À la veille de l’ouverture du procès des « seconds couteaux » de l’attentat du 7 janvier 2015, la rédaction reconstituée de a récidivé, republiant, ce 2 septembre, les caricatures danoises de Mahomet qui justifièrent la tuerie aux yeux des assassins ; titrant, jaune sur noir : « Tout ça pour ça ! »

Oui ! « Tout ça pour ça ! » 12 dessins : 12 morts.

« Nous ne nous coucherons jamais. Nous ne renoncerons jamais », justifie Riss, le directeur de l’hebdomadaire satirique. Pourtant, la mort, et la frôler, il sait bien ce que c’est, lui, Laurent Sourisseau, fils d’employé de pompes funèbres, blessé à l’épaule lors de la fusillade, rescapé, poursuivi d’une fatwa dont il ne sait ni le jour ni l’heure de l’accomplissement… Pourtant, il a vu ses camarades, couchés, défigurés, en vrac. Et sans doute n’a-t-il dû son salut qu’à son instinct de survie qui l’a poussé, ce jour rouge, à se jeter à terre, face au sol !

Alors, oui, sans doute Riss est-il sorti grandi, lorsqu’il s’est redressé, pour continuer aujourd’hui, malgré une vie contrainte, un combat contre l’islamisme qui tue : « Si on avait renoncé au droit de publier ces caricatures, ça voudrait dire qu’on a eu tort de le faire. Ce que je regrette, c’est de voir à quel point les gens sont si peu combatifs pour défendre la liberté. Si on ne se bat pas pour sa liberté, on vit comme un esclave et on met en avant une idéologie mortifère. » Qui ne le soutiendrait aujourd’hui, en tant que Français, lorsqu’il questionne et répond à la fois : « On vit pour être libre ou on vit pour être un esclave ? Moi je veux vivre libre et pas soumis à l’arbitraire démentiel des fanatiques » ? Car « franc » veut dire libre, hardi et audacieux !

Posons quand même cette autre question : la liberté est-elle sans contrainte ? La liberté absolue ne peut être qu’une illusion de l’immaturité. Le blasphème n’est pas un humanisme ni une hardiesse, il est défaut de jugement. Il reste une agression et ne sera jamais un « devoir », comme l’affirme Pelloux, mais un droit, certainement, bien qu’il violente les croyants dans leur entendement du monde. Avec ses risques, donc. Voilà le premier drame de Charlie : « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. »

Et le deuxième, plus tragique encore : que son risque choisi – ou irréfléchi – ait contraint au risque subi, et convoqué dans la mort, ceux qui ne riaient peut-être pas avec lui. Le peuple massacré pour pertes et profits ! Frédéric Boisseau, 42 ans, ouvrier de maintenance, assassiné pour s’être trouvé là ; oublié, diront la rage au cœur ses camarades, premier tué, dernier enseveli ! « Tout ça pour ça ! »

Mais, Charlie ou pas Charlie, la guerre était là, avant le 7 janvier 2015. Pour l’ennemi islamiste, il n’y a pas d’innocents, hors sa voie rigoriste. L’« ensauvagement », effrayant mépris de celui qui n’est pas soi, de jeunes d’origine maghrébine ou sahélienne, légaux ou clandestins, déracinés et hors notre culture, en était-il le nouveau vivier ?

Ce 9 septembre, Éric Zemmour a relevé, dans « Face à l’info », que les annonces gouvernementales couplant, pour la première fois, la volonté de lutter contre l’insécurité du terrorisme et l’insécurité du quotidien étaient l’aveu du lien entre les deux criminalités, sur un même terreau d’immigration et d’islamisme, par les pouvoirs publics. Et de rappeler cette phrase, prononcée en 2019 à la convention de la droite et qui lui a valu des poursuites judiciaires : « Il y a une continuité entre les vols, viols, trafics, jusqu’aux attentats de 2015, en passant par les innombrables dans les rues de France. Ce sont les mêmes personnes qui les commettent, passant sans difficulté de l’un à l’autre pour punir les infidèles. » Cette analyse pointe la dérive de malfrats de deuxième ou troisième génération maghrébine ou sahélienne vers l’islamisme meurtrier. Le parcours dans le crime de Mohammed Merah, Chérif et Saïd Kouachi et d’Amedy Coulibaly n’en est-il pas la preuve ? Ils n’étaient pas que des chiens fous. La guerre est là. Et Riss le sait bien, alors qu’Al-Qaïda menace à nouveau Charlie Hebdo après la nouvelle publication de ces caricatures. C’est pour cela, par-delà nos oppositions, que son combat est héroïque.

Tout ça pour ça !

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