Le garde des Sceaux a présenté sa réforme de la justice en 36 propositions parmi lesquelles la suppression des jurés populaires dans les cours criminelles. Un projet qu’il fustigeait pourtant lorsqu’il était avocat.

Que penser de ce projet de loi ? Et comment expliquer le changement de cap du désormais ministre de la Justice ?

Explications et réactions de , magistrat honoraire.

 

 

Que penser du « projet de loi pour la confiance dans l’institution judiciaire » présenté aujourd’hui en Conseil des ministres par le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti ?

 

Si on a le droit de faire un peu d’ironie, et il est étonnant d’intituler ainsi ce projet de loi, on aurait pu plutôt l’intituler « projet de loi pour renforcer la confiance des Français et dans les autorités régaliennes ». Il est assez paradoxal de voir un garde des Sceaux proposer ce projet, alors que lorsqu’il était avocat, il a sans cesse déblatéré sur l’institution judiciaire. Par ailleurs, ce projet est destiné à poursuivre l’installation d’une des avocats. Après un début où il donnait l’impression d’avoir endossé la tunique de ministre avec la globalité que cela impose, depuis l’instauration de ce projet de loi, on a l’instauration d’une république des avocats. Le secret professionnel des avocats est renforcé et les enquêtes deviendront plus difficiles.

 

Cette réforme qui induit notamment la fin des jurés dans les cours d’assises est plutôt soutenue par les avocats.

 

Le seul domaine capital où les avocats sont vent debout contre lui est celui où il viole radicalement un engagement qu’il avait fait : supprimer les cours criminelles, puisqu’il était à la pointe de ce combat quand il était avocat. À l’époque, j’avais dénoncé le scandale de la création de ces cours criminelles qui feraient disparaître peu ou prou les jurés populaires dans les affaires les moins graves. Tout cela est du vent. Le paradoxe est que, là où Éric Dupond-Moretti aurait dû répondre à la demande des grands avocats pénalistes, il viole une promesse et montre deux choses. D’une part, malheureusement, il est devenu un homme classique pour le pire et transgresse un engagement et, d’autre part, après avoir été un avocat grande gueule, il est devenu un ministre timoré.

 

Est-ce que cette réforme vous surprend ?

 

Ça ne m’étonne pas, quand je vois comment la personnalité de Dupond-Moretti a changé, comment l’univers politique l’a rabougri.

Lorsque faisait des coups, en nommant des gens d’un bord différent, on pouvait le discuter mais cela avait du sens. Concernant Dupond-Moretti, il ne redeviendra jamais avocat et continuera sa carrière politique ou fera tout autre chose, peu importe. Mais je dénonce l’arbitraire et l’irresponsabilité régaliens. En effet, avait suggéré le nom de Dupond-Moretti après l’avoir vu au théâtre, et on choisit une personne sans se préoccuper de ses attitudes antérieures et de son point de vue sur la justice et la magistrature. Éric Dupond-Moretti sert également lors de la campagne présidentielle pour vitupérer . Tout ceci me scandalise, presque plus que la manière dont Éric Dupont Moretti remplit son rôle aujourd’hui.

14 avril 2021

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 3 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivé.

4 1 vote
Votre avis ?
6 Commentaire(s)
le plus populaire
le plus récent le plus ancien
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires