[UNE PROF EN FRANCE] Ce n’est qu’un au revoir !
Je vous avais annoncé une nouvelle, la semaine dernière.
Pour l'introduire, je laisse la parole à William Lafleur (MsieurLeProf), dans son livre-témoignage L’ex plus beau métier du monde : « Lors d’une réunion en 2019, Nathalie Masneuf, alors directrice des ressources humaines du rectorat de l’académie de Montpellier, s’est permis un petit trait d’esprit. Quand un enseignant lui a demandé ce qu’on pouvait faire face à des difficultés à se reconvertir, celle-ci s’est contentée de répondre : "Pensez à l’euthanasie". »
Rassurez-vous, je n’ai pas pris rendez-vous pour une piqûre létale, bien que cela semble la dernière tendance à la mode.
Mais j’ai pris une grande décision. Ma situation n'était pas satisfaisante et j’avais exploré en vain tous les chemins et activé tous les leviers à ma disposition. Vous en êtes depuis trois ans les témoins privilégiés.
J’avais deux solutions : soit rester en France et changer de métier, soit continuer à enseigner mais à l'étranger. Je pars donc dans une semaine et je dis, comme le faisait ma grand-mère, « adessias »* à la France et à l’Europe. Une nouvelle aventure commence, qui ne manquera pas d'être palpitante. Ce n’est pas un départ définitif ; c’est une parenthèse.
Comment se reconvertir ?
J’ai eu au téléphone un membre du cabinet du ministre de l'Intérieur. Nous avons déploré ensemble le départ des multi-diplômés pour l'étranger, où on les accueille avec un enthousiasme qui fait défaut chez nous. Il me disait que les ministres menaient une réflexion intense pour infléchir la tendance. Si vous avez des idées, n'hésitez pas à leur écrire pour leur en faire part ! Ils semblent en manquer…
Mais pour moi, c'est trop tard. C'est peu de dire que l’État n’a pas bougé une phalange pour me retenir. Et c'est sûrement normal, je ne suis qu'une petite fourmi dans la fourmilière devenue folle. Il est trop occupé à organiser l’accueil des futurs ingénieurs de Ceuta…
Mais en quoi cela nous concerne-t-il, me direz-vous ? Cette brave dame fait bien ce qu'elle veut et peut aller traîner ses guêtres littéro-pédagogiques où bon lui semble !
Eh bien, cela vous concerne, un peu, car c'est la fin de cette chronique. En effet je n’aurai plus rien à vous dire du quotidien de l'école en France, plus d’anecdotes cocasses, de petits récits croqués sur le vif.
Je vais donc faire une pause.
Cette chronique renaîtra sous une autre forme à l’automne. J’aurai toujours des élèves, donc il y aura certainement encore quelques histoires à raconter, mais le propos sera plus varié. Nous essaierons d’observer le monde ensemble à travers le prisme de l’histoire et de la culture qui, tels des révélateurs photographiques, font ressortir des nuances du présent que nous ne percevons pas toujours au premier regard.
Je vous dis donc « à bientôt » !
Salvete !
*« Adessias » est une expression populaire du sud de la France qui signifie « au revoir », « adieu » ou « à bientôt ». Elle vient du provençal « à Dieu sias », qui veut dire « que Dieu soit avec toi » ou « Dieu te garde ».
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56 commentaires
Si le pays d’accueil est au maghreb ou en Afrique subsaharienne, j’ai bien peur que cette chronique ne change pas beaucoup.
Détrompez-vous ! Même s’il est difficile de généraliser, le continent africain étant immense et conséquemment très divers, je peux vous affirmer, ayant, du fait de mes activités professionnelles, dû scolariser un de mes enfants dans le secondaire dans un établissement de « l’Afrique subsaharienne équatoriale », que la comparaison est très loin d’être à l’avantage de l’Education Nationale française en général, si fière de ses résultats catastrophiques, et du collège breton en particulier où il était précédemment !
Bonjour Virginie,
Pour la première fois, j’ai lu les commentaires de vos fidèles lecteurs avant de me prononcer. Comment dit-on ? Un être vous manque, le monde est vide ? C’est un peu ce que vous transmettent avec délicatesse toutes ces personnes reconnaissantes par l’accompagnement qu’ils vous témoignent.
