est né le 8 novembre 1935, il a donc 83 ans. C’est dire qu’il est entré dans la à un âge où les petits enfants d’aujourd’hui roulent encore en poussette (bientôt, ils ne la quitteront plus qu’à l’entrée au CP), en est sorti après s’être déjà bien frotté aux vicissitudes de la vie entre d’accueil et institutions catholiques. Et pour avoir reçu le témoignage de proches qui les ont fréquentées, je peux affirmer que c’était une époque où « les frères quatre bras » (c’est ainsi qu’on appelait les frères des écoles chrétiennes) ne donnaient pas toujours dans la tendresse.

Cela pour dire que le bonhomme qui fit chavirer tant de cœurs avec sa belle gueule de voyou ténébreux est d’une génération où l’on aimait les hommes « sévèrement burnés ». Pas une époque de lopettes qui pleurnichent dans de petits mouchoirs parfumés en philosophant sur la crise de la trentaine, puis de la quarantaine, puis de la cinquantaine… Un mâle, un vrai, avec du poil aux pattes – ou pas. Qui aurait, c’est bien possible, distribué parfois quelques baffes aux « pépées » qu’il fréquentait dans les bars de Pigalle puis de Saint-Germain-des-Prés, avant de connaître les honneurs du cinématographe.

Delon Alain Fabien Maurice Marcel, militaire engagé en Indochine et voyou à ses heures, « acteurissime », si l’on peut oser ce néologisme, homme d’affaires, patriote avéré, est un homme au franc-parler. Pas vraiment porté sur la litote. Dit ce qu’il pense et pense ce qu’il dit, soit des choses qui, forcément, ne plaisent pas à tout le monde. Par exemple qu’il se fout bien que les homos se marient mais ne devraient pas « avoir le droit d’avoir ou d’adopter des enfants » ; ou bien que, oui, sans doute, il a eu, selon la définition du jour, des « comportements machistes ». Et c’est parce qu’il l’a avoué un jour dans l’émission « Thé ou café », sur France 2« Je ne sais pas ce que vous appelez machiste. Une gifle, c’est machiste ? Oui, j’ai dû être machiste » –, que l’acteur fait aujourd’hui l’objet d’une pétition.

Une pétition venue des États-Unis pour dénoncer ces comportements et pensées hautement répréhensibles, excusez du peu ! Une pétition pour réclamer qu’on ne décerne pas à cet affreux personnage la Palme d’honneur qui doit lui être remise lors de cette 72e édition du pour sa filmographie hors normes.

Cette pétition aurait, pour l’instant, recueilli un peu plus de 16.000 signatures d’internautes. Des belles personnes, sans aucun doute : moralité irréprochable, pensée dans les clous, bisexualité sur tranche, etc. Cela, à vrai dire, ne nous inspire qu’une remarque pour ses initiateurs d’outre-Atlantique : occupez-vous de vos fesses !

Le fond de cette histoire, on l’a bien compris, c’est le positionnement politique de Delon, très « tribordien » : à toute ! Et ça, dans le monde ultra-conformiste du spectacle, c’est très vilain. La preuve par ces lignes trouvées en furetant sur la Toile. Sur un site consacré à la pub où il est question de la maison Dior, qui a repris le jeune Delon pour le clip de son parfum vedette, on lit ceci : « Bien que nous ne soyons pas d’ultimes fans d’Alain Delon, il faut bien lui avouer sa beauté renversante, sur ce cliché de 1966, repris par Christian Dior pour Eau sauvage. » On veut bien lui concéder sa belle gueule, mais pas plus !

Heureusement, le délégué général du festival Thierry Frémaux ne s’est – pour l’instant – pas laissé impressionner, déclarant à France Info qu’Alain Delon avait « le droit de penser ce qu’il pense » et qu’il était « compliqué de juger avec les lunettes d’aujourd’hui des choses qui se sont passées et dites il y a quelques années ». Espérons qu’il tiendra jusqu’au 19 mai, jour de la remise…

Mais, comme le souligne Le Point, l’homme se prépare de nouvelles polémiques puisqu’il a prévu d’honorer à l’avenir une certaine… Brigitte Bardot. Soit le soufre incarné.

14 mai 2019

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