Editoriaux - Politique - 1 janvier 2019

Vœux 2019 : Emmanuel Macron ne doute de rien

Et de deux ! Plus que trois. Normalement. Emmanuel Macron vient donc de présenter ses vœux aux Français pour la deuxième fois. D’abord, une innovation : le Président n’était pas assis derrière un bureau mais debout, sans pupitre. Presque en marche, histoire, peut-être, de repartir du bon pied. Et, il faut bien l’avouer, le chef de l’État avait l’air plutôt en forme : l’air marin de Brégançon, sans doute…

Pas le genre reine d’Angleterre à geindre sur l’année horrible qui vient de s’écouler parce que son château a brûlé et que sa famille part en sucette. Quelqu’un qui serait resté coupé de toute information durant cette année 2018 – au fond d’une thébaïde, sur une île déserte, que sais-je – n’aurait pas pu deviner que ce Président venait de passer plus de six mois à ramer contre les éléments : affaire Benalla, démissions en chaîne de ministres (et pas des moindres), gilets jaunes, re-affaire Benalla et toutes sortes d’autres choses. Donc, sur ce coup-là, chapeau bas, l’artiste ! Et, en plus, il n’en a pas trop fait, pour une fois.

Sur le fond, maintenant ? Emmanuel Macron a récité son credo européen tout comme il faut, en langue vernaculaire. La mondialisation qui peut être pour beaucoup “incompréhensible” : toujours, derrière, cette idée que les gens ne comprennent rien et qu’il faut donc leur expliquer. Bien sûr, “les partis extrémistes” qui prospèrent partout en Europe et les migrations “instrumentalisés par les démagogues” (les populistes et les nationalistes étaient restés au vestiaire, ce soir !). On notera une pique contre le capitalisme ultra-libéral. Comme disait Bossuet, “Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont elles chérissent les causes…”

Pour conclure, Emmanuel Macron a formulé trois vœux qui ne manquent pas de sel si l’on n’a pas passé l’année 2018 dans une thébaïde ou sur une île déserte.

Des vœux de vérité, tout d’abord. “On ne bâtit rien sur des mensonges”, a assené le Président. C’est vrai ! Et Emmanuel Macron a raison de rappeler qu’on ne peut pas travailler moins et gagner plus. Mais cette exigence de vérité trouve un écho, disons bizarre, au moment où l’affaire Benalla rebondit, une affaire dont le fil conducteur semble avoir été le mensonge ou, tout du moins, la dissimulation. Bien évidemment, dans ce couplet sur la vérité, le Président n’a pas pu s’empêcher d’évoquer les fausses informations qui se propagent sur les réseaux sociaux. Ça devient une manie.

Des vœux de dignité, ensuite. L’occasion, pour le chef de l’État, d’évoquer ces mères de famille seules, ces retraités, ces agriculteurs qui n’arrivent pas à vivre dignement. Mais aussi de stigmatiser, sans les nommer, les gilets jaunes en insistant longuement sur “l’inacceptable” qui s’est exprimé durant ce mouvement : “les portes-voix d’une foule haineuse [qui] s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels”.
Une promesse, tout de même, dans ces vœux : “L’ordre républicain sera assuré sans complaisance”, a martelé Emmanuel Macron. Est-ce à dire que la “conquête républicaine” va se mettre en branle sur tout “l’Hexagone”, pour reprendre cette expression technocratique utilisée par le Président au début de son allocution ? On a comme un doute.

Enfin, des vœux d’espoir. Et cet espoir, pour Emmanuel Macron, cela n’étonnera personne, vient de l’Europe. Je proposerai, dans les prochaines semaines, un “projet européen renouvelé”, nous dit le président de la République française. Rien de nouveau, donc, dans le macronisme. On sait ce que c’est : il suffit de relire le discours de la Sorbonne.

Pour terminer, Emmanuel Macron nous a fait son provincial débarqué à Paris. Non pas Rastignac mais presque « Petit Chose » : “J’ai grandi en province et je connais ces terres qui ont été bousculées durant ces dernières décennies et qui parfois doutent.” Parfois ? Ces dernières semaines, c’est Emmanuel Macron qui a été bousculé par ces terres. Mais Emmanuel Macron ne doute de rien.

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