Editoriaux - Entretiens - Videos - 31 janvier 2019

Xavier Raufer : “C’est une preuve de plus de l’amateurisme de ce gouvernement”

Que faire de ces “130 djihadistes” dont le retour en France est annoncé ? Pourquoi cette question se pose-t-elle aujourd’hui ?

Xavier Raufer réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Le gouvernement a annoncé le retour, en France, de 130 djihadistes français. C’est une conséquence directe du retrait des forces américaines et françaises de Syrie.
Peut-on éviter le retour de ces 130 djihadistes ?

Il faut d’abord savoir de quoi on parle. “130 djihadistes”, cela ne veut pas dire grand-chose.
Il y a certainement des hommes, des femmes et des enfants. Au moment où nous parlons, je n’ai ni précision ni liste à ce sujet. Et je soupçonne le gouvernement français de ne pas en avoir plus que moi pour dire qu’il y a peut-être 37 hommes, 27 femmes et 15 enfants…
Quelqu’un a lâché le chiffre de 130 et, depuis, tout le monde s’agite dans tous les sens.
S’il s’agit de 130 fanatiques assoiffés de sang et brûlant de l’idée de se venger du grand Satan français, c’est évidemment terrible. Mais ce peut aussi être des individus complètement broyés par la guerre.
Il était fréquent que des garçons partent à la guerre là-bas avec, pour seule expérience de la guerre, celle des consoles vidéo où ils tuaient des gens de manière numérique. Lorsqu’ils se trouvaient sur place avec un mec à décapiter pour de vrai, un bébé à fracasser sur un mur ou une femme enceinte à éventrer, ce n’était plus pareil…
La moitié des hommes et des combattants sont revenus dans un état psychologique affreux. Ils faisaient des cauchemars terribles et n’arrivaient plus à dormir. Il fallait leur donner de petits cachets pour les calmer. Ceux qui reviennent ne sont pas tous des fauves assoiffés de sang !
Le service de recrutement de l’État islamique ne faisait pas confiance à tout le monde. Tout le monde ne pouvait pas porter d’arme. J’ai en tête le témoignage d’un type qui avait réussi à s’échapper et qui est revenu en France. Ils lui avaient fait creuser des fosses pour enterrer les gens pendant un an. Il était parti pour faire le djihad et il était fossoyeur. D’autres étaient utilisés comme infirmier ou comme porteur.
Soyons raisonnables et regardons ce que ce chiffre de 130 recouvre. Les hommes, les femmes, les enfants, les dangereux, les pas dangereux, les psychotiques, les sains d’esprit et les terroristes.
Il ne faut pas s’emballer sur ce chiffre. Un peu de calme et de prudence s’imposent.

Pourquoi ces 130 djihadistes reviendraient maintenant dans le pays. Pourquoi ne sont-ils pas restés ou rentrés avant ? Pourquoi leur retour pose-t-il question ?

C’est une preuve de plus de l’immense amateurisme de ce gouvernement. Ils se sont fait élire sur une supposée compétence : “Vous allez voir ce que vous allez voir, on est les meilleurs, the best and the brightest, comme on dit aux États-Unis.” En réalité, on assiste à une sottise après l’autre.
Chacun sait que, surtout en matière de guerre néocoloniale, depuis le Vietnam, depuis la Somalie, depuis l’Afghanistan, depuis l’Irak, il ne faut jamais faire confiance à nos amis américains.
La première sottise, celle qui détermine tout le reste et celle dont tout le reste dépend, c’est celle-là.
Mitterrand les tenait à bout de gaffe. Chirac a dit froidement non à la guerre en Irak et il a fort bien fait. Tout le monde sait comment cela se termine. Nos amis américains partent la fleur au fusil, pensant régénérer la planète et faire régner la démocratie au Moyen-Orient. Vous voyez, au passage, qu’ils sont faits pour être démocrates comme moi pour jouer le rôle de la reine d’Angleterre. Et, un jour, brutalement, ils décident que ça ne les amuse plus. Le Sénat décide qu’il n’y a plus d’argent pour cela, donc ils s’en vont. Ils se sont sauvés du Vietnam, de Somalie avec l’hélicoptère de combat qui s’était fait taper pas les djihadistes locaux et ils sont aussi partis d’Irak. Maintenant, brutalement, ils partent de Syrie.
Trump n’a pas totalement tort dans cette affaire. Ce que nous prépare le Pentagone et ce qu’il fait d’ailleurs avec une grande constance depuis le 11 septembre 2001, c’est la guerre perpétuelle. On s’arrête à un endroit et on recommence dans un autre. 17 ans de guerre en Afghanistan… Certains soldats qui s’engagent aujourd’hui étaient dans le berceau quand cette guerre a commencé ! Ce n’est pas raisonnable, mais en attendant, l’armée américaine va partir de Syrie et nous, nous sommes coincés sur place. Il n’est, d’ailleurs, pas sûr que nous ayons les moyens logistiques d’évacuer tous les garçons de l’armée française qui se trouvent entre le Kurdistan irakien et la Syrie.
Reste, naturellement, l’histoire des hommes et des femmes qui se sont fait attraper et qui ont au minimum une carte d’identité française ou un passeport français. Les 130 en question sont, à l’heure actuelle, prisonniers du soi-disant Front démocratique. Mais en réalité, ce sont les tribus kurdes qui les contrôlent.

Ils sont détenus par les Kurdes. Pourquoi ne pas les laisser aux mains des Kurdes ?

Pour une histoire de sensibilité exacerbée des gens qui nous gouvernent aux soi-disant droitx de l’homme. Les Kurdes veulent bien garder les hommes, les femmes et les enfants en question tant qu’on leur donne un pourboire ou qu’on est sur place pour les aider et les défendre.
Du jour où nous partons, le Kurde des montagnes étant parfois rugueux, il n’est pas certain qu’il les laisse vivants.
Qu’en ont-ils à faire, de cette bande d’extrémistes ? Les Kurdes ne sont pas des musulmans fanatiques. Ils sont musulmans comme tout le monde dans la région, mais ils ont une pratique de l’islam qui n’est pas djihadiste et salafiste. Pour eux, les autres sont des cinglés. Les femmes sont du gibier et les enfants sont des bouches inutiles à nourrir. Je vous laisse envisager ce qu’il va leur arriver le jour où les Français partiront eux aussi.
On était bien content que les Kurdes les gardent, parce que tant qu’ils étaient là-bas, ils n’étaient pas en train de polluer les prisons françaises. Maintenant que la France est plus ou moins contrainte de partir, on ne se sait pas quoi faire d’eux. Résultat de l’impéritie et de l’impréparation, nous n’avons pas réfléchi à ce qui se passerait au cas où nos amis américains décideraient de déguerpir…
Le gouvernement a pensé que cela durerait toujours. C’est une erreur de politique. Au Moyen-Orient, rien ne dure jamais très longtemps. Les choses se retournent très vite.
Et maintenant, nous voilà avec 130 X ou Y, garçons, hommes, femmes, enfants, bébés, adultes, djihadistes, fossoyeurs ou infirmiers sur les bras.

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