Si le compte Twitter d’ était suspendu, on dénoncerait, à juste titre, une atteinte intolérable à la liberté d’expression, une ingérence inadmissible dans la vie politique d’un pays. C’est pourtant ce qui est arrivé à Donald Trump, sans provoquer, en France, de grande indignation, à l’exception de quelques voix dissonantes. La plate-forme Twitter vient de suspendre définitivement son compte, arguant d’un « risque de nouvelles incitations à la violence ». Quant aux comptes gouvernementaux, comme @POTUS et @WhiteHouse, elle annonce prendre « des mesures pour limiter leur utilisation ».

Twitter va encore plus loin que Facebook ou Snapchat, qui n’ont suspendu que provisoirement le profil du locataire de la Maison-Blanche. Quoi qu’on pense du mandat de et de sa responsabilité dans l’invasion du Capitole, cette intervention des réseaux sociaux dans la vie politique américaine mériterait, pour le moins, d’être dénoncée. Mais le plus scandaleux, c’est que les bonnes consciences françaises semblent ne pas s’en émouvoir. Tout juste si elles ne la justifient pas, comme si Donald Trump avait voulu fomenter un coup d’État.

Cette décision de Twitter, à quelques jours de l’investiture de Joe Biden, sera sans doute sans incidence, mais elle illustre la capacité des réseaux sociaux et, plus généralement, des lobbies politico-médiatiques à s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays. Au point qu’on peut se demander si cet acte ne s’inscrit pas dans une stratégie destinée à déconsidérer à tout jamais le président sortant. La Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, se préparerait, de son côté, à entamer une procédure de destitution, même s’il est peu probable qu’elle ait le temps d’aboutir.

Joe Biden, loin de protester contre cette ingérence, la passe sous silence, paraissant s’en accommoder ou jouant les Ponce Pilate. Interrogé sur la procédure de destitution, il estime qu’il appartient au Congrès d’en décider. Seuls les médias conservateurs ont aussitôt dénoncé une mesure « orwellienne » et le pouvoir de censure exercé par quelques dirigeants d’entreprises californiennes. Les premières réactions, en France, se limitent à constater les faits. Rares sont les journaux qui ont souligné les risques que font peser ces multinationales vertueuses sur la liberté d’expression.

Il est vrai qu’Emmanuel Macron, devant les drapeaux français, européen et… américain, a pris les devants, cherchant, en pleine nuit, sans même attendre d’en savoir plus, à instrumentaliser les événements : « Nous ne céderons rien à la violence de quelques-uns qui veulent remettre en cause [le choix libre et démocratique des élections] », a-t-il déclaré solennellement, comme si la patrie était en danger. Auparavant, il avait fustigé « des partisans d’un président sortant [qui] remettent en cause, par les armes, les résultats légitimes d’une élection ».

Faut-il rappeler que Macron et son gouvernement ne sont pas dénués de tout soupçon de manipulation, qu’ils sont complices de la loi Avia et ont tenté d’instaurer un ministère de la Vérité, en lançant désinfox coronavirus, un site censé lutter contre les fausses informations ?

Souvenez-vous de la campagne contre Jean-Marie Le Pen, orchestrée, à partir du 26 avril 2002, au second tour de l’élection présidentielle. Objectivement, le président du Front national n’avait aucune chance de l’emporter contre Jacques Chirac, mais il fallait en profiter pour le transformer en suppôt de Satan. Quand on prétend s’ériger en arbitre suprême du bien et du mal, on risque fort, aux États-Unis comme en France, de sombrer, avec bonne conscience ou par calcul cynique, dans les dérives du totalitarisme.

9 janvier 2021

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