Editoriaux - International - Sport - 5 mai 2019

Sport : Caster Semenya discriminée ?

Caster Semenya est une athlète sud-africaine de 28 ans, double médaillée d’or (2012-2016) sur 800 mètres aux Jeux olympiques et triple championne du monde sur cette distance (2009, 2011 et 2017). Mais elle a un problème : son palmarès éblouissant doit, sans doute, beaucoup à son hyperandrogénie, désordre hormonal qui lui fait naturellement sécréter assez de testostérone pour ressembler plus à Sylvester Stallone qu’à Marie-José Pérec. Ce qui agace évidemment beaucoup celles qu’elle bat régulièrement.

Pour ces cas-là, l’International Association of Athletics Federations (IAAF) vient de concocter une réforme, pas encore appliquée, obligeant les athlètes présentant des différences de développement sexuel (DDS) à faire baisser leur taux de testostérone avec un traitement pour pouvoir participer aux épreuves internationales.

Du coup, c’est Caster qui râle et introduit un recours devant le Tribunal arbitral du sport au motif que ce nouveau règlement serait destiné à « la ralentir ». « Elle demande à être respectée et traitée comme n’importe quel autre athlète », soulignent ses avocats. « Son don génétique devrait être célébré, pas faire l’objet de discrimination. » Aïe ! le grand mot est lâché, va falloir y aller sur des œufs !

D’accord, le fair-play sportif impose que tous soient égaux sur la ligne de départ. Vous me direz que s’ils l’étaient vraiment, ils le seraient aussi sur la ligne d’arrivée, ce qu’aucun de mes profs de gym n’a jamais voulu comprendre. Il est vrai qu’avant-guerre (du Kippour), ils ne se recrutaient pas dans les temples intellectuels que sont aujourd’hui nos STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives).

D’ailleurs, le problème n’est pas nouveau. Voyez Oscar Pistorius né sans jambes et, il n’y a pas de hasard, compatriote de Caster Semenya. Avant qu’il ne se rabatte vers le tir au pistolet sur sa compagne, ses prothèses en fibre de carbone lui permettaient de courir si vite qu’on ne savait trop s’il fallait le classer handicapé ou valide…

Et la question risque encore de se compliquer avec les fabuleux progrès sociétaux dont ce siècle s’annonce si riche. Imaginez que, converti par la lecture conjointe de Simone de Beauvoir et de Judith Butler, Sébastien Chabal ait décidé, du temps de sa gloire, qu’il était une femme… Parce qu’être une femme, c’est un droit de l’homme, non ? Aurait-il été accepté dans l’équipe de rugby féminine ? Ou aurait-il été victime de discrimination ?

« Les inégalités sont-elles des injustices ? », beau sujet de bac philo. Vous avez trois heures…

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