Loi de programmation militaire : effort budgétaire et glissement vers la défense européenne

Sous couvert d’actualisation, le débat révèle des choix stratégiques contestés et une armée sous pression.
© Ministère des Armées
© Ministère des Armées

C’est un texte clef, mais souvent mal compris. La loi de programmation militaire (LPM), débattue à partir de ce lundi à l’Assemblée nationale, fixe sur plusieurs années les moyens et les priorités de l’armée française. Adoptée en 2023 à une écrasant majorité pour la période 2024-2030, elle prévoyait déjà un effort inédit de 413 milliards d’euros. À peine entrée en vigueur, la voilà pourtant déjà révisée.

Au cœur des débats, une rallonge de 36 milliards d’euros destinée à accélérer le réarmement face à un contexte international qui s’est brutalement durci. Guerre en Ukraine, tensions avec la Russie, incertitudes sur l’engagement américain : le gouvernement plaide l’adaptation nécessaire. Mais pour ses détracteurs, cette « actualisation » ressemble surtout à un rattrapage précipité.

Une loi censée planifier déjà corrigée

Sur le principe, la LPM est un outil de planification : elle permet aux armées de se projeter, d’investir et d’anticiper les menaces. Mais dans les faits, sa révision aussi rapide interroge. Comment une loi censée structurer l’effort militaire sur sept ans peut-elle nécessiter une correction aussi lourde dès son lancement ?

Pour les députés RN Laurent Jacobelli (Moselle) et Frank Gilleti (Var), la réponse est simple : « La loi initiale était insuffisante et insincère. » Lors d’une conférence de presse à laquelle Boulevard Voltaire a assisté, ils ont dénoncé un texte avant tout « administratif et comptable » incapable de répondre aux enjeux stratégiques réels : « C'est d'abord un plan de com' de Monsieur Macron. »

Un constat que partage, sur un autre registre, le général de corps aérien (2S) et spécialiste des questions de défense Bruno Clermont, interrogé par BV. Selon lui, la LPM actuelle « est morte pratiquement le jour où elle a été approuvée ». En cause : une loi pensée non pas pour réarmer mais pour rester compatible avec les contraintes budgétaires.

Une armée cohérente mais sous-dimensionnée

Dans sa conception, la LPM 2024-2030 visait à combler certaines lacunes : stocks de munitions, drones, défense sol-air. Mais elle n’ambitionnait pas d’augmenter significativement le format des armées. « On ne touche pas à la taille, on compense simplement des manques », résume le général Bruno Clermont.

Résultat : la France conserve une armée performante, mais trop réduite face aux menaces actuelles. Une « très belle petite armée », selon la formule du général. Or, le contexte stratégique a changé de nature. Les conflits modernes mobilisent à la fois des technologies avancées et des volumes importants : drones, cyberespace, guerre informationnelle. Une évolution qui renchérit considérablement le coût de la guerre.

36 milliards de plus pour quoi faire ?

La rallonge budgétaire annoncée vise précisément à répondre à ces nouveaux défis. Elle doit notamment permettre d’accélérer la production de munitions, de renforcer les capacités en drones et de soutenir l’industrie de défense, appelée à monter en puissance en cas de conflit majeur. Mais cette enveloppe supplémentaire soulève une question centrale : s’agit-il d’un véritable changement de cap ou d’un simple ajustement technique ?

Pour le général Clermont, le doute n’est pas permis : « Cette réactualisation relève du bricolage. » Elle permettrait de tenir à court terme sans résoudre les déséquilibres structurels. D’autant que les ambitions affichées restent très éloignées des moyens actuels. La France s’est engagée à porter son effort de défense à 3,5 % du PIB d’ici 2035, soit environ 140 milliards d’euros. Un objectif qui suppose un changement d’échelle radical.

Souveraineté ou défense européenne ?

Au-delà des chiffres, le débat prend une tournure plus politique. Le RN accuse l’exécutif de profiter de cette révision pour pousser, en creux, l’idée d’une défense européenne intégrée. Une orientation jugée dangereuse par le député Laurent Jacobelli, pour qui la défense relève avant tout de la souveraineté nationale. Derrière les ajustements budgétaires, c’est donc une ligne stratégique qui se dessine : celle d’une mutualisation croissante des moyens militaires au niveau européen.

