L’application StopCovid mise en place par le gouvernement est en passe d’être légalisée par l’Assemblée nationale. Quelles conséquences sur le citoyens ? Y a-t-il une alternative ?

Réaction de Joachim Son-Forget, député, au micro de Boulevard Voltaire. L’occasion d’évoquer avec lui l’opportunité de la loi Avia votée il y a quelques jours.

 

L’Assemblée va voter pour se prononcer sur la mise en place de l’application Stop-Covid qui est censée tracer les malades du Covid. Êtes-vous favorable à cette application ?

J’étais favorable à cette application dans le temps ascendant de la crise, lorsqu’il y avait des malades. Aujourd’hui, il n’y a plus de malades. Il n’y a donc pas de raison de tracer les gens. On est à contretemps. Il eut fallu que cette application soit existante, dans un moment donné très court. Cette situation n’est pas du tout confortable. L’application n’a plus d’intérêt et plus de but, si ce n’est d’atteindre les libertés individuelles.

Cette application pose un sérieux problème de liberté individuelle. Pour certains, c’est le début de la société d’Orwell, c’est le traçage et le fichage des citoyens. En tant que parlementaire, ces dérives vous inquiètent-elles ?

Je suis très inquiet sur l’application d’une telle méthode en France. Il y avait un avantage dans un temps très précis. C’était celui de répondre à une épidémie. Ce temps-là n’est plus aujourd’hui. Il n’y a donc pas d’intérêts à faire cela à moins d’épier les citoyens. Cela pose un vrai problème pour les gens qui ont des activités stratégiques dans la finance, dans la politique, dans les affaires ou dans la défense. On peut tout à fait détourner le système. Il suffirait que des joyeux lurons aillent se regrouper autour d’un commissariat et se déclarent malades. Dans ce cas, vous mettriez tous les policiers en quarantaine. On peut faire la même chose à l’Assemblée. Si demain, je me décrète malade juste le jour où j’ai passé beaucoup de temps avec 300 personnes, on va rigoler…

Si l’application Stop-Covid n’est pas une bonne solution, existerait-il des alternatives ?

Professionnellement, je connais assez bien ce genre d’outils. On aurait pu faire quelque chose beaucoup plus rapidement et de manière plus agile en impliquant des développeurs et des jeunes. À la place, on a fait une machine de guerre en essayant de faire un consortium avec des sociétés qui n’ont pas l’agilité et l’expérience de faire du tracking de personnes. Comme d’habitude, cela ne fonctionne pas tout de suite, mais trois ou six mois après. On a cru faussement faire du cocorico avec les grosses boîtes, alors qu’on aurait pu faire quelque chose de très utile avec des petites boîtes expertes dans ce domaine ou avec des écoles spécialisées en informatique.

Ce vote est purement consultatif, mais en réalité il n’a aucun pouvoir…

Le gouvernement travaille en ce moment par ordonnance. Ils sont responsables de leurs mesures extrêmement tardives sur le déconfinement. Cela va générer des suicides, des faillites et des divorces. Ils sont responsables de l’application à contretemps d’une méthode qui n’a plus d’intérêt aujourd’hui. Je vais très probablement voter contre, mais qu’est-ce que cela va changer ? Rien du tout. C’est toujours la même histoire. Le rôle du parlement en France est complètement déconsidéré constitutionnellement.

Pensez-vous qu’il va falloir rendre des comptes ou au contraire, faut-il faire corps derrière ce gouvernement ?

Je n’ai pas besoin de faire corps avec ce gouvernement, j’ai besoin de faire corps avec mon esprit critique sur les méthodes appliquées aujourd’hui. Les méthodes qu’Édouard Philippe applique aujourd’hui sont non seulement inutiles, mais nuisibles. Elles s’inscrivent dans la continuité de la loi Avia liberticide. Cette loi est mal portée par une personne qui a vraisemblablement des agissements qui ne correspondent pas à l’esprit de la loi qu’elle a défendu.

Cette loi était tout sauf une priorité contenue de l’urgence sanitaire. Quelle est la pertinence de ce calendrier législatif ?

Ce n’est plus tellement un calendrier législatif imposé. Je pense qu’il n’y a aucune pertinence. La priorité pour moi ce sont les gens qui souffrent, les personnes isolées, les indépendants qui doivent mettre la clé sous la porte et qui n’ont pas eu des mécanismes d’aides financières comparables à ceux que l’on peut voir dans d’autres pays. En Suisse par exemple, les sociétés ont eu un crédit Covid non conditionnel octroyé en une demi-journée. Un crédit à taux zéro, remboursable sur cinq ans avec comme garant l’État. En France, nous n’avons pas eu recours à ces aides. Les caisses de l’État ne permettent pas un tel dispositif. Vous allez saupoudrer de la brioche sur les gens en croyant les aider. Non seulement vous creusez le déficit, mais vous n’aidez pas les gens.
La vraie priorité n’est pas de faire des lois liberticides, mais trouver un moyen pour que les gens reprennent leur activité dans les meilleures conditions possible.
Même si une deuxième vague devait avoir lieu, pourrait-on encore confiner les gens pendant des mois ? Si c’est le cas, le pays coulera. Les humains sont bien présomptueux. Cette maladie a suivi le cours qu’elle aurait dû suivre. On ne pourra pas faire cela à chaque fois qu’il y aura une épidémie. Tout cela est déraisonnable. Les méthodes auraient pu être valables dans un temps court pour éviter qu’il y ait autant de morts dans les EHPAD. Maintenant, pourquoi faire cela ? C’est inutile et ce n’est pas la priorité des Français. La priorité des Français n’est pas de faire ce deuxième tour des élections municipales. Le rôle du gouvernement est de s’occuper des petites gens. Des gens souffrent dans les départements qui étaient déjà défavorisés et ils souffrent davantage aujourd’hui.

Partager

À lire aussi

Joachim Son-Forget : « Le professeur Raoult a été le plus transparent et le plus concret possible ! »

Mercredi, le Pr Raoult était auditionné par la commission d'enquête parlementaire réunie p…