On a pu observer, dans cette crise Covid, à quel point les systèmes de , jouant de la difficulté pour la population à appréhender une menace épidémique inquiétante et complexe, ont pu susciter l’adhésion à leurs décisions de santé publique parfois les plus extravagantes. Plus surprenant est la facilité avec laquelle les professionnels de santé eux-mêmes, à commencer par les médecins traitants, ont pu reprendre à leur compte, malgré leur haut niveau de connaissance, certaines décisions sans véritable assise scientifique, telle que l’extension indéfinie du domaine de la vaccination, véritable cas d’école.

J’avancerai une explication, certes schématique, mais qui me semble féconde : dans le contexte d’une maladie inconnue, donc d’un savoir en cours de constitution, la connaissance des médecins et soignants, habituellement d’origine universitaire, a été court-circuitée par la connaissance issue de « l’appareil d’État ».

Il faut bien voir ce qu’on entend par « appareil d’État » pour la santé : on peut décrire un « système planétaire » composé du « soleil » ministériel autour duquel gravitent en « orbite » l’ensemble de ses agences et instituts sanitaires (HAS, Pasteur, Santé publique France, ANSM, etc.) et, en « force gravitationnelle », le fameux Conseil scientifique, autant de structures qui ne mordent pas la main qui les nourrit et qui font partie de leurs conseils d’administration... Toutes ces structures ont été productrices d’un savoir étonnamment bien corrélé aux décisions de l’État, y compris a posteriori

Comment fonctionnent respectivement ces deux productions de savoir, l’Université et l’appareil d’État ?

L’Université est dialectique et produit un savoir centrifuge, c’est-à-dire fait d’hypothèses multiples et contradictoires, qui ne seront unifiées qu’après toutes les confrontations et vérifications expérimentales requises. L’Université n’a pas de but intermédiaire : en ligne d’horizon, améliorer la santé, mais sans jamais préjuger des faits. Elle n’est pas pressée, prend le temps de s’étayer. Elle fonctionne horizontalement, en réseaux, pour maintenir la diversité des points de vue. Elle est aconformiste et ne trie pas a priori les informations et points de vue (je mets évidemment à part certains universitaires de « plateaux », qui ont opportunément rejoint le point de vue ci-dessous).

L’appareil d’État est directif et produit un savoir centripète, souvent biaisé par des idées centrales préétablies, de l’idéologie masquée. Il se coagule sur le présent immédiat, invoquant l’urgence. Il est standardisant (mais appelle cela harmonisation). Il est pyramidal (l’opinion du chef est omniprésente). Il est rempli de buts intermédiaires, activistes, posturaux, disciplinaires, devenus des fins en soi (et si ça améliore la santé au passage, tant mieux…). Il est conformiste, soumis à l’air du temps. Finalement, ses désirs sont des réalités (« j’ai très envie que le vaccin soit le remède miracle universel n’importe où n’importe quand et pour n’importe qui, donc il le sera »).

Les professionnels de santé ont été littéralement noyés d’informations et de directives émanant de cet appareil d’État. Il devenait ainsi fort difficile, par manque de temps, d’aller à la source des publications universitaires, souvent en langue étrangère, de lecture ardue et chronophage. Ainsi, la « connaissance d’État » a pris le pas. Et ceci rend compte, sans l’excuser, de certaines attitudes extrêmement choquantes telles que le refus par certains médecins de soigner des patients non vaccinés.

J’ai forcé un peu le trait, mais il me semble vital de remettre l’Université au centre du village de la connaissance. Elle seule est de nature à garantir l’objectivité et la neutralité du savoir.

Devrais-je dire « était » ? Lorsqu’un des deux sujets d’un oral de première année de médecine (comptant pour 72 % de la note finale), en 2021, dans une faculté parisienne, était : « Dans un musée est exposée une vieille enseigne de chocolaterie du 18e siècle, on voit une domestique noire, avec le sourire, qui sert un chocolat à sa maîtresse blanche, le nom de la chocolaterie est Le Nègre joyeux : qu’en pensez-vous ? », lorsqu’on constate l’ouverture récente de ces « sanctuaires du savoir » au , au racialisme, à l’antisexisme obsessionnels, on peut malheureusement s’inquiéter également de l’étanchéité de l’Université à la politisation du savoir, y compris dans les sciences dures.

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23 février 2022

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25 commentaires

  1. Hélas, Monsieur, votre témoignage vient conforter les certitudes qui s’étaient déjà imposées à nous

    A quand le réveil national en vue d’une véritable objectivité de la démarche universitaire ??

