[UNE PROF EN FRANCE] Le privé oriente vers du soutien privé… Où s’arrête-t-on ?
J’ai l’honneur de recevoir, tous les deux mois, le magazine Famille et Éducation, publié par l’APEL (Association des parents de l’enseignement libre). Comme la plupart des parents, je suppose, au mieux, je le survole. Les rédacteurs abordent plein de sujets passionnants, dans des articles par lesquels on apprend l’existence de nombre de structures essentielles à la société dont on ne veut même pas connaître les modes de financement…
Par exemple, l’Union nationale des acteurs de parrainage de proximité (UNAPP), le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CRÉDOC), l’Association nationale citoyenneté enfance jeunesse (ANACEJ) ou le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI). On y lit des recommandations absolument bouleversantes, tant elles révolutionnent nos idées reçues : « Cinq conseils pour postuler sur Mon Master : se renseigner en amont, comprendre les exigences du master, soigner son CV, cibler la lettre de motivation, penser stratégique »…
Au milieu d’articles aux titres aguicheurs, comme « Les étapes du développement psychosexuel de 0 à 18 ans », « Parler politique en famille » ou « Se tromper, c’est normal », mon regard a été arrêté par une page consacrée au partenariat noué entre l’APEL, qui fédère très essentiellement les parents de l’enseignement privé catholique, et le groupe Nomad Education, une plate-forme éducative proposant aux familles un accompagnement scolaire payant.
Payer trois fois ?
Donc je me dis, dans ma petite tête simple, que les parents paient déjà deux fois l’école de leurs enfants en les inscrivant dans le privé, mais que ce dernier, incapable de dispenser un enseignement de qualité, oriente ces mêmes familles vers des plates-formes privées vendant des cours de soutien. On nous dit que « Nomad Education propose aux élèves du primaire au supérieur des contenus créés par plus de 400 enseignants sur l’orientation, la préparation aux concours et aux examens, la réussite scolaire, des tests de langues… À titre d’exemple, pour les collégiens de 3e, les fiches portent sur l’organisation du travail, la prise de notes, les mémo efficaces, apprendre à mémoriser, bien rédiger, décrypter un énoncé, analyser des documents, analyser une image, apprendre à se relire. »
Ce qui m’étonne, c’est que les élèves ne trouvent aucun de leurs professeurs réels, avec lesquels ils passent plus de 25 heures par semaine, pour leur enseigner ces compétences de base… Pourquoi l’enseignement catholique ne recrute-t-il pas quelques-uns de ces 400 professeurs exceptionnels, dont les interventions sont si remarquables qu’elles changent la vie des élèves qui achètent leurs cours ? Les parents adhérents de l’APEL ont de la chance : ils auront un tarif préférentiel pour leur abonnement à cette application. Joie ! On paie des impôts, exorbitants, entre autres pour avoir un service public d’enseignement de qualité. Comme on se rend compte que tel n’est pas le cas, on paie des établissements privés. Puis comme on se rend compte que ces établissements ne font pas ce que l’on attendait d’eux, on paie des plates-formes privées. Où s’arrêtera-t-on ?
Une plate-forme numérique plutôt qu'un professeur en chair et en os ?
Une plate-forme numérique n’a rien à voir avec un cours particulier, dont l’utilité vient justement de sa parfaite adaptation à l’unicité de l’élève. Avec les plates-formes, les parents achètent un contenu standardisé, diffusé à des centaines de milliers d’exemplaires, dont la pertinence et la validité ne sont attestées que par la bonne foi de leurs créateurs-vendeurs. La massification du processus de formation intellectuelle est un fléau. Dans l’alchimie étrange qu’est la relation entre un maître et ses élèves, la personnalité du maître joue un rôle qu’on a tort de minimiser, et un bon professeur, c’est comme un bon produit dans un hypermarché : cela existe, mais c’est noyé au milieu d’une masse énorme de produits médiocres, voire nocifs. Former correctement les enseignants me paraîtrait une meilleure idée que de les remplacer par des fantômes numériques.
