[LIVRE] Le Séminaire des Barbelés, un récit de la réconciliation franco-allemande

Alexis Neviaski nous raconte une histoire oubliée et bouleversante vécue en France pour construire la paix en Europe.
Séminaire des barbelés

Il est des livres qui racontent plus qu’une histoire, qui font revivre le passé, voire nous y transportent. Le Séminaire des Barbelés d’Alexis Neviaski (publié chez Artège) est l’un d’entre eux. Conservateur général du patrimoine, en poste au ministère de la Culture au sein d’une DRAC, et docteur en histoire, l’auteur use d’une double exigence de rigueur scientifique et d’humanité pour accomplir la narration de ce sujet d’importance. À travers des archives précises, des correspondances et des témoignages d’une grande valeur, il exhume ainsi un épisode largement méconnu de l’après-guerre et lui redonne toute sa portée historique. Son récit ne se contente pas de raconter des faits oubliés, il éclaire l’un des fondements les plus profonds, les plus marquants et peut-être les plus touchants de la réconciliation franco-allemande.

Une Allemagne à reconstruire

En effet, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est ruinée, les villes sont détruites et les consciences le sont tout autant. Les Alliés comprennent rapidement que l’Allemagne ne pourra être reconstruite que par les Allemands eux-mêmes. Encore faut-il d’abord relever un peuple meurtri, longtemps soumis à l’idéologie nazie, dont les corps et les âmes doivent être libérés. La reconstruction matérielle ne suffit pas, une reconstruction morale s’impose.

C’est dans ce contexte que la situation de centaines de séminaristes, novices, scolastiques et jeunes religieux allemands, enrôlés dans les armées du Reich, dispersés par la guerre et devenus prisonniers aux yeux des Alliés, devient cruciale. Ne pouvant être libérés dans l’immédiat, ils ne peuvent néanmoins rester sans perspective. Leur vocation et leur formation peuvent alors faire d’eux des acteurs du redressement de leur pays.

Naît alors une initiative exceptionnelle, celle du séminaire des barbelés, d’abord à Orléans puis à Chartres. Unique séminaire installé dans un camp de prisonniers de guerre, il accueille entre 1945 et 1947 près de 950 séminaristes, dont 630 futurs prêtres. Derrière les clôtures de ces camps, pendant deux années, ces jeunes hommes vont reprendre leurs études, prier, apprendre, espérer et retrouver un sens à leur existence. Malgré la faim, le froid, le manque de vêtements, l’absence de livres, la séparation douloureuse d’avec leurs familles, ils détournent leur regard de l’ombre d’Hitler et de la guerre pour le tourner vers Dieu et vers l’avenir.

Des hommes au service de la paix

Au gré de cette histoire, l’œuvre d’Alexis Neviaski nous fait rencontrer de grandes figures. L’abbé Franz Stock, supérieur du séminaire, domine naturellement le récit. Déjà connu comme l’aumônier des prisons parisiennes ayant accompagné de nombreux résistants condamnés à mort, il apparaît ici sous un autre jour, celui d’un bâtisseur de paix. Admirable de dévouement, il donne tout à cette mission, jusqu’à sa santé pourtant fragile. Il comprend que former ces futurs prêtres allemands en France, suivant les directives des Alliés, revient à préparer la paix entre deux peuples.

À ses côtés apparaissent également l’abbé Le Meur, Mgr Harcouët, évêque de Chartres, ou encore le nonce apostolique Angelo Roncalli, futur Jean XXIII, ainsi que des officiers français d’une grande humanité, tel le commandant Gourut. Le « bon pape » résumera lui-même la portée de cette œuvre par une déclaration rapportée dans le livre, comme tant d’autres nous immergeant réellement dans ce passé, que « le séminaire de Chartres est à la fois une chance pour la France et pour l’Europe. Il s’agit d’un geste de compréhension et de réconciliation. »

Une réconciliation concrète

Le livre rappelle ainsi avec force que la réconciliation franco-allemande ne s’est pas bâtie seulement par des échanges politiques entre Paris et Berlin, ou par des projets économiques comme la CEE. Elle s’est aussi forgée dans des lieux modestes, à travers des gestes simples et courageux. Jacques Chirac évoquera cela en parlant de l’abbé Stock au chancelier allemand en mars 1998 en affirmant qu’« il avait, parmi les premiers, compris que la réconciliation est un état d’esprit. Elle est une construction de chaque jour. Elle repose non sur le refus de l’histoire mais sur l’aptitude à en tirer les leçons et à la dépasser ».

