Polémique sur Ceuta : « le discours d’un roi »
L’afflux soudain, dans les enclaves espagnoles de Melilla et surtout Ceuta, de dizaines de milliers de clandestins venus du Maroc n’en finit plus de faire des vagues. Après les vives réactions de son opposition, le Premier ministre espagnol a dû faire face aux critiques de ses voisins européens. Encouragés en cela par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen , vingt-deux États de l’UE (mais pas la France, qui s’est contentée d’annoncer un contrôle renforcé aux frontières) ont annoncé vouloir prendre des mesures de suspension de la libre circulation (accord de Schengen) entre l’Espagne et le reste de l’UE. « En tant que présidence du Conseil, l'Irlande convoquera mardi une réunion du Conseil de la Justice et des Affaires Intérieures, présidée par Jim O'Callaghan, pour débattre de l'évolution de la situation à Ceuta », a annoncé Micheál Martin, le Premier ministre irlandais.
« L'indignation » du roi
Et voilà que c’est au tour du roi d’Espagne d’adresser un message peu amène au chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sánchez.
Dès sa réception le 1er août, la presse espagnole a immédiatement et largement diffusé les paroles du souverain. Dans son message, indiquant qu’il suivait « avec beaucoup d'inquiétude et d'indignation » ces événements tragiques, Philippe VI a estimé qu’il fallait adresser « de manière unie, claire et décisive aux populations de Ceuta et Melilla le soutien et l'affection du reste de l'Espagne ».
S’il a exprimé le soutien affectueux du roi à ses sujets espagnols, et particulièrement aux habitants de Ceuta et Melilla, le message n’a en revanche pas épargné le chef du gouvernement : « L'État doit assurer sa sécurité et empêcher que ces faits - qui ont entraîné une perte triste et tragique de dizaines de vies - de se répéter à nouveau », a-t-il en effet déclaré. Des propos qui sonnent comme d’évidentes et sèches remontrances du roi à son Premier ministre.
🇪🇸 Felipe VI eleva el tono ante la crisis de Ceuta y expresa su «preocupación e indignación» por la situación tras la entrada masiva de inmigrantes pic.twitter.com/jbZgvjojkd
— EL ESPAÑOL (@elespanolcom) August 2, 2026
Face au Maroc, une royale prudence diplomatique
Le roi s’est par ailleurs bien gardé de faire référence aux rumeurs concernant une possible implication du Maroc dans cette affaire. Il n’en reste pas moins que la défense de la souveraineté espagnole à Ceuta et Melilla a toujours été une préoccupation majeure pour la couronne espagnole. Le spécialiste international des monarchies, Frédéric de Natal, rappelle ainsi, sur Monarchies et Dynasties du monde, que le « roi Juan Carlos Ier et la reine Sofia avaient effectué une visite historique dans les deux villes en 2007. Ce déplacement avait provoqué une vive réaction du Maroc, qui avait dénoncé une "provocation" ».
Rusé Philippe VI
Mais pour qui connaît les principes constitutionnels espagnols, ce message royal, et plus encore son ton dur à l’égard du Premier ministre, ont de quoi surprendre. Comme dans la plupart des autres monarchies d’Europe, le pouvoir du souverain est très limité, en Espagne, et sa parole est strictement encadrée. Pour pouvoir être prononcé, tout discours du roi doit en effet être soumis au Premier ministre et approuvé par ce dernier.
Afin de contourner les barbelés constitutionnels, Philippe VI a donc fait montre de ruse, comme l’ont fait remarquer des observateurs espagnols sur les réseaux sociaux. Ses propos n’ont pas été diffusés directement par le souverain, mais rapportés par la Maison du roi, de façon officieuse. Les mots du roi ont été transmis oralement à la presse, sans écrit ni trace enregistrée : ce que l’on appelle du off, dans la pratique journalistique.
La ligne rouge de l’intégrité du royaume
Ce n’est pas la première fois que la couronne d’Espagne prend habilement quelques libertés avec les principes de discrétion qui lui sont imposés, tout en restant dans une apparente légalité. Lors des manifestations indépendantistes catalanes de 2017, Philippe VI avait déjà prononcé un discours très ferme, s’opposant à toute tentative de déstabilisation menaçant l’intégrité du pays, et ses mots avaient pesé d’un poids décisif dans la résolution de cette crise.
Sur les questions régaliennes, Philippe VI confirme aujourd’hui que la volonté royale permet d’agir, même si ses pouvoirs sont très restreints.
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64 commentaires
J’estime urgente une réforme constitutionnelle permettant au roi espagnol de ne pas avoir à prononcer de discours au profit du président du gouvernement, et lui assurant la liberté de se rendre où bon lui semble. Dans la situation actuelle, le roi n’est qu’une marionnette.
Je trouve son discours trop mais vraiment trop dans la retenue et ça favorise les fausses consternations des politiques!!! Quand l’heure est grave il faut taper du poing sur la table, prendre le taureau par les cornes… Avec la politique du « wallah c’est pas moi le responsable » on avancera pas en politique!
Pour beaucoup de ces gens la France est un Eldorado un pied en France un pied en Espagne en France RSA ,allocations de toutes sortes ,Santé pratiquement gratuite . En Espagne particulièrement l’été du boulot qui est capable de contrôler ces flux.
Mince alors ! Pour une fois que ce que certains appellent un roi se rendrait utile au pays qui le gave de privilèges injustifiés dans une vraie démocratie !
Et bien, Lougry, ce serait votre plus belle découverte de l’année. Comment voulez-vous l’arroser (sans se gaver : ce n’est pas bien) ?
Ce n’est absolument rien, en France même sans regarder le Senat qui s’offre des retraites par capitalisation (qu’elle a interdit de promouvoir par le peuple, sous peine de 2 ans de prison), il faut qu’on évoque les 77 000 fonctionnaires à 100 000 euros, les 34 milliards d’euros des associations (de quoi acheter 340 Canadair clé en main… chaque année), les 80 milliards d’euros des 1200 officines d’état (haut commissariat, conseils etc), les 5 milliards d’euros des syndicats (la CGT possède de vrais châteaux).
Bref, l’argent du pays no1 du pillage fiscal dans le monde n’est pas perdu pour tout le monde….
C’est le socialisme.
Bravo et vive le roi. Quand on pense que Louis XX est son cousin on se dit que ça ferait du bien à la France de rerouver son roi qui est descendant direct de Louis XIV.