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26 commentaires
Il est vrai que les parents ont légitimement envie de voir leurs enfants « réussir « leurs études.
Mais ce terme de « réussir » est un concept vague et finalement ne signifie pas grand-chose.
Il est donc naturel que des parents ( nombreux) choisissent un enseignement où leurs enfants ne subiront pas de façon très significative les « délires pédagogiques » que vous dénoncez à juste titre. L’enseignement catholique répond à leurs attentes.
Et il y a, comme dans toutes les sociétés, des jusqu’aux-boutistes qui veulent, et en ont les moyens, utiliser tous les moyens en leur possession afin « d’assurer « la réussite de leur progéniture.
Ce sont ceux là, somme toute, peu nombreux qui sont « exploités « par des officines privées.
Mais il y a aussi des moments, liés le plus souvent aux aléas de la vie, où il faut donner un plus.
Je ne blâme pas ces parents. Je les plains et je leur suis reconnaissant pour leurs efforts.
Rien ne vous oblige à consulter une officine complémentaire !
Nos petits-enfants sont dans des écoles et lycées HORS CONTRAT et les excellents professeurs
enseignent très bien . Evidemment cela a un coût mais nos enfants préfèrent ne pas aller aux sports d’hiver
ou aux Seychelles …..
Le hors contrat est généralement bien orienté idéologiquement et pédagogiquement, quoiqu’il soit très divers, mais on ne peut pas dire que les enseignants y soient « excellents ». Ils sont souvent mal formés, et l’ensemble tient grâce à la bonne volonté de tout le monde, et souvent grâce au recours à des cours par correspondance, type Sainte Anne ou Saint Expedit, qui permettent aux enseignants – parfois bénévoles – de structurer leurs cours. Malheureusement en France aujourd’hui il n’y a pas de solution parfaite.
Les générations qui « arrivent » ne semblent pas gâtées par le système; J’ai deux collégiennes en privé et je n’ai qu’une envie, les changer d’établissement; lequel est pourtant « réputé » … Mais où aller? En filière pro; ou alors une bonne baraque à frites ! sûrement plus pragmatique car les bac+4 ou 5 – quand ils trouvent du boulot – sont payés au lance-pierre ou rackettés par le fisc s’ils ganent bien… et ça ne va pas aller en s’améliorant pour eux.
Le commerce ç’est ça, c’est tout
Merci pour cet éclairage madame Fontcalel. En fait, il faut se rappeler les raisons ayant conduit la République à rendre l’école obligatoire pour tous. Alors que nos dirigeants n’arrêtent pas de nous parler de guerre, ils en oublient justement ces raisons. Quelque part, cela devrait nous rassurer pour l’impossibilité à mettre en œuvre ce plan faute de jeunes gens aptes à savoir utiliser des systèmes d’armes de plus en plus complexes. Mais, pour ma part cela me fait peur car des têtes mal remplies seront prêtes à toute manipulation. Nous nous devons d’ouvrir les yeux de tous ceux qui se complaisent dans le discours médiatique entretenu par un pouvoir dangereux.
Mais c’est en effet très important, même primordial, les recommandations pour les élèves de 3ème, je n’ai jamais entendu des élèves me parler de ça, il faut dire que je suis d’une autre époque mais on m’a appris ça quand à 30 ans j’ai préparé un diplôme d’organisation pour compléter ma formation. Par contre des proches qui ont étudié dans une école internationale aux Pays Bas parce que les parents y travaillent l’ont appris dès la 6ème ainsi que faire des présentations et parler devant un public nombreux, on voit quand même la différence de niveau, dans les grandes écoles qui préparent un master on voit moins cette différence grâce aux classes prépa où on rattrape les retards accumulés en travaillant dur.
On va le dire combien de fois encore?
1984
L’étape ultime, c’est l’expatriation dans un pays normal.
