« Une dérive sans précédent » : le troisième tour des municipales ravive le front républicain

De Carpentras à Yerres, des alliances locales redessinent le pouvoir loin des urnes, au détriment du vote des électeurs.
Paris, le 14 janvier 2026
Paris, le 14 janvier 2026

« Nous sommes les mieux élus de l’agglomération… et nous ne sommes pas représentés. C’est une dérive sans précédent. » Le constat est signé Nicolas Dupont-Aignan, interrogé par BV. Celui qui fut président de l’agglomération pendant quinze ans donne le ton. Une fois les municipales passées, une autre bataille commence. Plus discrète, moins médiatisée, mais tout aussi décisive : celle des intercommunalités, où l'usage est d'effacer les querelles politiques au profit de l'intérêt commun.

Un pouvoir local devenu incontournable

Derrière leur image technocratique, ces structures concentrent aujourd’hui une part croissante du pouvoir local. Elles pilotent le développement économique, attribuent les zones d’activité, définissent les politiques d’urbanisme, organisent les transports, gèrent les déchets, financent les grands équipements et structurent les politiques de logement.

Elles décident aussi de l’orientation des investissements et arbitrent la répartition des ressources entre communes. En clair, elles tiennent les manettes du quotidien et de l’avenir des territoires. Dans bien des cas, ne pas peser dans l’intercommunalité revient à gouverner sa ville sous contrainte, sans maîtriser les leviers essentiels.

À Carpentras, la scène a été brutale. Lors de l’installation de la communauté d’agglomération Ventoux-Comtat Venaissin (CoVe), les élus RN quittent la séance avec fracas. « Ils ont voulu reproduire le cordon sanitaire sur le troisième tour des municipales », explique, à Boulevard Voltaire, le maire Hervé de Lépinau.

Des alliances politiques pour verrouiller le pouvoir

Selon l’édile, rien n’est le fruit du hasard. « Dès le mois d’octobre, ils s’étaient organisés pour avoir la présidence et un maximum de vice-présidences. » Même lecture du côté de Nicolas Dupont-Aignan : « C’est une bande de copains qui vont des socialistes à LR et qui magouillent ensemble. »

Dans les intercommunalités, tout repose sur des équilibres internes. Chaque commune dispose de délégués et une majorité suffit à désigner un président et répartir les vice-présidences. Une mécanique parfaitement légale… mais qui permet de verrouiller la gouvernance et d’écarter certains élus, même largement majoritaires dans leur ville.

À Carpentras, qui représente près de 32.000 des 72.000 habitants de l’agglomération, la proposition faite au maire RN illustre cette mise à l’écart : « On nous a proposé une vice-présidence au tourisme… un pot de fleurs. »

Empêcher d’agir plus que de gagner

Au-delà des postes, c’est la capacité d’action qui est en jeu. « L’objectif, c’est d’empêcher l’action municipale », tranche Nicolas Dupont-Aignan.

Être tenu à l’écart de l’exécutif intercommunal signifie aussi perdre l’accès à l’information, aux arbitrages et aux décisions structurantes. « Le seul danger, c’est qu’on ne sera pas au courant des décisions qu’ils vont prendre », alerte-t-il.

Même constat à Carpentras, où Hervé de Lépinau dénonce une gouvernance « étriquée, bornée et idéologique ». Face à cette situation, le maire de Carpentras hausse le ton. « S’il faut aller jusqu’à quitter l’agglomération, on le fera. » De son côté, Nicolas Dupont-Aignan y voit une sanction politique : « Nous sommes les plus populaires… c’est une punition. »

Un schéma appelé à se répéter

Ce « troisième tour » des municipales révèle ainsi une réalité politique moins visible, mais déterminante. Dans les intercommunalités, les alliances se nouent, les équilibres se recomposent… et les victoires locales peuvent se retrouver neutralisées.

Le scénario pourrait d’ailleurs se reproduire ailleurs. À La Flèche (Sarthe), plusieurs élus ont déjà annoncé leur refus de gouverner avec le RN. Même climat à Orange (Vaucluse), où les lignes de fracture sont déjà posées. Partout, le même réflexe : constituer des majorités de circonstance pour contenir, voire marginaliser, les exécutifs municipaux issus de la droite nationale.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

99 commentaires

  1. Encore une grave conséquence de ce millefeuille administratif déviant. Que les communes s’administrent de manière autonome et s’accordent ponctuellement pour les grands projets si tout le monde est d’accord. Fin de ces intercommunalité qui coûtent plus cher aux contribuables qu’elles ne sont utiles.

  2. En fait l’agglomération de communes est à l’Europe ce qui est à la commission européenne et donc il faut en sortir d’autant plus que ça nous coûte un pognon de fou

  3. les intercommunalités sont plus souvent des abreuvoirs pour corrompus que des sacristies ….Tout s’y passe a la tête du client suivant les idées !!!

  4. Encore des démonstrations du déplacement de LR vers le Centre, voire vers la Gauche. IL faut recommander à ceux qui rêvent encore de l’union des Droites, d’ouvrir les yeux : LR n’est plus la droite, Retailleau se dit toujours de Droite pour faire illusion, missionné qu’il est pour ramener le plus d’électeurs de Droite possible vers le Centre pour que la France se réveille en mai 2027 avec un Macron bis.

