Accueil Santé Coronavirus Alain Houpert : « La commission d’enquête du Sénat veut la vérité sur les dysfonctionnements durant la crise »

Alain Houpert : « La commission d’enquête du Sénat veut la vérité sur les dysfonctionnements durant la crise »

La commission des lois du a décidé la création d’une mission de contrôle, composée de 36 membres, sur les mesures gouvernementales liées à l’épidémie de Covid-19.

Explications du sénateur Alain Houpert sur les objectifs de cette commission qui débutera ses travaux le mois prochain.

 

Vous êtes sénateur de la Côte-d’Or. Tandis que le gouvernement déconfine le pays et que les plaintes s’amoncellent contre les ministres, le Sénat prépare une commission d’enquête visant à répondre aux interrogations sur la gestion de cette crise. Sur quels points va porter cette commission d’enquête ?

On ne peut pas cumuler les pouvoirs. Cette commission d’enquête du Sénat sera pragmatique et factuelle. Elle ne sera pas influencée comme elle pourrait l’être et je ne l’espère pas. Celle de l’Assemblée nationale est présidée par le président qui est en ligne directe avec l’Exécutif et l’Élysée. Cette commission du Sénat sera composée de 36 membres sur 348 sénateurs. Cela fait un peu plus de 10 %. C’est un gage de diversité puisque tous les présidents de groupe seront représentés et tous les rapporteurs des commissions seront là. Cette commission aura pour objectif de libérer la parole politique du carcan des technocrates de la santé. C’est le gage d’une synergie et d’une mise en commun des compétences. Elle va travailler en profondeur sur les causes des anomalies.
Il y a eu des dysfonctionnements d’un État centralisé incapable d’adopter une stratégie claire et compréhensible par les Français. Trop d’informations contradictoires ont été évoquées et ont par conséquent créé un climat de doute, de suspicion et de rejet des pouvoirs publics aux yeux de la population.
Le travail sera long. Il devrait commencer le 26 juin. Il s’agit à mon sens de réaliser en tant que médecin un véritable check-up des décisions prises, pour tenter de répondre aux questions très nombreuses que se posent nos concitoyens. On ne va pas faire de la polémique, mais il ne faut pas laisser de questions sans réponses. Les questions que j’imagine et que j’envisage sont nombreuses.
Fallait-il confiner tout le territoire après avoir autorisé le premier tour des municipales ?
L’État avait fait une étude pour montrer que le premier tour n’avait eu aucun enjeu. Fallait-il assigner à résidence les seniors, les EHPAD, fermer les églises et les cimetières ?
Fallait-il vider les prisons ? Fallait-il mentir sur le nombre de masques, de tests et de lits en réanimation ? Fallait-il mettre l’ensemble des activités économiques du pays à plat ?
Et surtout, fallait-il répandre la peur chez nos concitoyens ? Une peur que je ressens encore aujourd’hui après les premières semaines de déconfinement.
N’oublions pas les oubliés du traitement social de cette crise. On parle des indépendants, des artisans, des commerçants et des restaurateurs qui commencent à manifester. Tous ceux aussi qui ont dû fermer boutique, les études, les ateliers, les jeunes, les étudiants et les apprentis sont eux aussi laissés à l’abandon. Cette commission sera impartiale. Elle posera des réformes à engager rapidement à côté du Ségur de la santé.
Les élus du territoire nous font déjà remonter des informations sur le vécu de la crise. Sur le suivi des administrations, des questions sont à poser en particulier sur les ARS. Qui peut dire quand l’épidémie cessera ?
On évoque le nom d’Alain Milon pour être président de cette commission. C’est quelqu’un d’impartial qui n’est pas influençable. C’est un Républicain qui a montré, lors de la loi de bioéthique, sa différence avec le groupe. Le Sénat est un peu le lieu de la différence. Cette commission parlera des erreurs et du confinement. Lorsque le président s’est présenté en chef de guerre et a décidé le déconfinement qui arrivait brutalement dans la vie de chacun, il a demandé aux Français de s’en remettre à lui et de lui donner les pleins pouvoirs pour gérer la crise. Par conséquent, il a totalement déresponsabilisé les gens. Tout ou presque était interdit. Le résultat c’est d’avoir totalement infantilisé une partie de la population. Au bout d’une semaine de déconfinement, il ne faut donc pas s’étonner de voir des gens prendre le Covid à la légère. Des gens se sont rendus sans masques dans des magasins et ne respectent pas les gestes barrières. On lit tous les jours dans la presse des témoignages de vendeuses qui se font agresser verbalement simplement pour avoir demandé à des clients de respecter ces gestes barrières.
La commission fera le point sur les erreurs commises pendant cette crise sanitaire. La communication, et en particulier celle du Président, a été cacophonique sur la nécessité de porter un masque, alors que c’est véritablement la première chose à faire. Il a fallu dissimuler la pénurie et c’est la même chose pour les tests.
D’autres erreurs sont intervenues. La chloroquine est la bête noire de nos élites. La semaine dernière, j’ai posé une question au gouvernement afin que le décret interdisant aux médecins de prescrire la chloroquine soit abrogé. Le Premier ministre n’a pas pris la peine de me répondre. C’est Christelle Dubos, la secrétaire d’État qui a répondu à côté de la plaque.
Christelle Dubos est une secrétaire d’État au ministère de la Santé. Il est très difficile de vous dire son titre exactement, même pour moi qui suis sénateur.
Le gouvernement a mis en place une médecine officielle, une médecine d’État à la place de la médecine libérale qui n’a plus de libérale que le nom. Encore une fois, on déresponsabilise d’un côté et on interdit de l’autre. Cela relève d’une dérive autoritaire et d’un pouvoir qui montre surtout son inexpérience.