J’y pense tout le temps !
Bonjour Virginie. Vous « faites » fort. Vous abordez là un sujet très sensible avec toute la finesse nécessaire. Le niveau de vulnérabilité des parents d’élèves.
Nous, lecteurs, il nous est permis de mettre les pieds dans le plat avec tout le respect nécessaire lié aux conventions.
Les parents d’élèves du privé sont bâtis comme les autres parents notamment cérébralement. Cependant, certains facteurs les distinguent, quelques-un peu glorieux. Ils ont leurs faiblesses. Il suffit de se frotter à eux, de prendre un peu de distance par l’observation et l’on découvre ce qui transparaît.
Le plus visible, pour certains d’entre eux, le pouvoir de l’argent. L’affichage vestimentaire (Naguy) dont la négligence (Niels), laquelle fait son effet, les relations en références, allusions au train de vie et…. ces fameux cours particuliers.
Pour d’autres, le simple paraître. Le comportement, le gestuel, le langage soit, parfois, par d’épaisses couches de confitures culturelles étalées, ce qui nous fait dire » ils sont lourds ». Soit, parfois, par l’idiotie.
Pour d’autres encore, l’exploitation de fantasmes. L’exposé d’activités simplement produites par leur imagination fertile. Le rapprochement et l’évocation d’actes séduisants piochés dans les contacts successifs.
Pour d’autres encore, de simples êtres, un peu gênés d’être là, en présence de tant de parents si riches par le verbe, le comportement, l’argent, l’aisance.
Enfin , les plus sereins, les passe-partout, les indifférents à toute cette exposition représentative de ce que peut être la nature humaine. Des sages, peut-être un peu prétentieux car s’estimant au-dessus de la mêlée, au-dessus de cette contingence de comédiens.
Toujours est-il que ce bon peuple a le souci premier de donner à sa progéniture les meilleurs chances possibles d’entrer dans la vie. Croient-ils. Car c’est sous-estimer la personnalité naissante de leur enfant, source d’imprévus et parfois de désagréments insoupçonnables.
Autour de ce beau monde viennent se greffer les profiteurs, les opportunistes, les exploiteurs des faiblesses, les magouilleurs, il faut le souligner, bien aidés par les pouvoirs publics qui veulent trop embrasser donc mal étreignent, selon la formule. C’est dans la nature du monde. Observez ces débats sur l’audio-visuel public. Un condensé de ce que nous évoquons. Je ne fais que rapporter maladroitement ce que chacun peut lire dans les expressions.
Virginie, j’espère ne pas m’être trop éloigné de votre sujet. Les idées germent, se succèdent , s’empilent et l’ont en vient à déborder. Ce qui m’a conduit à vous suggérer de ne pas être trop sévère envers ceux « hors sujet » tout en recherchant, si possible, le cheminement de leur pensée, certainement enrichissant pour toute la classe.
Virginie, bonne semaine, bon courage et surtout, restez vigilante.
Le cours particulier est devenu un filon. De mon temps (bac en 82), les cours supplémentaires étaient l’exception, les devoirs de vacances réservés aux mauvais. L’Ecole n’enseignant plus, les parents étant trop occupés, la pression de l’orientation étant énorme, il faut chercher une aide ailleurs. On fabrique des assistés…
Ils ont trouvé un filon, ils l’exploitent
Oui incroyable
Bientôt l’IA remplacera Mentor.
Article sans intérêt
Il y a 20 ans, on trouvait déjà des publicités de ce type dans le magazine Famille et Éducation : Acadomia en 4eme de couverture notamment. Je leur avais donc écrit pour leur demander si l’école libre croyait si peu dans ce qu’elle offrait aux élèves pour promouvoir un soutien extérieur onéreux. Autant dire que mon courrier n’a jamais eu de réponse !
C’est un peu comme si Carrefour faisait de la pub pour Lenôtre.
Je souscris pleinement aux propos de Mme Fontcatel !