[TRIBUNE] Un père de famille risque la prison pour avoir tabassé le violeur de son fils

Lorsque la Justice ne rend pas la justice, les victimes peuvent-elles le faire ?
@Pexels
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À l’été 2025, près de Namur en Belgique, le beau-fils de Grégory Lenoci se rend chez son voisin avec d’autres enfants pour jouer à un jeu vidéo. À son retour chez lui, l’enfant de six ans explique à ses parents avoir joué à un jeu secret avec son voisin, Marc Plas, un adulte par ailleurs déjà condamné pour pédocriminalité. Les yeux bandés, il lui insérait des objets dans la bouche…

Horrifiés par ce qu’ils apprennent, les parents de la victime déposent plainte à la police locale le lendemain, puis invitent leur voisin chez eux quelques jours plus tard... Le but est de le confronter directement, alors que la police ne l’a pas encore interrogé. Lorsque Marc Plas leur raconte sans aucune honte la scène du viol bucco-génital, Grégory Lenoci, beau-père de la victime, frappe violemment le pédocriminel. Lenoci appelle les secours et leur explique : « Je crois qu’il est en train de mourir. »

La Justice se met en branle

Marc Plas est ensuite transporté à l’hôpital où son pronostic vital est resté engagé pendant plusieurs jours.

C’est alors que la Justice belge entre en jeu, et elle sort l’artillerie lourde. Poursuivi pour « tentative d’assassinat », un mandat d’arrêt est émis contre Grégory Lenoci, tandis qu’il prend la fuite. Après cinq jours de cavale et une vidéo qui a ému la Belgique entière, il est arrêté et placé en détention en attendant son jugement. La presse apprend alors qu’une autre plainte avait été déposée, un mois plus tôt, par un autre père de famille dont la fille avait été victime d’attouchements.

Depuis, sa détention provisoire a été prolongée plusieurs fois, pendant que Marc Plas, resté dans un état végétatif, est renvoyé devant le tribunal pour certaines agressions sexuelles… mais pas celle contre le petit garçon Lenoci, pour laquelle le parquet a requis un « non-lieu » !

Grégory Lenoci, lui, le père de famille qui a défendu son beau-fils, a vu sa détention provisoire renouvelée plusieurs fois et son procès se tient actuellement devant le tribunal de Namur. Après avoir failli à mettre hors d’état de nuire Marc Plas, malgré des faits déjà graves en 2020, après avoir failli à contrôler les conditions d’exécution de cette peine faible, la procureur du roi ne fait pas de cadeau à Grégory Lenoci et requiert une peine de 17 ans de prison. C’est d’ailleurs la peine à laquelle a été condamné le terroriste Mehrdad Arefani, pour une tentative d’attentat à Villepinte en 2018. « Nul ne peut se faire justice soi-même », martèle la procureur.

La justice est un droit naturel

Mais c’est exactement ce qui pose problème. Lorsque la Justice ne rend pas la justice, les victimes peuvent-elles le faire ?

Selon l’historienne Claude Gauvard*, durant le Haut Moyen Âge, « la vengeance est de droit », elle est un droit naturel des victimes. Toute l’évolution historique subséquente consiste justement, à mesure que l’État central se développe, à voir les citoyens remettre progressivement à l’État l’usage légitime de la violence. Cette évolution historique rappelle donc que la Justice est un concept avant d’être un « système ». Conceptuellement, la « Justice » existait donc avant les tribunaux. Elle était tout simplement aux mains des citoyens…

L’édification d’un système judiciaire a constitué un indéniable progrès pour la société, qui a ainsi pu concentrer son attention sur le développement culturel, économique, etc. Mais le jour où le système judiciaire, persuadé de détenir lui-même la source de son pouvoir, croit ne devoir rendre de comptes à personne, alors l’autodéfense n’est que la suite de l’histoire.

 

* La police avant la police, la paix publique au Moyen Âge, Claude Gauvard, 2005, Robert Laffont.

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Pierre-Marie Sève
Directeur de l'Institut pour la Justice

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Nul n’a le droit de se faire justice, c’est la loi, et il vaut peut-être mieux. Ceci dit, on comprend la colère de ce
    beau-père et sa réaction violente ! Un peu trop, peut-être, puisqu’il a laissé cet individu dans un état proche
    du coma … Néanmoins, la juge y a été un peu fort avec ses 17 ans de prison ! 6 à 8 ans m’aurait semblé plus convenable .;; mais, excusez-moi, je ne suis pas juge ! ( comme beaucoup d’intervenants ).

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