Décidément, ce n’est pas une sinécure d’être statufié, que ce soit post-mortem ou de son vivant. Ainsi, début juin, à (), la statue d’un certain a-t-elle été déboulonnée avant d’être jetée dans le fleuve le plus proche. Au fait, qui était ? Juste une sorte de gloire locale s’étant enrichie dans la traite négrière, entre 1672 et 1689, et qui, plus tard, utilisa cette fortune pas tout à fait bien acquise pour développer la ville l’ayant vu naître. C’est donc à la fois l’esclavagiste et le philanthrope qui se trouvent, aujourd’hui, mis en cause ; comme quoi l’Histoire est complexe par nature.

À la place de l’édifice, les intellectuels de , peut-être moins instruits de ces nuances, ont érigé une autre statue : celle d’une femme noire, anonyme et poing droit levé, aussitôt baptisée « Une montée en puissance » (A Surge of Power, dans la langue de Shakespeare et de Benny Hill). Pas de pot, cette installation ne fut que « temporaire », tel que dit dans les milieux de cet art rebelle quasiment devenu art d’État, Marvin Rees, maire de Bristol, ayant fait à son tour déboulonner la statue en question.

Sur Twitter, l’édile assure comprendre qu’on puisse « s’exprimer », mais que l’objet du délit ayant été « installé sans autorisation », il devait à son tour être « retiré ». D’ailleurs, ne vaudrait-il pas mieux s’y reprendre à deux fois avant d’ériger ou de déboulonner ne serait-ce qu’un nain de jardin – pardon pour l’offense faite aux personnes à verticalité contrariée – sur la pelouse du premier cottage venu ?

En effet, imaginons que, parmi les ancêtres de cette reine d’un jour, on aille dénicher quelques ancêtres du Liberia, pays fondé en 1822 et devenu indépendant en 1847, avec l’argent de l’American Colonization Society, dont l’objet social était de permettre aux esclaves africains de regagner leurs pénates d’origine. En 1931, la SDN (ancêtre de l’ONU) condamne ces « Américano-Libériens » obligeant les autochtones à travailler dans des conditions proches de l’esclavagisme dans les plantations d’hévéa ; le tout pour le compte de ces multinationales commençant déjà à faire de l’ leur chasse gardée. Et il faudra encore attendre 1945 pour que ces Noirs, mis en coupe réglée par d’autres Noirs, puissent enfin obtenir plénière égalité des droits civiques et celui, encore plus élémentaire, consistant à avoir celui de voter.

Il y aurait aussi matière à remontrances progressistes, sachant qu’il est bien mignon d’abattre les statues des généraux sudistes, coupables d’esclavagisme, alors qu’un autre président d’alors, Abraham Lincoln, donné pour abolitionniste en la matière, n’hésitait pas à écrire : « Je dirai que je ne suis pas et que n’ai jamais été en faveur de l’égalité politique et sociale de la race noire et de la race blanche, que je ne veux pas et que je n’ai jamais voulu que les Noirs deviennent jurés ou électeurs ou qu’ils soient autorisés à détenir des charges politiques ou qu’il leur soit permis de se marier avec des Blanches. Dans la mesure où les deux races ne peuvent vivre ainsi, il doit y avoir, tant qu’elles resteront ensemble, une position inférieure et une position supérieure. Je désire, tout autant qu’un autre, que la race blanche occupe la position supérieure. »

D’un autre côté, les minorités noires agissantes, en déboulonnant les statues de Christophe Colomb, découvreur des Amériques, viennent maintenant de se mettre à dos la plus importante des minorités états-uniennes : celle des Latino-Américains, catholiques, hispanophones et souvent d’origine indienne, soit celle des primo-habitants. Bref, c’est le serpent qui se mord la queue et les nigauds qui se mangent entre eux.

Laissons le mot de la fin à un Stéphane Bern qui, non content de dénoncer cette « vision de l’Histoire totalement anachronique », affirme : « Il faudrait peut-être s’intéresser d’abord à l’esclavage moderne, celui des Asiatiques retenus au Qatar pour construire des stades. » Pas faux.

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