Sylvie A. est marseillaise. Son père est décédé du Covid-19 à l’hôpital Nord de . Seul, dans des conditions qu’elle juge inhumaines.

Votre père est en novembre dernier, seul. Et vous en êtes toujours profondément meurtrie…

Bien sûr, c’est dans l’ordre des choses, que nos parents partent avant nous. Mais jamais je n’aurais cru le perdre dans de telles conditions, surtout pas lui. Il avait 87 ans et était, jusque-là, en pleine forme. Il a été hospitalisé en urgence car sa saturation n’était pas bonne et les poumons commençaient à souffrir.

Mon dernier souvenir, c’est un baiser qu’il a fait de sa main avant que la porte de l’ambulance se referme.

J’ai pu avoir de ses nouvelles car il avait son téléphone. Mais le corps médical ne m’en a jamais donné, je suis donc restée quatre jours sans savoir ce qui se passait. Et, bien sûr, interdiction de le voir. Après quatre jours, j’ai enfin un médecin qui m’a dit que son état était grave mais qu’on ne le mettait pas en réanimation parce qu’il n’avait pas de pathologie particulière. Excusez-le de n’avoir jamais rien eu ! J’ai entendu, ensuite, à la télé qu’un tri était fait, pour admettre en réa, entre les personnes très âgées et les … cela m’a fait très mal.

Pouvez-vous nous raconter les derniers instants avec votre père ?

Mon père est mort seul, sans qu’on puisse le visiter, le soutenir, et je l’ai vu juste quelques minutes une fois décédé. On m’a appelée, le médecin m’a dit qu’il était désolé mais que cela avait été très vite, il n’avait pas eu le temps de me prévenir. On m’a dit d’apporter des vêtements, je l’ai aperçu sur son lit de mort quelques instants. Finalement, ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas besoin des habits. Je suis redescendue, dans un état second, les déposer dans ma voiture. Quand je suis revenue, mon père avait été mis dans une housse, avec les vêtements qu’il avait en arrivant à l’hôpital pliés sur la housse. Ils ne l’avaient pas habillé.

Plus de possibilité, ensuite, malgré mon insistance, pour le voir. Même pas dans le cercueil. La n’assiste pas à la mise en bière.

J ai insisté auprès du personnel pour qu’il me prenne au moins une photo, pour être sûr que ce soit bien lui… refus total. Je m’en veux de ne pas avoir été « agressive », comme savent l’être certaines personnes. Peut-être que j’aurais pu obtenir quelque chose ?

Il est resté quinze jours au dépositoire ou dans les camions frigorifiques qui étaient à l’extérieur (par manque de place,) et j ai dû payer 45 € par jour (les trois premiers jours sont offerts).

Voilà l’état de nos publics : plus d’humanité, de l’argent récupéré sur la souffrance des familles.

Ceci s’est passé à Marseille mais, hélas, ce n’est pas un cas isolé.

9 février 2021

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles sur une période de 10 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

José Pérez, arboriculteur en Lot-et-Garonne : « Cela fait plus de dix jours qu’on a tout gelé : on attend une réponse forte et rapide qui n’arrive pas ! »

Interview de José Pérez, arboriculteur au Temple-sur-Lot (47), après la vague de gel excep…