Alors que la Justice, dans notre pays, était déjà moribonde, Emmanuel n’a rien trouvé de mieux que d’envoyer à son chevet un nouveau « Diafoirus ». Et gageons que la nouvelle purge administrée à l’institution par Dupond-Moretti a toutes les chance d’achever une institution qui n’en demandait pas tant. Comble du cynisme, le nouveau « médicament », intitulé « Pour la confiance dans l’institution judiciaire » et qui prétend réconcilier les Français avec leur Justice, prend clairement le parti d’éloigner les justiciables des prétoires sous des prétextes fallacieux laissant place à un entre-soi judiciaire qui ne présage rien de bon.

Le projet de loi défendu par l’ex-avocat devenu ministre de la Justice ne fait, en réalité, que répondre à deux préoccupations majeures de ceux qui nous gouvernent. D’une part, continuer de gérer à moindre coût la pénurie judiciaire dans laquelle notre pays vit depuis des lustres. D’autre part, profiter du prétexte fourni par cette indigence pour reléguer l’incarcération aux oubliettes de l’Histoire. Pour habiller tout ça, quelques décisions aussi démagogiques qu’inutiles comme la possibilité de filmer les procès qui se dérouleront dans nos diverses juridictions. À défaut de participer à l’administration de la justice, les Français pourront toujours assister à des « show judiciaires » !

Mesure emblématique de ce projet de loi qui, rappelons le, comptait encore récemment un certain Dupond-Moretti (alors avocat) parmi ses principaux détracteurs, la disparition annoncée des jury populaires des cours d’assises. Déjà expérimentée dans plusieurs ressorts, cette réforme vient entériner un nouveau recul de la dans notre pays. Rendue « au nom du peuple français », la présence de citoyens tirés au sort à l’occasion des procès les plus importants permettait encore à notre de plonger ses racines et de trouver sa pleine légitimité au sein du corps social. Parmi les jurés pouvaient ainsi se côtoyer des Français de toutes origines et de toutes conditions, également impliqués et responsabilisés dans la réalisation de l’une des missions les plus régaliennes et fondamentales de la nation.

Ainsi, après la suppression des juges de proximité en 2017, ceux qui nous gouvernent font maintenant le choix d’écarter, un peu plus encore, le peuple de l’administration de la justice. Comment, dès lors, prétendre rétablir de cette façon la confiance entre les Français et leur justice ? L’entre-soi judiciaire qui ne manquera pas d’en découler entérinera au contraire la défiance à l’égard d’une institution, qui touche aujourd’hui un Français sur deux et conduira, immanquablement et définitivement, à cette république des juges tant redoutée par celles et ceux qui sont épris de liberté.

À rebours de ce que pensent et de ce que veulent nous faire croire tous les destructeurs de notre système judiciaire, et ils ont été nombreux au cours des dernières décennies, le retour de la confiance ne se fera que par l’adoption de mesures fortes et respectueuses envers les victimes. Augmentation du budget de la Justice. Construction de 40.000 places de prison supplémentaires et recrutement de personnels pénitentiaires en rapport. Recrutement de magistrats et de greffiers pour atteindre la moyenne européenne. Rétablissement des juges de proximité, lesquels avaient fait leurs preuves en termes d’efficacité. Présence de citoyens aux côtés des juges de l’application des peines, en particulier pour décider des libérations anticipées des détenus jugés au criminel. Maintien des jury populaires et de la majorité à six voix pour toute décision défavorable à l’accusé. Abandon des remises systématiques de peines. Enfin, inscrire l’incompatibilité légale entre les fonctions de magistrat et d’avocat et celles de ministre de la Justice. Cette dernière pouvant toutefois être levée trois ans après la cessation d’activité.

Notre a besoin d’une réforme en profondeur et non pas d’un numéro d’artiste, quand bien même l’acteur principal s’appellerait Dupond-Moretti.

15 avril 2021

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