Est-ce paradoxal que le Sénat soit garant de cette liberté ? Le Sénat est une chambre qui a longtemps été décriée et que l’on appelait la maison de retraite dorée de la Ve République, dont l’utilité même était assez remise en question jusqu’à récemment.

Ce que vous venez de dire est une image. L’image ne reflète pas la réalité. Victor Hugo disait qu’un pays gouverné par une seule chambre était comme un navire dans un ouragan. Il avait raison puisque le Sénat est là pour l’équilibre des pouvoirs. Depuis le début de la Ve République, le Sénat a toujours été le caillou dans la chaussure de tous les pouvoirs et de tous les présidents qui se sont succédes depuis De Gaulle jusqu’à Macron.
Avec l’inversion du calendrier électoral qui se fait juste après l’élection présidentielle, vous avez automatiquement une chambre des députés qui est massivement du côté du président que les Français ont élu. C’est normal. Il faut un contre-pouvoir. Tous ces députés En Marche qui sont en train de quitter le navire sont bien heureux qu’il y ait le Sénat. Tous les Français qui voient ce qu’il se passe sont bienheureux qu’il y ait un Sénat. Tous les oubliés sont bienheureux qu’il y ait un Sénat. Pour le pouvoir, le Sénat est un peu le gilet jaune des institutions, celui qui se révolte. Un peu à votre image. Je ne partage pas toutes les idées de Boulevard Voltaire. Je suis de droite, mais modérée, vous êtes la presse en colère, le Sénat c’est la chambre de la raison. Il n’y a pas de colère, mais de la raison.

Diriez-vous que Gérard Larcher est un opposant à Emmanuel Macron ?

C’est le Président du Sénat. Il n’a pas à s’opposer à qui que ce soit. Comme le Sénat, il représente les territoires. Le Sénat est le grand frère des communes et la République française est une mosaïque.
Il y a la population et les territoires. La population est l’opinion que l’on peut manipuler, alors que les territoires, on ne peut pas les manipuler. Quelqu’un que je n’apprécie pas a dit «  la terre ne ment pas ». Je dirais que le territoire ne ment jamais. Les sénateurs ont le stéthoscope sur les territoires et entendent ce que font remonter les élus locaux. Le sénateur est la courroie de transmission des territoires. Les territoires sont en train de parler et de sauver la République.

 

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