  5. ces comités antre amis, des barons locaux ne veulent pas qu’on voit la gabegie des dépenses, il faut supprimer ces officines qui dépensent à tort et à travers, qu’ils bossent dans leurs mairies plutôt que de faire des sauteries sur le dos des contribuables, pas de projet si ce n’est empêcher le droit d’exercer du Rn, pas beaucoup d’ambition ces gens là, quand à La Flèche s’il y a une réflexion à faire c’est que ces baronnets contre le RN ne sont vraiment pas des flèches.

  6. Magouille et carambouille sont les deux credo des politocards irresponsables, allaités à l’argent public et qui seraient bien incapables ( pour la plupart ) de gagner leur ( misérable) existence en dhors du pot de confiture étatique.

  7. « C’est une bande de copains qui vont des socialistes à LR et qui magouillent ensemble. » A commencer par notre président ! Ce pays devient une honte démocratique anticonstitutionnelle sans nom. On se réveille quand ???

  8. Est-ce qu’il y a encore des élections qui servent -vraiment- à quelque chose ? Il faut aller voter… oui, mais Pour quoi faire puisque TOUT a été noyauté hors élections, donc hors peuple, pour notre plus grand malheur… Les manifs, les grèves.. il y a longtemps que ne sert plus à rien, au contraire… ça ajoute du bordel au bordel, ce qui est tout bénef pour ces « gens » qui tirent les ficelles depuis si longtemps.

  9. Faudra supprimer toutes ces agglomérations d’agglomérations de tout et n’importe quoi… et des vice-présidents à la pelle pour quoi faire ???

  10. Evincer le parti gagnant par des alliances de petits partis est hélas un des défauts majeurs de la démocratie. En Belgique, c’est le règne de la particratie, Bruxelles en fait régulièrement les frais. Votez, après les partis déciderons…

  11. La question est : pouvons-nous encore faire confiance en cette racaille de politiciens , eux qui ne pensent qu’à leur avenir politique , qu’à leur administrés , qui eux ne seront plus consultés par cette alliance nauséabonde.

  12. Dans ma petite communauté de communes où en théorie il n’y a aucun maire politisé on assiste à ce même théâtre. Le maire de la deuxième plus grande commune, qui était un animal politique, et fondateur de cette intercommunalité a raccroché après avoir exercé la fonction mariale depuis 1977, et seul président que la com com ait connu à ce jour. Un agriculteur retraité maire d’un petit village s’est dit qu’à 73 ans il pouvait apporter un peu de bon sens paysan le temps d’un mandat à la tête de la communauté de communes. Taxé d’être éternel opportuniste, propriétaire terrien et soi-disant d’avoir profité de l’argent public pour vendre ses terrains viabilisés en zone industrielle, même si c’est inexact, suscite une levée de boucliers par le maire macroniste de la 3ème plus grande commune. Ce maire, deux fois élu sans étiquette par lâcheté, félicité par l’ex parti En Marche en 2020, avait essuyé un cuisant revers lors des élections cantonnales de 2021 en étant encore sans étiquette, vient d’être réélu et fait marcher son téléphone pour ravir la place de président de la CC. Alors toutes les promesses fumeuses de subventions ou de vice présidence y vont, et prêtre certainement l’embauche de la nièce de un ou deux maires en échange de quelques voix. Je ne sais pas s’il est encore adhérent de Renaissance, mais son métier est d’être « chef de projets » dans une autre collectivité gérée par un autre macroniste ! Ce n’est pas un front anti-RN mais un front anti-paysan qui est en train de se mettre en place, alors qu’on n’est pas vraiment en zone urbaine. Ces gens là sont vraiment prêts à tout pour garder leurs postes car ils ne savent rien faire d’autre !

  13. Le président de la communauté ou agglomération de commune est le véritable décideur, le super maire surtout si il s’est constitué une majorité parmi les communes de son agglomération . Tout cela participe de l’appropriation des prérogatives par des gens qui vont intervenir sur la vie d’ une commune sans en avoir été élus .
    Mais les maires qui ont été choisis sont ceux qui auront à répondre devant leurs administrés des problèmes subis ou améliorations qui auront été accomplies.
    Il va sans dire que l’agglo , qui a de plus en plus de prérogatives et responsabilités peut arbitrer les choses comme elle l’entend y compris en favorisant ou en pénalisant telle ou telle commune .
    Que ce soit au niveau des transports ou des classes , le maire d’une commune si il est bien vu politiquement ou pas peu obtenir le soutien de l’agglo ou se retrouver tout seul dans la bataille .
    De plus ces fermetures de classe sont décidées au niveau de l’inspection académique donc si le président de la communauté de communes est macroniste , il n’interviendra pas soutenir un maire qui voudra conserver une école . Insidieusement il peut faire pencher la balance vers un camps politique en incitant les citoyens de la commune à voter pour celui qui serai à même de leur obtenir des amélioration qui ne sera pas nécessairement le maire, qui aura ,les mains liées .

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