Longtemps, les prophètes de la « mondialisation heureuse », d’Alain Minc à Jacques Attali, estimaient que la Chine avait vocation à devenir et demeurer « l’atelier du monde ». Comme si l’une des plus vieilles nations constituées de l’humanité, première puissance économique planétaire jusqu’à la révolution industrielle, ayant inventé poudre et papier monnaie, pourrait se contenter, ad vitam aeternam, de fabriquer des ours en peluche et des pistolets à eau. Les mêmes naïfs estimaient encore que la montée en puissance de l’ chinoise la jetterait mécaniquement dans les bras d’une démocratie libérale aux mœurs enfin apaisées. Le tout à l’ombre de l’hyperpuissance militaire américaine.

Bref, il fallait être bien sot pour imaginer que de tels vœux pieux deviendraient réalité. Ainsi, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Paul Charon, de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), viennent-ils de publier un passionnant ouvrage, Les opérations d’influence chinoises : un moment machiavélien (IRSEM). Alors que l’essai de l’Américain Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire, annonçait sa mort annoncée, nos deux auteurs nous rappellent que le passé a encore de l’avenir.

Car de son histoire multimillénaire, la Chine a appris ce qu’est le temps long, au contraire des USA, ne pouvant afficher qu’à peine plus de deux siècles d’existence. Laminée par les guerres de l’opium, durant lesquelles l’Occident a obligé Pékin à faire commerce de ces produits – ce qui bouleversa son de fond en comble –, la Chine entra ensuite en quasi-autarcie durant la parenthèse maoïste. Puis, tout en faisant dos rond et patte douce, elle apprit. En imitant les techniques venues d’ailleurs, en acceptant de devenir le sous-traitant de l’Occident et, surtout, en confortant le régime en place, étrange alliage de capitalisme sauvage, de philosophie confucéenne et d’autoritarisme communiste.

À en croire nos auteurs, c’est « aux alentours de 2017 que son pouvoir a atteint un stade de maturité. La Chine prend conscience de son hyperpuissance. Elle prend acte de son rattrapage progressif vis-à-vis des États-Unis, au niveau économique et militaire. » De là à manifester « une sorte d’excès de confiance en elle » ? Oui, semble-t-il, même si pareille remarque peut également être faite à la puissante Amérique comme à une Europe pourtant en panne d’identité.

Résultat ? « Les outrances de Trump, le et les crises en Europe, les voitures qui brûlent en France, l’invasion du Capitole à Washington : le régime profite des faiblesses occidentales. Comme les Russes, les Chinois développent à leur tour un discours négatif sur l’Occident. » Et encore n’est-il pas fait mention des dingueries sociétales, des LGBTQI+ et autres tyrannies « wokiennes », soit des concepts parfaitement incompréhensibles, à Moscou comme à Pékin.

Plus grave pour Washington, la capitale chinoise vient maintenant la chatouiller sur son propre terrain, celui du soft power. D’où ces instituts Confucius qui tentent de rivaliser avec les écoles Open Society, fondées par George Soros, ou la French American Foundation, plus qu’active en nos contrées. On notera qu’en Hongrie, le président Viktor Orbán, connu pour avoir exclu les écoles de George Soros, est en train d’accueillir une université chinoise à Budapest. Il va sans dire que ces activités culturelles vont de pair avec celles de l’espionnage tant économique que politique.

La France fait bien de s’en inquiéter. Mais est-ce une raison pour persister à tenir, contre toute vraisemblance, les Américains pour des « amis » ? Il n’en est rien, on a pu le constater avec l’affaire de ces que nous devions vendre à l’Australie. Car si l’Europe est subordonnée aux USA, la Russie commence à l’être chaque jour davantage à la Chine. Une alliance continentale pourrait être une option diplomatique très raisonnable. Il est à craindre que nous n’en prenions pas le chemin.

 

 

12 octobre 2021

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