Editoriaux - Polémiques - Santé - 1 décembre 2019

Tout homme est un cadavre qui s’ignore

Il y a quelques jours, L’Express a révélé le scandale de la conservation des corps au Centre de don des corps de l’université de Paris-Descartes ; d’après l’enquête des journalistes, ces corps étaient conservés dans des conditions déplorables, indignes du respect qu’on doit au corps humain, comme le précise le Code civil (16-1-1) : « Le respect dû au corps humain ne cesse pas après la mort, et les restes de la personne doivent être traités avec respect, dignité et décence. »

Ces conditions n’étaient plus respectées et avaient entraîné la démission de deux directeurs au cours de ces dernières années.

Sans attendre les résultats de l’enquête, le ministre de l’Enseignement supérieur a décidé la fermeture du centre qui, dans un communiqué, a présenté ses excuses aux familles des donateurs.

La loi française permet aux citoyens de faire don de leur corps « à la science ». Cette volonté doit être exprimée du vivant de la personne par une déclaration manuscrite adressée à un centre de don.

Le don du corps est donc un acte volontaire, altruiste, qui dans l’esprit du donateur doit servir à faire évoluer les connaissances scientifiques.

C’est, en effet, grâce à ces cadavres que peuvent apprendre les médecins et les chirurgiens, tout comme ces corps peuvent être utiles pour la recherche, comme dans des « crash tests » pour visualiser les lésions causées sur le corps humain par un traumatisme violent.

Il est évident que ces travaux ne doivent se pratiquer que dans un cadre éthique qui préserve le respect que l’on doit au corps humain. De même que la marchandisation des corps, ou d’une partie des corps, ne saurait être tolérée et est punie par la loi.
Toutes ces conditions n’ayant pu être respectées à Descartes, le centre a donc été fermé par l’administration.

Cet épisode douloureux (surtout pour les familles des défunts) aura eu cependant un effet positif, celui de nous rappeler le respect que nous devons au corps, cet exemplaire humain unique et irremplaçable.

Cela va à l’encontre des affirmations de ceux qui pensent n’être que le fruit d’une construction volontaire (ce déterminisme varie avec les modes sociétales du moment !) et nous rappelle que l’être humain n’est pas qu’un produit culturel ni qu’une accumulation de processus biotechniques réparables et modifiables selon le bon vouloir de chacun.

Il est des règles naturelles que nous devons respecter, ne serait-ce que parce que nous sommes périssables.

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