Rien de plus frustrant que d’être conscient de potentialités dans l’impossibilité de s’exercer. On a tendance à vivre à l’écart, à observer son environnement d’une hauteur qui nous semble inconvenante . Donc vivre dans la contrainte d’une expression à retenir. Inconfortable. Nous comprenons votre choix réfléchi depuis de nombreux mois.
A bientôt dites-vous. Le vécu nous conduit parfois dans des voies insoupçonnables. Gardons l’espoir qu’elles vous présenteront quelques pages blanches à remplir à notre attention. Dans cette attente nous rongerons notre frein.
Bon vent Virginie. Que la réussite professionnelle et le bonheur familial vous comblent.
Bonne chance, chère collègue !
Moi je compte les quelques années qui me restent avant la retraite. Je n’ai plus l’énergie de recommencer ailleurs.
La France se divise en 2 catégories, ceux qui comptent sur eux-mêmes et partent à l’assaut du monde, et ceux qui restent accrochés à leurs « chez eux » comme un moule sur son rocher.
Les uns prennent leur vie en mains, d’autres – pas tous- ont tendance à la subir.
Encore une tête bien faite qui quitte la France. Quoi qu’il en soit, merci Madame de nous avoir livré vos chroniques hebdomadaire et bonne chance pour la suite!
Chère Madame, vous avez ensoleillé mes jours depuis que je lis vos superbes chroniques, dommage pour moi que vous partiez, belle nouvelle vie pour vous, qui avez hélas bien raison de tenter un nouvel avenir.
A bientôt peut-être ?
Encore merci.
Beaucoup vont vous poser la question de savoir quel pays va vous accueillir… Comme dirait Pierre AUCAIGNE: « Ah bon, mais quel est ceci? »
Un monde où des élèves vous écoutent et ont envie d’apprendre… pardonnez-leur d’avance, ils ne savent peut-être pas qu’on peut être autrement!
Adessias. Vous me manquerez. Je suis professeur à la retraite . J’ai toujours aimé le piment de vos articles. Et j’avoue être soulagée de ne plus faire partie du système.
Puissiez-vous retrouver tout le sens profond de ce si beau métier.
Adessias (merci Pagnol) !
Et oui, ce métier n’est pas facile, une carrière mériterait sans doute des aller retour vers d’autres fonctions ou misions pour se ressourcer…
Les grandes administrations sont déshumanisées, en haut dans leur confort ils s’en foutent bien… Quelques aller retour vers la base leur ferait le plus grand bien, mais c’est une autre histoire.
Vous faites bien, rester à combattre pour sauver un pays qui ne veut pas l’être c’est sans espoir.
Je vous souhaite beaucoup de de bonheur dans votre nouvelle vie . Je ne sais pas si votre décision est la bonne . Vous ne le saurez vous même que plus tard et de toute façon , personne n’a à la juger . Mais je vous comprends et sans doute est ce celle que j’aurai prise il y a quelques années avant que la naissance de mes petits-enfants ne me retienne en France . Alors bonne route Virginie . Amenez le meilleur de la France dans d’autres contrées
Salvete : votre destination est-elle la Serbie ?
Prof en France ou « les nouveaux kamikazes ».
Je vous souhaite une contrée « sereine » et bienveillante. Ça n’est pas le cas partout, même quand on y va pour faire le bien.
Si tout le monde fait comme vous et quitte la France, on n’est pas près de s’en sortir. C’est bien dommage. Mis à part ça j’aimais bien vos articles. Pouvons-nous savoir pour quel pays vous abandonnez le votre?
Bon voyage et bon vent pour vos nouvelles aventures. Je vais perdre votre billet hebdomadaire qui était ma petite madeleine que j’attendais avec gourmandise tous les lundis. J’aimais votre humour face à des situations parfois déprimantes. Écolier des années 60, j’ai pu mesurer le gouffre entre l’enseignement que j’ai reçu de mes INSTITUTEURS et surtout de l’intérêt qu’ils portaient à notre réussite.