Une loi Nuñez contre l’islamisme… ou contre l’ultra-droite?
Quel objectif recherche, exactement, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, avec son projet de loi « destiné à lutter contre le séparatisme et l’entrisme » ? Au départ, l’idée avancée était de compléter le dispositif de la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République » avec des mesures permettant de lutter plus efficacement contre l’activisme entriste islamiste - l'entrisme du frérisme et du salafisme principalement. À l’arrivée, pourtant, le discours diffère sensiblement, comme nous l’allons voir.
L’ultra-droite, voilà l’ennemi
Pour comprendre, il faut prendre en compte le logiciel du locataire de Beauvau. Tenant d’une ligne politique culturellement marquée à gauche, et globalement immigrationniste, Laurent Nuñez est aussi un macroniste pratiquant dont le discours emprunte volontiers au « en même temps » pour « flouter » des objectifs pouvant s’avérer contradictoires. Ses commentaires au quotidien Le Monde quant aux intentions de son projet de loi en préparation est un modèle du genre. « Moi, je n’ai pas de problème avec l’islam en France », explique-t-il, « mais je combats ceux qui l’utilisent pour porter atteinte à notre République. » Le « ceux qui l’utilisent » devrait apparemment désigner les factions islamistes et leurs soutiens. Mais le spectre des ennemis à combattre est en réalité plus large, chez Laurent Nuñez, visant d’autres ennemis identifiés, et possiblement même, surtout, ces derniers. Il faut toujours garder en tête les complaisants propos du ministre concernant l’Algérie ou le voilement des musulmanes mineures.
« Notre projet de loi aura vocation à s’appliquer à toutes les structures ou individus séparatistes ou ultraviolents, comme les groupes d’ultra-droite, par exemple. » Nous y voilà. Première étape d’une dialectique macroniste qui se respecte : l’amalgame. « Nous visons tous les groupuscules qui provoquent à la discrimination, à la haine et à la violence, mais aussi toutes les structures qui incitent à des agissements violents et ont pour vocation d’attenter à la République. » Sur le principe, le dispositif de lutte contre l’islamisme s’élargit donc déjà fortement. La seconde étape consiste en un ajout à la législation actuelle qui n’a rien d’un détail. « Notre texte prévoit un huitième motif de "dissolution de structure associative pour entrisme" », explique-t-il, confirmant ensuite que seront concernées « les structures qui s’affranchissent des règles communes légalement établies pour faire prévaloir des principes, religieux ou autres, incompatibles avec les valeurs et les principes de la Déclaration des droits de l’homme [et du citoyen] ». Et pour « bétonner » le tout, le ministre de préciser que le Conseil d’État « se penche sur le texte en ce moment ».
Retailleau/Nuñez : lutte d’ego
Pour saisir la portée concrète du projet, il convient de le contextualiser, puisqu’il s’entrechoque dans le calendrier avec la proposition de loi (PPL) déposée le 29 avril 2026, sur le même sujet, au Sénat par Bruno Retailleau, et qui a fait l’objet d’un examen avec un texte adopté en commission. Dans un duel d’ego entre ministres de l’Intérieur, l’ancien a pris une longueur d’avance que le nouveau (son ancien préfet de Paris) tente de combler avec un texte qui devrait le siphonner puis y faire quelques ajouts semblant anodins, mais qui en modifieront la nature.
Or, le texte sénatorial, qui reste assez flou sur certains points, laisse une grande latitude à qui veut faire du « en même temps » avec l’entrisme.
Dans son titre II, la PPL de Bruno Retailleau se propose ainsi d’« assécher le financement des groupes séparatistes ». L’idée consistant, comme le précise l’article 6, à étouffer financièrement les « entristes » à combattre. « Le ministre chargé de l’Économie et le ministre de l’Intérieur peuvent décider, conjointement, pour une durée de six mois renouvelable, le gel des fonds et des ressources économiques. » Suit une énumération de cinq catégories de personnes ou organisations visées, dont une qui désigne ceux « qui, soit provoquent ou contribuent par leurs agissements à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence »...
