Ils font beaucoup moins de bruit que les délinquants désœuvrés largement arrosés en banlieue par des plans destinés à acheter la paix sociale… et pourtant. Un rapport de l’INSEE publié le 11 octobre confirme une situation que l’on savait difficile : « 18 % des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté (13.000 euros par an pour une personne seule en 2018) » et « seul un tiers des revenus des ménages agricoles provient de l’activité agricole ». En somme, un agriculteur ne vit plus de son travail sans un complément de revenu qui peut provenir de l’activité du conjoint, d’une activité salariée hors de l’exploitation (un agriculteur sur cinq est, ainsi, bi-actif) ou encore de fermages. Jean-Luc Latet, producteur laitier installé près de Périgueux, voit ses revenus diminuer depuis plusieurs années, il confie à France Bleu qu’il dort mal la nuit car il fait et refait ses comptes : « On calcule, on se demande comment on va arriver à la fin du mois, payer les factures. C’est compliqué. »

Mais tous les agriculteurs ne sont pas logés à la même enseigne : « Les disparités de niveaux de vie sont fortes parmi les ménages agricoles ; de 9.800 € par an pour les 10 % les plus modestes, à 46.500 € pour les 10 % les plus aisés », relève France agricole. Les grandes cultures céréalières ainsi que les terres viticoles tirent mieux leur épingle du jeu. « Les revenus générés par l’activité agricole des ménages des territoires viticoles [étaient] 1,9 fois supérieurs à ceux des territoires d’élevage bovin », indique le rapport. Ce dernier cible particulièrement les éleveurs de bovins frappés par une plus grande précarité : « Dans les territoires d’élevage de bovins viande, les revenus tirés de l’activité agricole sont les plus bas : 11.300 euros en 2018. Le niveau de vie de ces ménages agricoles y est aussi le plus faible. »

Compte tenu de leur éloignement géographique des pôles d’emploi, les éleveurs peuvent plus difficilement coupler leur métier avec une autre activité. Dans La Fin d’un monde, décrit cette hécatombe silencieuse : « Pas de travail, pas de distraction : la dévalorisation communale s’accompagne d’un sentiment de déchéance collective chez ceux qui restent, ces laissés-pour-compte reclus dans un pays moribond et retranchés du monde des vivants. »

Et n’en jetez plus, la coupe est pleine, ils sont par ailleurs confrontés à des hausses des coûts de production et des prix de l’énergie, tout en subissant l’idéologie végane qui conditionne les personnes à limiter leur consommation de viande. Cédric Viallemonteil, éleveur de vaches dans le Cantal, nous le confirme : « Tout augmente, c’est vraiment fracassant. Le gazole, l’aliment, les engrais, les matériaux de construction… Par contre, nous, tout ce que nous vendons, viande et lait, c’est le statu quo ! À ce rythme-là, on ne va pas tenir longtemps… » Mais l’éleveur aime ce qu’il fait, simplement, il n’a pas vocation à l’assistanat : « On aimerait bien pouvoir vivre sans toutes ces aides. Ce qui serait normal c’est qu’on puisse indexer le prix de nos produits sur le prix des matières premières, et aujourd’hui, on ne peut pas, c’est une honte. »

 

12 octobre 2021

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