Editoriaux - Politique - Société - 15 septembre 2019

Sur mes cahiers d’écolier, j’écris ton nom PATERNITÉ

Une commission spéciale, créée le 26 juillet pour examiner les projets de bioéthique, s’est ouverte cette semaine. Pourquoi cette commission ? Au nom de quoi mène-t-elle des débats? Pour quel hold-up démocratique ? Sur nos écrans, on voit défiler les élucubrations procréatiques sur la filiation. Pas besoin de les interdire, les chimères : elles sont là sur les écrans et dans les micros que les mains ajustent sur des bouches oraculaires.

Sur l’air des Barricades mystérieuses de Couperin, Mme le garde des Sceaux récite, comme si la lenteur valait loi, qu’il n’y a pas, dans la loi future, « de droit à l’enfant, que l’enfant est un sujet de droit et pas l’objet de droit d’un tiers ». Et ça s’appelle comment, un enfant né par tiers donneur d’un soldat inconnu payé par l’État ? La preuve, dit Mme Buzyn, « c’est qu’une demande de PMA peut être refusée ». Bel aveu idéologique ! Sur quels critères discriminants ? Le physique ? L’argent ? Mme Belloubet : « Soit vous aurez deux mères, soit vous avez un père et une mère. » Sauf que deux mères plus un donneur, ne serait-ce pas de la coparentalité ? Pour réfuter l’inégalité devant la naissance, Mme Buzyn affirme qu’« une loi de bioéthique n’est pas une loi d’égalité des droits ». Enfin, cerise sur le gâteau : un don « peut se faire désormais sans demander à son conjoint ». C’est du propre ! En revanche, on a posé des « interdits ». Ciel ! Le « croisement d’espèces mêlant l’homme à l’animal constitue une atteinte à l’intégrité de l’espèce ». Et « la chimère homme-animal est une ligne rouge à ne pas franchir ». Au nom de quels principes scientifiquement vertueux, Mme le Ministre ? L’avatar est déjà là, ainsi qu’un chat cloné : chinois, il est vrai.

Le 10 septembre, le député Thibault Bazin déclare : « Priver un enfant de père, c’est risquer des actions en responsabilité de l’enfant contre l’État… » Je ne suis pas inquiète sur les procès à venir. Je sais que ce micmac procréatif engendre un pognon de dingue. On voit bien les puissances occultes des lobbys au pied des trônes. On devine les pressions et les chantages. C’est pourquoi cette question taraude : qu’est-ce qui anesthésie les Français, nés « d’un papa et d’une maman », pour croire que l’insémination d’une femme égale un vaccin ? Que le sang, c’est le sperme ?

Hier, boulevard Saint-Michel, c’était “vagance” des corps pour une grève anticipée. Notre-Dame était là, sombre et menacée. Je me disais : Et les pères, dans tout ça ? Face au droit du ventre, un coup à tirer ? Après « les beaux bébés » du baby-boom, la génération XY ? Qui poussera les Français à refuser la loi du sperme pour toutes ?

Dans Poésie et Vérité, un recueil paru clandestinement en 1942, Éluard écrivait le poème célèbre « Liberté ». Il suffit d’y substituer un mot. Sur mes cahiers d’écolier/Sur mon pupitre et les arbres/Sur toutes les pages lues/Sur toutes les pages blanches/J’écris ton nom PATERNITÉ/[…] Sur la montagne démente/J’écris ton nom/[…] Je suis né pour te connaître /Pour te nommer : PATERNITÉ.

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