Dans un contexte marqué par le désengagement relatif des États-Unis et la montée en puissance de l’Allemagne, cette évolution n’a rien d’anodin.

Au fond, la question posée par cette réactualisation dépasse largement le cadre de la LPM elle-même. Elle renvoie à un constat plus global : celui d’un modèle militaire français arrivé à ses limites. Après des décennies de réduction des moyens, la France doit aujourd’hui rattraper son retard tout en faisant face à un monde plus instable et à des contraintes budgétaires fortes. « Il faut tout remettre à plat », estime le général Clermont.

Reste à savoir si cette révision en sera le point de départ… ou si elle restera simplement une étape de plus dans une adaptation contrainte.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

31 commentaires

  1. Allemands, Anglais et Américains se sont bien entendus pour nous laminer et maintenant que nous sommes à terre, ils dansent sur notre dépouille. Vive l’amitié FRANCO-RUSSE. Les Russes aiment (encore) la France et les Français et sont désolés de cette rupture et de ce qui se passe…Il est temps de revenir à la raison.

  2. Macron ne se préoccupe que de l’Europe dans tous les domaines y compris le nucléaire…Comment expliquer ses engagements tout azimut pour les années à venir, quand ceux ci pourront être remis en cause l’an prochain ?

  3. L’Europe militaire ! Quelle utopie ! Bruxelles a laissé acheter les armes des Pays membres à qui ils voulaient. Les exemples sont multiples d’achats de chasseurs, de blindés, d’armes, de munitions à d’autres Pays que ceux de l’Europe. Les USA restent les premiers fournisseurs et ont obtenu de Van der Leyen and Co que les achats à l’Amérique soient encore plus élevés. Avec des matériels aussi disparates, comment serait-il possible de mettre en place homogénéité et compatiblité avant plusieurs dizaines d’années, à considérer que cela soit possible à terme ? Alors, puisque cela parait nécessaire, que chacun fasse au mieux, comme il pourra, avec ses moyens. Armons ou réarmons-nous. A ce sujet la France a déjà mange tout son pain blanc. Les caisses sont vides. Heureusement il nous reste la Force de Frappe…en quel état ? Avec quels moyens la développer et même l’entretenir ?

    • Triste de voir tous ces gens qui ne pensent qu’à être armés jusqu’aux dents … c’est le meilleur
      moyen pour tous finir anéantis un jour prochain. Mais allez faire comprendre ça à des sourds !
      Depuis des siècles, on continue les mêmes co..eries !

  4. Quelle triste farce. Prendre prétexte d’une guerre imaginaire (la guerre avec la Russie, cette foutaise) pour nous laminer financièrement encore plus. Parler « d’effort budgétaire » lors que cette expression est un quasi gros mot pour un gouvernement incapable de faire des économies et qui ne sait que taxer. Quant à la défense européenne, c’est le monstre du Loch Ness : une blague.

    • C’est apparemment l’obsession de certains gouvernants qui fantasment d’une guerre avec la Russie avant la fin de la décennie.
      Les nouveaux Nostradamus sont arrivés. Poutine se sentirai t’il l’envie de finir en apothéose inversée à l’aube de devenir octogénaire ?

    • C’est vrai que ce brave Poutine, qui a déjà des milliers de morts à son actif (et qui continue)
      ne demande qu’une chose : venir à notre secours ! Pour nous « protéger » sans doute …

  5. Retrouvons notre indépendance et l’amitié « Franco-Russe »…Mais… Les US ne seraient pas contents du tout. Nous sommes comme après une chasse à courre, la curée, où les chiens se partagent les dépouilles restées à terre.

  6. Une défense européenne, plutôt avec des F 35 (sous contrôle américain) que des Rafale, donc…drôle « d’autonomisation »…

  7. Quelles sont ces fameuses menaces actuelles? Certainement la Russie? Non seulement Poutine est intelligent, cultivé et profondément orthodoxe, mais son rêve est l’union avec l’Europe. La seule menace qui pèse sur la France est la menace islamiste et ce ne sont pas les porte-avions, les sous-marins et les Rafales qui permettront de s’en protéger.

    • La Russie dans l’UE… C’est le cauchemar des Américains!… F R E X I T et réconciliation avec la Russie.

      • Exact, depuis Zbigniew Brzeziński, auteur de la doctrine permanente de Washington : jamais, à aucun prix, d’accord Europe-Russie.

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