  2. Bravo! Dans mon échelle de valeurs, vous venez de faire gagner de nombreuses places aux fonctionnaires de santé Publique, dont, à l’évidence, certains sont objectifs, de bonne foi et indépendants de leur tutelle.

  3. La question est plutôt de savoir comment et pourquoi a propagande d’Etat a pu faire oublier 50 ans de médecine…

  4. Cette épidémie a permis à la France entière d’évaluer sa médecine et de la qualité des gens qui la gouverne. La plus belle démonstration est cette injonction « si vous avez des symptômes, rentrez chez vous et prenez du Doliprane ». Quel médecin digne de ce nom peut signer de telles paroles ? Inutile d’être médecin pour savoir qu’un mal soigné dès le début des symptômes, a toutes les chances d’être maitrisé, alors que retarder sa prise en charge, équivaut à attendre son aggravation.

  5. mon très regretté père auprès duquel je m interrogeais sur les consignes gouvernementales de 2020 disant que le masque était inutile me répondit  » t es c.. ou quoi ? il n en ont pas donc ils te disent que ça ne sert a rien; quand il en auront a te vendre ça deviendra obligatoire  »

    allez papa profite là ou tu es….

  6. J’ai bien peur que cet article fasse la part trop belle à l’université, noyautée et imprégnée de gauchisme depuis mai 1968 et son modèle « Edgard Faure ». Pour la connaitre de l’intérieur, je pense au contraire qu’elle a influencé, depuis cette époque, y compris dans sa partie « recherche », les mentalités qui nous gouvernent. Elle est politisée depuis longtemps, la meilleure preuve en étant ce sujet d’oral donné aux étudiants en première année de médecine…

    1. N’oublions pas l’écriture inclusive, destructrice de la langue et incompatible avec un apprentissage efficace de la lecture.

    2. OUI ; TOUT à FAIT !!. TOUS COMPLICE , PHPU en tête ( on apprend en principe , au tout début du « cursus » , que parvenir ( quels que soient les moyens..) en haut du panier/gratin , implique aussi ( surtout ! ) des devoirs ( moraux et autres…

  7. C’est tellement gros que je ne m’étonne plus que certains « complotistes » affirment que c’est macron qui a créé cette pandémie pour en tirer profit, comme il essaie de tirer profit du conflit en Ukraine. La plupart des pays ont levé les passes et les mesures barrières. Macon attend de le faire quelques jours avant les élections. Et il ne se cache même pas de dire que le passe vaccinal c’est pour emmerder des citoyens français. Et on ose critiquer Poutine qui défend les Russes, lui !

    1. Effectivement, une règle commerciale toujours en vigueur et appliquée prévoit que quiconque intervient pour permettre la conclusion d’un marché mérite une rémunération.

  8. Pour dominer un peuple, il faut lui faire peur et lui faire admettre le bien-fondé d’une religion rassurante. Comme l’a dit Raoult, cette épidémie est maintenant devenue religieuse. Il y a ceux qui croient et ceux qui croient pas. Le gvt a réussi (sur demande de Davos) à tranformer les médecins en curés et le vaccin en bapt^peme obligatoire. Où sont Hippocrate et Gallien là-dedans ?

  9. On ne peut qu’être d’accord avec vos analyses. J’étais étonnée de voir des collègues suivre le mot d’ordre politique sans se poser des questions…

  10. Après 1 an de propagande pro vaccinale matin, midi et soir ; les français ont tout accepté. Ils ont abandonné leur liberté par conformisme et par petits intérêts personnels (loisirs, vacances..). Ils en assumeront les conséquences quelles qu’elles soient mais qu’ils ne comptent pas sur moi pour me joindre à leur plaintes. Je ne me reconnais plus dans ce peuple français qui par vanité se croit éclairé mais qui en fait ne sait que se soumettre par lâcheté. Macron ne fait qu’en profiter.

    1. tout à fait d’acord avec vous car accepter de se faire piquer par des produits aux effets inconnus sur le long terme simplement pour pouvoir aller au restaurant ou au théâtre est débile.

      1. J’en connais justement un qui s’est fait piquer pour pouvoir continuer à aller au restaurant….Décès trois jours plus tard, il mange depuis éternellement le même menu ; « des pissenlits par la racine » !

    2. Je ne suis toujours pas « vaccinée », jamais testée, je me porte très bien et compte bien continuer…

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