La réussite du Séminaire des Barbelés fut également prouvée par le témoignage des anciens séminaristes tel Emile Stehle, devenu évêque, qui conserva toute sa vie l’anneau de Mgr Harcouët. Il y voyait « un testament et [sa] seule richesse matérielle ». Alexis Neviaski prolonge cette pensée en voyant en cet anneau le « plus beau symbole de la réconciliation franco-allemande » qui matérialise également « l’unité ecclésiale, la communion spirituelle et l’alliance des peuples ».

Un livre profondément marquant

Nous touchant profondément, ce livre nous fait partager les souffrances de ces jeunes séminaristes, leur espérance retrouvée et leur fraternité née dans l’épreuve. Nous ressentons aussi l’injustice du destin de l’abbé Stock qui, malgré son engagement au service des Alliés et de la paix, demeure traité comme prisonnier de guerre et meurt à Paris, malade, épuisé, loin des siens.

Lorsque vient la fermeture du séminaire dans le récit, un double sentiment s’impose à nous. En effet, la joie domine devant la réussite de cette mission, dont le succès était loin d’être assuré, et le retour de ces hommes vers leur pays, conscients de la tâche qui les attend. Cependant, une profonde mélancolie accompagne la séparation de ceux que l’adversité avait unis, qui déclareront néanmoins, vingt ans après leur départ de Chartres : « Nous autres, Chartrains, avons conscience de porter hautement dans notre peuple le message de paix et de fraternité entre la France et l’Allemagne, car l’Europe doit se reconstruire, une Europe chrétienne. »

Par son érudition comme par son humanité, Le Séminaire des Barbelés révèle ainsi une vérité essentielle : les grandes réconciliations naissent parfois de petites œuvres, discrètes en apparence, immenses par leurs conséquences.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

22 commentaires

  1. Réconciliation ? Déjà que De Gaulle pour se rabibocher avec Adenauer , a tout fait pour que les assassins d’Oradour sur Glane soient acquittés , Alsaciens et Allemands , pays remonté grâce au gros dollar américain et qui aujourd’hui nous enfonce via Von Der Layen tout en biglant sur nos entreprises de défense de pointe , voir aussi l’electricité de nos centrales nucléaires qu’on leur vend à tout petit prix car ont pleuré à Bruxelles et c’est nous qui payons la perte de revente à travers nos factures car nous avons un trubilion à la place d’un président qui est à genou devant ce pays , les Allemands faussement « carrés » et disciplinés nous la mettent pro…de et ça depuis longtemps , le pire a été depuis Hollande et maintenant Macron

  2. à 72 ans je suis une enfant des enfants de la guerre, et en plus je suis une enfant d’un couple franco- allemand d’après guerre – donc je sais viscéralement ce que signifie  » faire la paix », j’ai grandie dans ses deux cultures, j’ai mesuré les points communs et les différences, même parfois les divergences, mais je sais que tout çà forme une richesse à nul autre pareil – je m’étonne souvent que deux peuples intelligents ne comprennent pas çà.

