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Editoriaux - Religion - 29 mai 2020

Tous les chemins mènent à Chartres !

Si l’organisation du pèlerinage de Pentecôte a dû être adaptée à la crise, l’esprit demeure inchangé...

« Mon vieux, j’ai senti que c’était grave… J’ai fait un pèlerinage à Chartres… J’ai fait 144 km en trois jours… On voit le clocher de Chartres à 17 km sur la plaine… Dès que je l’ai vu, ça a été une extase. Je ne sentais plus rien, ni la fatigue, ni mes pieds. Toutes mes impuretés sont tombées d’un seul coup, j’étais un autre homme. J’ai prié une heure dans la cathédrale le samedi soir ; j’ai prié une heure le dimanche matin avant la grand-messe… J’ai prié comme je n’avais jamais prié, j’ai pu prier pour mes ennemis… Mon gosse est sauvé, je les ai donnés tous trois à Notre-Dame. Moi, je ne peux pas m’occuper de tout… Mes petits ne sont pas baptisés. À la Sainte Vierge de s’en occuper. » Nous sommes en juin 1912 et ce courrier de Charles Péguy adressé à l’un de ses amis résonne particulièrement en ces temps d’épidémie.

Parce que traditionnellement depuis 38 ans, à chaque week-end de Pentecôte, ils sont plus de dix mille à marcher de Paris à Chartres avec Notre-Dame de Chrétienté, accomplissant là le plus grand pèlerinage à pied d’Europe occidentale, il aura fallu revoir la formule, totalement incompatible avec les normes imposées par la crise sanitaire. Pour autant, la motivation reste intacte, preuve de la fidélité de l’engagement des 17.000 pèlerins inscrits pour participer à des centaines d’initiatives locales, répondant massivement à cet appel du président Jean de Tauriers à « être pèlerins autrement », cette année.

« La France est un maillage de chapelles, d’églises, d’oratoires, et de cathédrales. Si les sanctuaires vers lesquels nous marchons sont plus modestes, qu’importe, nous marchons toujours sous le regard du même Bon Dieu », précise l’abbé Garnier, aumônier, avant d’ajouter, au sujet de ce contexte si particulier : « Le pèlerinage peut avoir une valeur de déconfinement chrétien. Il n’y a pas de meilleur usage de sa liberté retrouvée que d’aller marcher et prier. À distance, nous restons unis par la communion des saints, cela marche beaucoup mieux que la 4G ! »

Cette liberté enfin retrouvée d’assister à la messe compensera la déception de ne pas participer à cette interminable colonne fervente et chantante, bannières élevées, se dirigeant joyeusement vers les flèches beauceronnes.

« Jésus n’est pas mort et ressuscité sur Facebook. L’intermédiaire des réseaux sociaux était un moyen légitime et une sorte de palliatif, mais il fallait en sortir le plus vite possible, nous sommes une religion de l’Incarnation. La foi est une affaire personnelle, il n’empêche que pour la développer, l’épanouir, la protéger, nous avons besoin de l’incarner par une pratique. Le droit le plus légitime de l’être humain n’est pas seulement celui de se rassembler pour consommer mais pour adorer, exprimer sa foi », souligne l’abbé, dénonçant les pratiques iniques d’un gouvernement paradoxalement garant de nos libertés fondamentales.

Signes de contradiction dans notre société virtuelle et aseptisée, les marcheurs arpenteront donc leurs routes locales par petits groupes de dix pour invoquer la Mère de Dieu, s’y consacrer et prier pour notre pays. Un acte de résistance pour Hubert de Gestas, l’un des tout premiers pèlerins : « De nombreux jeunes cherchent autre chose que cet idéal matérialiste. Dieu premier servi ! disait Jeanne d’Arc dont nous fêtons le centenaire de la canonisation. C’est encourageant si, petit à petit, les gens reviennent aux sources, ce sera le renouveau de la France, le retour à la civilisation chrétienne, nous l’espérons tous… »

Crédit photo : NDC

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