L’islamisme jamais cité
Non seulement l’islamisme n’est jamais cité comme cible, ni dans cet alinéa ni dans les quatre autres, mais les propos de Laurent Nuñez, qui ne désigne, lui, comme cible que « les groupes d’ultra-droite », laissent imaginer à quoi et contre qui devra servir son texte.
Devinez contre qui sera utilisé l'article sur le gel des fonds ? https://t.co/eph9Qm6aL6 pic.twitter.com/qr34as2XD0
— Une Bonne Droite 👊🏻 (@BonneDroite) May 4, 2026
Interrogé par BV, Gaëtan Dussaussaye, député des Vosges et porte-parole du RN, constate en premier lieu que si un nouveau texte est en préparation, c’est que celui de « la loi contre le séparatisme était, comme l'avait prévenu le Rassemblement national à l'époque, insuffisant ». Or, ajoute-t-il, « la menace islamiste reste très prégnante en France, et le dernier rapport en date sur le sujet [commandé par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et partiellement publié à sa demande, NDLR] prouvait qu'il y avait encore environ 138 mosquées radicales sous influence des Frères musulmans, et un attentat déjoué tous les 45 jours par les services de renseignement. Bref, il y a encore beaucoup à faire. » S’agissant du projet Nuñez, « le RN va évidemment suivre l’affaire de près », indique Gaëtan Dussaussaye, « mais nous avons déjà une PPL destinée à "combattre les idéologies islamistes", co-écrit et par Marine Le Pen et par Jean-Paul Garraud, et qui avait d’ailleurs été présentée à l'élection présidentielle de 2022 ».
Contrôle des oppositions de droite
L’article 6 de la PPL Retailleau et les propos de Laurent Nuñez n'ont pas manqué de faire réagir, sur les réseaux sociaux.
Le projet de loi Nuñez devait s’attaquer au terrorisme islamiste.
Il permettra finalement de geler les avoirs de quiconque a une opinion divergente du catéchisme multiculturaliste.
Le macronisme en fin de règne est en roue libre. https://t.co/Mtucm7DYk0
— Pierre-Marie Sève (@pierremarieseve) May 4, 2026
C’est notamment le cas de Pierre-Marie Sève, délégué général de l’Institut pour la justice, qui, répondant à BV, estime que tout cela s’inscrit « dans un contexte de dérive du contrôle du discours et du débat public ». Un dispositif qu’est « en train de mettre en place la Macronie ». Et en premier lieu, Emmanuel Macron, monté au créneau au niveau européen « avec le contrôle de l'âge qui, en fait, revient non pas à contrôler l'âge, mais les identités, et qui, en fait, revient à limiter la vitalité du débat public sur les réseaux sociaux ». Et, aujourd’hui, « Laurent Nuñez met en place ce qu'Emmanuel Macron veut mettre en place ». Or, dans ce projet en préparation, conclut Pierre-Marie Sève, « le jour où un État plus illibéral se mettrait en place en France, ce qui n'est pas impossible avec la présidentielle, cela donnerait aux dirigeants des armes que je trouverais scandaleuses et complètement antidémocratiques ».
Dans cette optique, combien serait alors pratique, en effet, une nouvelle loi participant au contrôle des oppositions et qui, sous couvert de lutte contre contre l’activisme islamiste, permettrait de faire taire ceux qui le combattent…
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR




































57 commentaires
le petit maçon se prend pour un grand philosophe ,il faut savoir être tolérant qu’ils vous chantent dans leurs loges spéculatives ( et le plus souvent sous le règne de la corruption organisée) ,pendant que eux s’enrichissent ,les peuples subissent leurs diktats en douceur et profondeur ! qui pourrait encore dire le contraire?
En d’autres termes, « macronie » est synonyme de « soviétisme » (à la sauce occidentale)
Une fois de plus nous avons confirmation de la réalité du principe de Peter !
PNG