  3. Il n’y aura jamais de vraie réconciliation entre Allemagne et France, lorsqu’on met 2 crocodiles dans le même marigot, c’est nécessairement à celui qui détruira l’autre.
    C’est une loi d’airain de la nature et on a commencé à le voir dès que l’Allemagne a retrouvé sa pleine souveraineté à travers la totalité de son territoire.
    A partir de 1989, peu à peu elle a commencé à dominer l’Europe et à imposer sa vision des choses tout en travaillant à l’affaiblissement de la France (nucléaire) afin d’assurer sa domination et… évidemment la France a retrouvé ses réflexes de l’entre deux guerres avec des émules de Briand, ce brillant ministre des AE qui croyait benoitement que l’Allemagne ne voulait que vivre en paix avec la France.
    On a vu la suite, nous n’en sommes certainement pas là, mais qu’on se rassure cela vient (voir la question du SCAF et autre projet d’armement).
    C’est pourquoi il convient de revoir fondamentalement l’organisation de l’Europe afin d’y rééquilibrer les pouvoirs entre les pays, supprimer toute idée de décision prise à la majorité et préserver le droit de véto.
    Pour exister la France doit impérativement retrouver sa puissance…. ce n’est pas avec le marcronisme qu’on y arrivera car son modèle est une fédération où chaque Etat n’est plus qu’un état (sans majuscule et surtout sans souveraineté) à l’image des USA; c’est la raison pour laquelle le but du marcronisme c’est de minorer les pouvoirs de la France afin qu’elle se réveille un matin en acceptant de n’être plus qu’un parmi 28 (ou 29 je ne sais plus).

  4. Tout ça pour ça…
    A lire les (rares !) commentaires, c’est plutôt raté.
    Et pourtant, on va fêter dans quelques jours le 81ème anniversaire de la fin de la guerre : les plus âgés d’entre nous sont donc les enfants, et la majorité, les petits enfants ou les arrière-petits enfants de ceux qui l’ont vécue…

  5. Sauf qu’aujoyrd’hui et depuis longtemps , il n’existe pas de peuple qui nous meprise plus que les allemands dont les deux tiers sont issus de ce protestantisme qui s’accomoda si bien du collectivisme du NSDAP … A l’exception des bavarois catholiques , trouvez moi un  » schleu  » qui aujourd’hui ne meprise pas les francais …!?

    • Je ne peux que confirmer vos propos.
      J’ai grandi en Iakouti (extrême nord de la Sibérie arctique) c’est pas vraiment à côté de l’Allemagne, mais nous étions des « rouges » à leurs yeux et j’en ai vu passé des allemands avec les ressources qu’il y a en Sibérie.
      J’arrive en France, la Légion, hop je deviens « fransozenkopf » (tête de français)
      Bon, monsieur Mascureau nous parle d’un livre, ce dernier est peut-être très bien et chaque livre trouve ses lecteurs mais on ne peut pas faire semblant aujourd’hui d’ignorer que l’Allemagne se réarme et que jadis il y avait des divisions SS musulmanes.

      Je ne suis pas historien c’est clair, mais la menace est juste de l’autre côté du Rhin, emballée dans le rêve jamais mort de faire revivre le St empire germanique.

      D’ailleurs , qui a décidé qu’il fallait fermer nos centrales nucléaires ? Officiellement notre « président » mais qui commande l’Elysée ? Qui dirige l’UE ?

       » Celui qui oublie ses erreurs passées se condamne à les reproduire  » Winston Churchill

  6. Chassez le naturel, il revient au galop et 80 ans plus tard, après avoir entre autre torpillé notre industrie nucléaire, fait main basse sur Airbus, les moteurs des fusées Arianne, tenté de récupérer la technologie Dassault, la volonté d’egemonie est toujours présente. Quelle est l’influence réelle des US dans tout ça ?

  7. Depuis les années 60 on nous bassine avec un soi disant couple » franco allemand  » ca a empire..a partir de guépard ppur ne olus s’arrêter.. Or..si nos dirigeants élus se sont pliés d’abord aux desideratas des américains,,ils n’ont fait depuis que se coucher devant  » la puissance allemande restaurée par les etats Unis,et dispensee de 0
    Payer les dommages de guerre…le peuple francais lui,n’a jamais fait preuve d’un engouement démesuré pour une réconciliation voire une amitié a sens unique,avec notre « ennemi héréditaire, » ..dont l’egemonie n’a jamais faibli. …

  8. Réconciliation, sous le joug allemand, l’ue est ce 4ème reich voulu par un moustache dans les années 30/40… L’ue détruit notre économie, notre agriculture pour la grande allemagne, si c’est ça leur réconciliation, non merci…

Laisser un commentaire

Quentin Deranque - que s'est-il vraiment passé ?

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI se dresse contre les banquets du Canon français… mais défend les rave party
Yves-Marie Sévillia sur Radio Courtoisie
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois