Discours - Editoriaux - Histoire - Politique - Table - 10 septembre 2017

Ces statues que l’on déboulonne, cette Histoire que l’on balaie

L’époque égalitaire goûte peu les têtes qui dépassent du rang, les chevelures qui sortent trop bien coiffées de la mêlée, les faciès sur lesquels sont imprimées les lettres de noblesse de la grande Histoire.
 
Dès lors, lorsque les héros et antihéros contemplent le temps qui passe depuis leur piédestal, il est une armée de godillots pour vouloir ramener leurs illustres et moins illustres prédécesseurs à hauteur d’homme. 
 
Et forcément, quand ces derniers, qu’ils soient chefs de guerre, d’État ou plus simplement de clan, ne se fondent plus dans l’air du temps, leur statue s’écroule en même temps que leur statut.
 
Les incidents de Charlottesville, surmédiatisés à outrance, ont récemment mis en lumière la figure du général Robert Edward Lee que d’aucuns souhaitent déstatufier au nom de l’historiquement correct. Les lecteurs assidus de Margaret Mitchell (et de son prodigieux Autant en emporte le Vent) ou de feu Dominique Venner auront, quant à eux, déjà emprunté une grille de lecture moins manichéenne de la guerre de Sécession.
 
C’est au tour de Tito – pour qui on ne peut me soupçonner de nourrir une quelconque sympathie – de voir débaptiser, malgré l’opposition d’une majorité de la population, une place de Zagreb portant son nom. Le chef éponyme, d’origine croate, avait su maintenir unie une Yougoslavie écartelée entre ses nationalités qui finiront par s’entredéchirer dans une guerre sanglante, à quelques heures seulement de nos capitales, au début des années nonante.
 
En Belgique, du ronron médiatique s’élèvent aujourd’hui des voix pour retirer de la maison communale de Schaerbeek le buste de Roger Nols, bourgmestre emblématique de l’entité entre 1970 et 1989. Passé par la droite libérale avant de terminer sa carrière politique au sein du FN local – ersatz du parti alors présidé par Jean-Marie Le Pen -, l’homme avait initié dans sa commune une politique ferme en matière d’immigration, instaurant des guichets séparés pour les étrangers, promulguant un couvre-feu en période de ramadan et n’inscrivant plus que les Européens au registre des étrangers. 
 
Le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (mieux connu sous l’acronyme MRAX), officine de gauche agissant sous la férule antiraciste, monte désormais au créneau car “la présence du buste parmi les autres bourgmestres légitimise les positions inacceptables qu’il a prises et les discours de haine qu’il a tenus”.
 
Retirer une statue ou débaptiser une place signifie un effacement de l’Histoire, cette discipline que les bien-pensants honnissent autant qu’ils la méconnaissent. Seul le vide, dont le jupitéro-macronisme est le dernier avatar, est désormais statufiable. En période décadente, il ne manque jamais de pierres pour édifier un piédestal au rien. Au pire, on se servira des débris laissés par les statues des (anti)héros défaits.

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