Signe des temps, la campagne législative algérienne s’invite en France

À la faveur de la natalité et de l'immigration, la diaspora algérienne en France suscite toujours plus de convoitise.
Video du député de l'émigration Tawfik Khedim appelant sur Facebook les binationaux algériens à aller voter aux municipales en France. Capture d'écran TSA
Video du député de l'émigration Tawfik Khedim appelant sur Facebook les binationaux algériens à aller voter aux municipales en France. Capture d'écran TSA

Les campagnes électorales algériennes vont-elles désormais se mener en France ? On peut se le demander. Ce samedi 25 avril 2026, un député algérien a fait le déplacement jusqu’à Châtellerault, commune du centre-ouest de la France, afin d’y rencontrer la diaspora locale. Une quarantaine de personnes avaient répondu présent, visiblement avides de faire entendre leurs doléances au dénommé Tawfiq Khedim. « Cette rencontre a été un moment fort d’écoute et de dialogue autour des préoccupations de notre communauté : mobilité, démarches administratives, lien avec l’Algérie et perspectives d’avenir, s’est ensuite félicité le Cercle des Algériens de la Vienne, sur Facebook. Comme souligné lors des échanges, la communauté algérienne à l’étranger joue un rôle essentiel, à la fois pour son pays d’accueil et pour l’Algérie. Elle constitue un véritable pont entre les deux rives, porteur d’opportunités, de solidarité et de développement. »

Cette visite serait-elle à mettre en lien avec la campagne électorale lancée de l’autre côté de la Méditerranée ? Le 2 juillet prochain se tiendront en effet les élections législatives algériennes. Les 407 députés de la dixième législature de l'Assemblée populaire nationale (APN) y seront élus pour un mandat de cinq ans. Un enjeu de toute première importance pour le régime qui compte bien faire le nécessaire pour se maintenir en place.

Une diaspora de plus en plus courtisée

Après plusieurs scrutins marqués par une forte abstention, Alger entend mobiliser « sa » jeunesse. C’est dans ce but qu’a été lancée l’initiative Haya Chabab (« Allez les jeunes ») en avril dernier, une semaine tout juste avant la révision des listes électorales. « La troisième édition de l’initiative Haya Chabab s’inscrit dans la continuité d’un projet gouvernemental clair : placer la jeunesse au centre des processus démocratiques », indique ainsi le média communautaire Jeune Afrique.

Les « jeunes » vivant en France sont tout particulièrement courtisés. Histoire de les attirer dans les urnes, le pouvoir algérien a consenti à accorder aux Algériens résidant à l’étranger davantage de sièges à l’Assemblée. « Nous sommes très satisfaits de l’augmentation du nombre de sièges pour représenter la communauté, qui passe de 8 à 12, soit une hausse de 50 %, a indiqué Mohamed Hani, député et membre de la commission des affaires étrangères, soulignant que c’est « un signal fort en faveur d’une meilleure représentation des Algériens résidant à l’étranger ». Et l’élu algérien de saluer une « prise de conscience réelle » et « un véritable engouement au sein de la communauté ».

Quel est donc le poids de cette « communauté » en France ? Directeur de l'Observatoire français de l'immigration et de la démographie, Nicolas Pouvreau-Monti la chiffre, « de manière prudente », à près de trois millions de personnes. Le député Mohamed Hani, lui, prend moins de gants et parle de « 8 millions d’Algériens » vivant en France…

Le sujet tabou de l’allégeance

Ces millions de Franco-Algériens sont donc appelés à voter aux élections algériennes, mais aussi à peser lors des élections françaises. Au mois de mars dernier, le même Tawfik Khedim qui était à Châtellerault samedi avait appelé la diaspora algérienne à peser dans l’autre sens et s’impliquer pleinement dans les élections municipales françaises. Il était alors apparu en compagnie de deux hommes présentés comme des « Algériens », mais candidats aux mairies de villes bien françaises… « Donc, on ne peut que les encourager, être à leur côté. On leur souhaite la réussite, exhortait l’élu. Les binationaux, n’hésitez pas à accomplir votre droit et votre devoir surtout. À tous les Algériens qui sont candidats : bon courage ! » La vidéo avait été relayée sur la page Facebook du média algérien TSA, qui confirmait que « de nombreux candidats franco-algériens sont dans la course dans différentes villes françaises ».

Des binationaux appelant d’autres binationaux à faire élire des binationaux. On voudrait renforcer les craintes d’une « cinquième colonne » en France qu’on ne s’y prendrait pas autrement. « Quand vous êtes un binational, vous n’êtes la cinquième colonne ni de l’un ni de l’autre : vous êtes celui qui essaie de créer des passerelles », s’est cependant défendu, il y a quelques jours, le sénateur Akli Mellouli, d’origine algérienne.

