Il est moult motifs impérieux de faire sécession – à tout le moins au plan intellectuel et philosophique – d’une époque où déraison, démesure et dérangement ne laissent décidément plus de place à l’harmonie, à la beauté et à l’intelligence. Pour le dire autrement, notre est complètement foutraque, laissant libre cours à ses délires les plus absurdes, sinon les plus grotesques. En un mot, les plus c… !

La dernière invention de la méga-machine sociétale, ce qu’un Guy Debord dénommait opportunément la du spectacle”, tient dans cette insignifiance chthonienne, cette vétille diabolique – au sens où le diable de la crétinerie de masse se niche bien confortablement dans les détails dérisoires de ces milliards de vies terrestres qui constituent notre humanité – de « l’émoji ».

Quèsaco ? Selon l’encyclopédie en ligne Wikipédia, “émoji est le terme japonais pour désigner les émoticônes utilisées dans les messages électroniques et les pages Web japonaises, qui se répandent maintenant dans entier”. Pour le dire autrement, il s’agit de pictogrammes symbolisant des goûts, des comportements ou des émotions que tout utilisateur de smartphones, tablettes et autres supports numériques peut insérer dans ses courriels ou dans ses messages Twitter ou Facebook.

À une époque où l’on se parle de moins en moins, mais où l’on communique de plus en plus sans se comprendre – ni même s’entendre –, ces nouveaux idéogrammes de la postmodernité sont censés « humaniser » les galimatias phonétiques et globish que s’échangent quotidiennement les internautes aux quatre coins de la planète.

Selon certains experts, Jennifer Daniel, responsable du « design » chez Google, aurait incontestablement franchi le Rubi(con) de la révolution technologique en décidant que l’« émoji salade (l’icône représentant une salade sur le clavier des téléphones Android) ne comportera plus d’œuf dans la prochaine version d’Android ».

Bigre ! Voilà de quoi provoquer un grand émoi parmi les nombreux membres de la “Bisounurserie” universelle en les plongeant dans un état proche du « burn out » existentiel. Heureusement, la donzelle s’est empressée d’ajouter que c’était pour la bonne cause : “Cela en fait une salade vegane plus inclusive.”

Ouf ! Si c’est pour « inclure » les végétaliens en excluant les viandards fascistes, alors, tout va bien dans le meilleur des mondes… Mieux : on nous annonce qu’après « l’émoji femme voilée », « l’émoji personnes handicapées » fera son apparition en 2019.

Que dire, en pareille situation… Guy Debord considérait que “le spectacle est l’idéologie par excellence, parce qu’il expose et manifeste dans sa plénitude l’essence de tout système idéologique : l’appauvrissement, l’asservissement et la négation de la vie réelle. Le spectacle est matériellement l’expression de la séparation et de l’éloignement entre l’homme et l’homme” (La du spectacle, 1967, thèse n° 215).

L’idéologie des bons sentiments qui sous-tend nos sociétés progressistes et techniciennes avancées se dévoile, en réalité, comme une insidieuse dictature imposant, via les technologies de l’information et de la communication, sa folle « vue du monde ». Dans ces circonstances, le même Guy Debord prophétisait l’avènement du post-humain gouverné sous la férule consentie de l’odieuse méga-machine : “La conscience spectatrice, prisonnière d’un univers aplati, borné par l’écran du spectacle, derrière lequel sa propre vie a été déportée, ne connaît plus que les interlocuteurs fictifs qui l’entretiennent unilatéralement de leur marchandise et de la politique de leur marchandise. Le spectacle, dans toute son étendue, est son “signe du miroir”. Ici se met en scène la fausse sortie d’un autisme généralisé” (Thèse n° 218).

10 juin 2018

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