L’auberge espagnole, c’est celle où l’on se nourrit de ce que l’on apporte. Et les macroniens se nourrissent de mots. Ils n’en sont pas avares, ils sont là en abondance, sur la table du festin pour s’en gaver jusqu’à plus faim. Derrière chacun de ces mots sur lesquels ils glosent ad nauseam et qu’ils vont qualifier de priorités, il y a des maux subis par les Français, vous, moi et les autres. En ces temps de post-fête nationale, passons en revue les troupes de ces priorités énoncées par le discours de politique générale de M. , nouveau Premier ministre à la tête du gouvernement de notre pays. Ouvrez le ban.

Soyons honnêtes : il commence par un juste constat, celui de la dissociété, et n’exonère pas l’impuissance publique passée de sa responsabilité dans ce désastre. Même si l’invocation d’une démocratie directe peut, au choix, faire rire les plus cyniques ou révolter les moins naïfs. C’est joueur de parier (entre autres) sur l’absence de rémanence des états généraux de la bioéthique volés par le Conseil consultatif national d’éthique et ses mandants.

L’emploi est érigé en priorité absolue et l’économie doit le favoriser. L’État veut user de subsidiarité pour ce qui concerne ses futures embauches. Qui y croit, mais pourquoi pas ? Est-ce une posture que de parler de croissance écologique en lui opposant la décroissance verte ? Comme disait Jean-Paul Sartre, ou à peu près, il ne faut désespérer ni la Bourse ni les Verts, Khmers ou pas. Les retraites, sujet inflammable, occupent aussi le pupitre. La réforme esquissée à coup d’article 49 alinéa 3 sera poursuivie, juste et équitable, bien sûr, et après moultes concertations futures. Lutter contre les séparatismes justifiera d’un projet de loi à la rentrée. Un bon point : l’islamisme est nommé comme problème. Quel dommage qu’un autre courant de pensée qui « s’approprie l’espace public » depuis plus de deux siècles ne soit pas, lui aussi, identifié comme un adversaire.

Mes excuses les plus plates aux autres priorités que j’aurais omises… Fin de la revue, fermez le ban, place aux sarcasmes.

Bien sûr, un discours de politique générale, c’est promettre à tous qu’ils seront plutôt riches et en bonne santé que pauvres et malades. C’est, par essence, un exercice imposé de « et en même temps », et celui-ci ne déroge pas à la règle. Le député Damien Abad parlant au nom du groupe Les Républicains ne s’y trompe pas : il est profondément incohérent de proclamer que la priorité est essentiellement économique et de faire voter, en premier et à la sauvette, le projet de loi bioéthique en juillet 2020 et de se censurer sur ce sujet dans son discours de politique générale.

Il a tout autant raison lorsqu’il parle de gages donnés à l’aile gauche du macronisme, avide de sociétal. L’arbitrage se fait au détriment des Français qui, dans les difficultés qu’ils rencontrent, se soucient comme d’une guigne des dispositions de cette loi. Ils ont sans doute de bonnes raisons d’avoir d’autres préoccupations immédiates mais ils ont tort : elle porte en elle des bouleversements anthropologiques néfastes à la dignité de l’homme, toujours plus démuni, et qui devient la proie des marchés.

Pour le pouvoir, l’oukase doit être saisie : avec l’interdiction des grands rassemblements, autant s’éviter une manifestation de Marchons enfants ! en votant le texte pendant les vacances. C’est lâche, méprisant des citoyens, mais c’est efficace. Le calcul politique est toujours le même, la variable d’ajustement c’est toujours les cathos qui ne renversent jamais la table et refusent d’entrer en dissidence. Pour l’instant.

Alors, que dire de la feuille de route du Premier ministre Jean Castex ? Mots, mots, mots pour pasticher Hamlet. Ou maux maux, maux. La confiance a été votée par cette assemblée servile, la défiance de la nation se mesurera sans doute sous brève échéance.

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