[VIVE LA FRANCE] À Chartres, une Vierge illumine une boulangerie près de la cathédrale

« C'est dans la grande tradition des boulangers de se mettre sous la protection de la Vierge Marie », explique le maître verrier.
@Paul Challan Belval
@Paul Challan Belval

À deux pas de la cathédrale de Chartres, les pèlerins affamés, les pieds endoloris mais le cœur ragaillardi, n'ont pas pu la manquer, cette belle Vierge honorée jadis par Péguy : « Étoile de la mer voici la lourde nappe/Et la profonde houle et l’océan des blés/Et la mouvante écume et nos greniers comblés/Voici votre regard sur cette immense chape ». Car depuis le 31 mars, les clients de cette boulangerie chartraine, située à l'angle de la rue du Soleil-d'or et de la place Billard, lèvent les yeux avant même de choisir leur pain. Deux immenses vitraux, l'un représentant une Vierge à l'Enfant, l'autre saint Michel Archange, baignent le commerce d'une douce lumière colorée. Derrière cette réalisation hors normes, le maître verrier beauceron Paul Challan Belval, qui a consacré plus de 1.500 heures de travail à ce projet aussi artistique que spirituel.

@Paul Challan Belval

L'histoire commence à l'été 2022. « C’était le jour de la Transfiguration, le 6 août 2022 », se souvient le maître verrier. Ce dernier allait acheter son pain au petit matin lorsque le boulanger, Luc Duban, lui annonce fièrement : « Paul, j'ai un projet à te communiquer ! Tu vois la verrière, la vitrine qui donne sur la place, on a un sticker qui est en haut et qui est en train de brunir au soleil. On est obligé de baisser les stores pour protéger les pâtisseries de la lumière, et le sticker noircit. Donc, ça ne va pas. On va mettre un vitrail dans la vitrine. Ce sera la Vierge à l'Enfant. » Récupérant son pain au petit épeautre, ravi, Paul Challan Belval se dit « aux anges » et nous explique que, « même s’ils vont peu à la messe à cause de leurs horaires, c'est dans la grande tradition des boulangers de se mettre sous la protection de la Vierge Marie ».

Un projet abandonné

Quelques jours plus tard, le boulanger annonce à Paul que finalement, ce ne sera pas une vitrine, mais deux ! « Sauf qu’en regardant la deuxième vitrine, j’ai le cœur qui s’est serré, ajoute le vitrailliste, qui travaille encore, à l’époque, dans son atelier historique, au troisième étage face à la cathédrale. Comment vais-je faire avec de telles dimensions ? », se demande-t-il in petto. De fait, le poids de la grande vitrine s’avère être de 188 kilos, une fois mis en double vitrage, et celui de la petite de 127 kilos. Mais le problème de la fabrication des vitraux dans le petit local historique du cloître Notre-Dame demeure insoluble. Qu’à cela ne tienne ! L’artisan commence l'étude du projet. Las, les effets néfastes de la guerre en Ukraine commencent à se faire sentir, et notamment l'envolée des coûts de l'énergie, les banques ne prêtent plus. Luc Duban lui annonce, la mort dans l’âme, qu’il ne pourra pas donner suite au projet.

Paul Challan Belval poursuit d'autres chantiers, notamment une importante commande destinée à Taïwan. Ces grands vitraux, réalisés pour l'église Notre-Dame de Taipei, supposent le départ de l’atelier trop exigu pour s'installer dans une ferme du cœur de Beauce, mieux adaptée aux grands formats.

 

Et alors qu'il enchaîne des missions d'intérim, un mois durant, pour faire face à une période financière difficile, le téléphone sonne, un soir de novembre 2024. « Le Bon Dieu veille. Je n'avais plus du tout de sous. Il me restait deux petites commandes à terminer et après, je n’en avais pas d’autres. Au retour d'une mission d'intérim où j'ai travaillé toute la nuit dans un immense entrepôt près de l’autoroute, le boulanger m'appelle, il me dit "Paul, tu te souviens de notre projet ? Eh bien, on va le faire !" » Celui qui pensait arrêter son activité à cause de la crise lui annonce que son fils, Ange-Marie, veut lui aussi devenir boulanger : « Donc, ça lui a redonné espoir », poursuit le maître verrier, enthousiaste.

Paul imagine alors une composition inspirée de l'Art nouveau, en harmonie avec les structures métalliques du marché couvert de la place Billard voisine. Autour de la Vierge se déploie une vaste rosace évoquant les créations du peintre tchèque Alfons Mucha. Les frises sont peuplées de symboles liés au métier : épis de blé, fleurs des moissons, galettes, moulins, pelle à pain et même une discrète boîte de Mentchikoff, clin d'œil à une spécialité locale bien connue des Chartrains.

Une prouesse technique

Les vitraux sont protégés par un double vitrage de sécurité particulièrement performant composé de verres feuilletés et traités antireflet comparables à ceux utilisés dans les musées. Finalement, les visiteurs ont parfois l'impression que les vitraux sont exposés sans protection, et certains s'en approchent même pour vérifier en les touchant. « Quand je vais acheter mon pain, la boulangère m’annonce aux clients, qui me posent pleins de questions », se réjouit le vitrailliste, fier de présenter son travail. Les clients s'arrêtent longuement pour observer les détails, d’autres entrent simplement pour admirer les œuvres. Pour répondre à la curiosité du public, le maître verrier a installé un QR code, dans la boulangerie, qui permet d'accéder aux vidéos retraçant les différentes étapes de fabrication. Le succès est tel que la fréquentation de son site Internet a fortement progressé. Et les commandes suivent. Nouvelle preuve, s’il en fallait, que notre monde a soif de beauté.

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=fj8TzWuMvvg

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 15/06/2026 à 22:29.

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Iris Bridier
Journaliste

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Magnifiques vitraux représentants notre Sainte Vierge Marie, Ste Patronne de la France, et Son Enfant Jésus.
    Magnifique vidéo montrant les étapes de leurs constructions.
    Merci à Boulevard Voltaire de nous avoir fait découvrir l’avant de cette réalisation et cette belle finalité.
    Merci à ce boulanger Luc Duban et son maître verrier Paul Challan Belval de nous faire profiter de cette protection divine.

  2. Complètement hors propos : j’ai remarqué que tous les travailleurs du verre, dans cette vidéo, ne portent pas de masque afin de protéger de la poussière de verre. On peut imaginer le zèle d’un inspecteur du travail qui n’a rien trouver de plus urgent à faire…

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