Un article de Corentin Bechade, dans Les Numériques en date du 4 mai, fait état d’une opinion d’Éric Bothorel, député En Marche ! des Côtes-d’Armor, selon qui « s’opposer par principe à cet outil est un crime contre le reste de l’humanité ». Rien de moins que ça. Les juristes parlent plutôt de crime contre l’humanité ou de génocide, sans spécifier qu’il s’agit du reste de cette humanité : c’est implicite. Il y a les génocidaires et les génocidés potentiels. Et il y a la liberté d’opinion et d’expression qui font que M. Bothorel a raison de s’exprimer ainsi, si c’est ce qu’il pense.

Je suis cependant au regret de vous annoncer que je serais plutôt à ranger dans cette catégories des génocidaires, n’ayant aucunement l’intention de télécharger ni d’installer une application liberticide et inutile.

Faut-il s’interroger sur le caractère héréditaire de cette propension criminelle à éradiquer ses semblables ? Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de pieds-noirs, mes ancêtres seraient, suivant ce qu’en disait le candidat en 2017, des criminels contre l’humanité comme tous les colons. Le fait qu’ils aient tous porté l’uniforme français n’y change rien.

Il ne me reste plus qu’à assumer : je n’ai honte ni de mon refus de me laisser fliquer par un pouvoir aux aspirations totalitaires, ni des générations qui m’ont précédé.

Nous devons au plus célèbre des évêques d’Autun, Charles de Talleyrand, cette sentence : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »

Dans un monde où l’instantané seul importe, où seule la communication d’aujourd’hui avec faible rémanence tient lieu de pensée, ils auraient tort de ne pas essayer. Les grandes envolées lyriques, les reductio ad fascistum complaisamment orchestrées par des médias asservis, les postures de ces gens en place, les cordes émotionnelles gratouillées ad nauseam, les outrances des arbitres de la bien-pensance et les désignations de boucs émissaires convenus, tout ça ne résiste pas longtemps à l’analyse. Mais encore faut-il analyser.

Bien sûr, il y a des raisons objectives de refuser la mise en place d’une application . La première est l’absence de confiance dans un gouvernement qui a plus de 70 plaintes contre lui à cause de son impéritie et de sa gestion désastreuse de la crise, camouflant ses propres carences sous des mensonges éhontés. Qu’il persiste à croire qu’il est légitime est normal : il n’est pas, dans cette secte, assez de dissidents pour voter une censure, ni assez de courage pour que le Parlement joue son rôle de contrôle. Mais qu’il imagine pouvoir faire face au ressentiment collectif futur est ahurissant. Souhaitons, pour ses membres, que ce n’est pas en plantant des têtes au bout de piques que cette colère s’exprimera.

Il y a d’autres raisons pour dire non. Cette application vient trop tard, comme l’expliquait ici Joachim Son-Forget. D’après la Quadrature du Net, il y aurait, dans cette application censée être autonome des GAFAM et 100 % française, un recours à une application (une porte dérobée ?) de Google, reCAPTCHA, ce que Cédric O assume. Mais la première des objections n’est-elle pas suffisante ?

Démasqués, les liberticides d’En Marche ! ? Oui, mais pour ce que ça sert aujourd’hui. Peut-être serait-il temps qu’ils réalisent que le hold-up de 2017 ne pourra pas être récidivé aussi facilement en 2022. Et que l’outrance systématique pourrait nuire au résidu de débat qu’ils n’ont pas encore confisqué.

À lire aussi

StopCovid : l’acharnement thérapeutique

En politique, quand on est au bord du gouffre, on ne craint pas d’annoncer un grand bond e…