Armées - Editoriaux - Entretiens - 14 mai 2019

Témoignage d’un ancien officier des Forces spéciales : « la France est un des seuls pays à pouvoir intervenir pour sauver des otages à l’autre bout du monde »

Exclusivité Boulevard Voltaire

Ce mardi 13 mai, les Français sont invités à saluer le cortège sur le pont Alexandre III où à se joindre par la pensée à l’hommage rendu aux deux commandos des Forces spéciales morts en opération dans la nuit du 9 au 10 mai.
Les deux combattants, Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, par leur sacrifice héroïque ont permis le sauvetage de quatre otages, dont deux Français.
Boulevard Voltaire a recueilli en exclusivité la réaction d’un ancien officier des Forces spéciales.

Le modus operandi de cette intervention n’est pas nouveau ?

Nous avons cherché à libérer des otages lors de l’opération Serval, c’est la même manière de fonctionner. Le succès de ces opérations découle d’une seule problématique : l’effet de surprise. Cet effet repose sur trois aspects : la capacité à intervenir, les modes d’action et l’armement utilisé. Les commandos des Forces spéciales, et notamment les commandos Hubert, sont les unités d’élite les plus complètes de l’armée française. La technologie est au service de la capacité opérationnelle, des drones renseignent des liaisons au sol. Du poste de commandement, vous suivez littéralement la guerre en direct. Les risques que prennent les unités des Forces spéciales, quand elles partent en mission, sont connus : lors de l’engagement, on sait qu’on encourt le risque de perdre la vie, c’est un risque qui est intégré à toutes les rigueurs imposées par ce métier. Cependant, quand nous préparons et effectuons la mission, nous n’y pensons pas. Nous évaluons les cas conformes et non conformes, si un cas non conforme arrive, on invalide la mission.

 

Les touristes pris en otage ont-ils une responsabilité ?

Il se produit la même chose en montagne. Parfois, des personnes prennent des risques inconsidérés, le sauveteur peut perdre la vie pour des dingues. De même, en mer, un sauveteur peut mourir en sauvant un inconscient. Faut-il faire payer ces gens-là ? Certainement pas. Le débat ne réside pas là, mais plus si le président de la République doit accueillir les otages alors qu’ils étaient en zone orange/rouge. Sur ce point, je rejoins Jean-Yves Le Drian, qui reproche aux deux otages d’avoir pris des risques inconsidérés. Mais ce que j’aimerais surtout souligner, c’est qu’on observe, là, la vraie grandeur de la France, à savoir, qu’on le veuille ou non, cette capacité à aller chercher des citoyens partout dans le monde. Peu d’autres pays sont en mesure de le faire, ils se comptent sur les doigts d’une main : les États-Unis, l’Angleterre et la Russie. Dans les faits, pour les Américains c’est un peu « Démerdez-vous avec votre assurance, chacun sa merde ». La France est un des seuls pays à pouvoir intervenir pour sauver des otages à l’autre bout du monde.

 

Les otages étrangers (une Coréenne et une Américaine) auraient-ils été sauvés s’il n’y avait pas eu de ressortissants français ?

Je ne pense pas… La France peut s’enorgueillir d’avoir des Forces spéciales de ce niveau-là. Il faut avoir des moyens de renseignement. Des communications ont pu être interceptées entre les preneurs d’otages et une “katiba” plus importante.

Propos recueillis le 11 mai par Jean Bexon

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