Les livres seraient des produits non essentiels, à en croire les récentes polémiques autour de la fermeture de nos librairies et, par ricochet, les rayons culturels des grandes surfaces. Et pourtant, « la lecture rapproche et redonne vie. Le monde qui ne lit pas est myope, le monde qui lit est loupe », écrit Charles Dantzig. Fort heureusement, certains libraires ont pu s’organiser et proposer le service « cliquez & collectez ». Et pour ceux qui ne peuvent se déplacer, la livraison est facilitée. Invitée, sur LCI, le 2 novembre, Roselyne Bachelot déclarait : « Nous avons obtenu que les tarifs postaux des libraires soient considérablement diminués. » Une façon de soutenir les librairies face à la concurrence d’Amazon. « Nous allons diviser les tarifs postaux d’envoi des livres au moins par 3, 3 ou 4. » Boulevard Voltaire vous suggère donc quelques bonnes idées pour occuper ce imposé, qui nous met de nouveau à l’arrêt, par ce qui ne s’invente pas : La République en marche !

Quitte à nous retrouver cloîtrés de force, et puisque les écrans et leurs incessants décomptes macabres n’auront décidément rien de bon à offrir à notre temps de cerveau disponible, puisons dans nos livres un ressort qui nous déploiera loin lorsque nous pourrons sortir libres !

Semaine 1 : pour accepter son sort et prendre tout en gré, comme le recommandait sainte Jeanne d’Arc avant de s’élancer, on se conformera à notre nouvel état : puisque nous voilà moines, adoptons leur conduite ! Au choix : Voyage autour de ma chambre, de Xavier de Maistre, ou plus religieux et plus profond, le récent Le Grand Bonheur de Nicolas Diat, qui pousse la porte d’un monastère millénaire pour nous en faire goûter les fruits.

Semaine 2 : à consommer sans modération, du théâtre : Le Malade imaginaire, Le Médecin malgré lui, Le Médecin volant, avec tout ce que Molière s’est amusé à montrer de tous les faux médecins. On en rira, ou pas. Mais on en tirera profit aux heures des déclarations pontifiantes du docteur Salomon ! Dans le même registre, un bref et perçant chef-d’œuvre : Knock, de Jules Romains, récemment relu par l’excellent Luchini et qui dit tout de notre totalitarisme sanitaire.

Passons à la semaine 3 : avec des romans d’anticipation pour se rendre compte combien ils n’anticipent pas, mais décrivent, voire sous-estiment, ce qu’est devenue notre réalité : 1984, La Ferme des animaux, parfaitement relus et exposés par Michel Onfray dans son récent livre Théorie de la dictature, exposant les dix commandements de la servitude volontaire que nous sommes en train de vivre. Attention aux effets secondaires, vous commencerez à avoir envie de sortir !

Mais viendra la 4e semaine : un calmant, pour reprendre son souffle et rassembler ses forces : Comment les catholiques ont bâti une civilisation. Une merveilleuse fresque pour les temps de doutes et de crises : lorsqu’on ne sait pas où l’on va, il est bon de se rappeler d’où l’on vient et l’on retrouvera, en se promenant dans le jardin fleuri et des moines et des saints, sous le blanc manteau des bâtisseurs d’églises et d’écoles, à la suite des chevaliers servants et des fondateurs d’œuvres de charité, combien la France et l’Europe sont et seront chrétiennes, et combien il est urgent et utile de ne plus se soumettre.

Arrivera alors la 5e semaine : déjà revigorés, vaccinés pour longtemps des sages mensonges des singes, ce sera l’heure de sortir ou de persévérer. On prendra alors, pour finir, un petit opuscule tout récent qui mérite d’être lu d’une traite. On le doit à Laurent Obertone, dont les livres sont les chroniques lucides et nerveuses de notre société et de notre époque : Guérilla, La France Orange mécanique ou Big Brother : il a tout vu, il a tout dit. Il lui restait une chose à écrire, cet Éloge de la force. Un manuel pour mordre la main indigne de celui qui voudrait vous museler ; pour ne plus tendre la joue gauche mais offrir une bonne droite ; ne plus baisser la tête, même devant celui qui voudrait vous la couper.

8 novembre 2020

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