région jadis prospère avec l’exploitation des mines d’or, des gangs à la solde de politiciens et d’hommes d’affaires véreux ont investi les mines, devenues artisanales depuis le départ des exploitants officiels, eux aussi expulsés à cause de la mauvaise couleur de leur peau. Ces gangs (MaShurugwi – gangs de la machette), d’une violence extrême, tuent à tour de bras et exploitent à leur tour ces mines pour le compte de leurs complices hauts placés et intouchables.

Et dire que, dans l’Afrique du Sud voisine, le gouvernement prépare à son tour l’expropriation des agriculteurs sans compensation aucune…

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