La question se pose pourtant depuis plusieurs décennies. Élu du Morbihan, Christian Bonnet avait interpellé le ministre de l’Intérieur à ce sujet, en novembre 1995, après avoir observé « plusieurs centaines de milliers d'électeurs » se rendre aux urnes en France dans le cadre de l'élection du président de la République algérienne. Jean-Louis Debré avait alors répondu avec une franchise qui a, depuis, déserté notre vie politique contemporaine : « La binationalité peut, il est vrai, poser parfois quelques difficultés, voire un problème d'allégeance. Une réflexion a été engagée à ce propos sous l'égide de la chancellerie en associant des parlementaires... » Il semble hélas que, trente ans plus tard, la « réflexion » engagée n’ait toujours pas abouti.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 09/06/2026 à 16:06.
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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

33 commentaires

  1. On doit être ou Français ou Algérien mais pas les deux !! A supprimer cette possibilité d’avoir 2 Patries !

  2. On doit être ou Français ou Algérien mais pas les deux !! A supprimer cette possibilité d’avoir 2 Patries !

    • Du moins, si on est binational et résident dans un pays, on ne devrait pas pouvoir voter dans les deux pays. Il faudrait faire un choix : OK, je veux vivre en France, donc respecter ses lois et parler le Français, alors je prends la nationalité française et la nationalité algérienne m’est retirée. Cela reste mon « pays d’origine », mais ce n’est plus ma « nationalité » , et je ne peux plus voter dans ce pays.

  3. Si mère hollandaise et papa espagnol, je comprends que les enfants puissent avoir deux nationalités, par sécurité, les ménages franco-allemands connaissent les vicissitudes des séparations avec enfants. Je constate qu’il y a un problème en France avec ces bi-nationalités. Au fait, pourquoi pas trois, quatre…Maboul trouverait ça bien! Je suis aussi effaré quand je vois des noms comme celui ici d’un sénateur mais c’est généralisé, ils sont partout, dans les administrations, les directions d’entreprises, les services publics, les directions d’écoles, les génériques de films et dans les émissions télé, le médical, l’artistique, le sport évidemment, ça interpelle. Imaginez cette situation au Congo, en Iran,…en Chine !

  4. Nous avons pas l’impression que 3 millions est plus véritable que 8.
    A chaque élection Algérienne le quartier ou se trouve un bureau de vote est bouclé a la circulation, je sais j’en avait fait les frais.

  5. Le seul avantage de la binationalité c’est qu’elle devrait permettre à un gouvernement courageux de déchoir de la nationalité française les individus délinquants. En revanche elle devrait exclure les binationaux de tout mandat politique , quel qu’il soit , des municipales aux présidentielles, en passant par les législatives et tous les postes à grosses responsabilités nationales.

  6. En tant que gueux spoliés, je serais outrée, effarée, que le pignon que me pique l’Etat français serve à organiser et financer des actions dans ces élections algériennes. D’ailleurs, l’Algerie nous rend elle la pareille ? D’ailleurs la binatuonalite est une aberration imaginée par des traitres. Il est plus que temps que cette traîtrise arrête de régenter les décisions politiques de notre pauvre France. Je poserai également la question : l’Algérie nous rend elle la pareille ? Non ! Alors stop à la double nationalité qui pourrait être, éventuellement, acceptée pour les ressortissants des pays européens jusqu’à la 3eme génération au minimum. Donc impossible pour les nouveaux espagnols qui viennent d’être régularisés et qui vont bientôt débarquer en France,Nou ils seront soignes, nourris, loges, etc, sans aucune contrepartie.

  7. l’Algérie est une vraie démocratie. Il n’y a pas de dictature du bien comme en France.

  8. Choisir c’est renoncer. Ou tu es Français, ou tu es Algériens. Les deux sont incompatibles. Je suis contre la bi nationalité. Si la France entrait en guerre , ce ne sont pas les bi nationaux qui la défendraient

  9. Il faut interdire les bureaux de vote algériens en France.
    Qu’ils aillent voter au bled.
    Qu’ils n’oublient pas leurs laisser-passer consulaire au retour.

  10. Comme quoi, il devrait être impossible d’être un bi-national, tu choisis une nation, tu n’as plus rien à voir avec ton ancien pays

  11. La réflexion a peut-être abouti, mais il n’est peut-être pas bon que l’électeur de base soit tenu au courant.

    • Les bi-nationnaux sont des profiteurs qui espèrent manger aux 2 râteliers. S’ils veulent participer aux élections dans leur pays d’origine, qu’ils y aillent et qu’ils y restent.

  12. En Algérie les binationaux ne peuvent pas accéder aux fonctions électives et fonctionnariat.
    Ils doivent alors renoncer a leur 2eme nationalité.
    On serait bien avisé de faire la même chose avec nos binationaux

      • en droit international ça s’appelle la réciprocité : qu’on applique en FRance, la législation du pays d’origine du bi national….ça va déjà régler bon nombre de problèmes….

    • J’approuve à 100%.Voir comment l’algéro franco Zéribi,traite la France par rapport à l’Algérie…l’inverse en ferait un Sansal bis.

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