J’ai toujours été étonné de constater qu’on chérissait volontiers la liberté mais que la sécurité et ses exigences n’appelaient pas le même enthousiasme.

Au point de dénaturer la sécurité en sécuritaire pour constituer une aspiration légitime en obsession.

Je n’ai pas l’intention de mêler à nouveau ma voix modeste au débat engagé à propos du projet de loi antiterroriste. Le fait que les perquisitions administratives devront, conformément à l’avis du Conseil d’État, être soumises préalablement à l’autorisation du juge des libertés et de la détention (JLD) rassurera les humanistes inquiets et ne découragera pas les pragmatiques soucieux d’efficacité si l’autorité judiciaire ne se plaît pas à entraver un processus qui ne l’a prévue que sur le tard.

Je persiste : cette intégration dans le droit pénal ordinaire de mesures exceptionnelles seulement vouées à combattre et à poursuivre le terrorisme est une excellente initiative.

Ce n’est pas le énième collectif d’avocats, auquel évidemment Le Monde a réservé un accueil favorable, qui représentera un obstacle valable à la mise en œuvre de ce dispositif avec les sempiternelles craintes sur le risque de l’amoindrissement de nos libertés.

Pas davantage que les doléances répétitives du Défenseur des droits Jacques Toubon qui, oubliant son réalisme d’antan, s’obstine à se chagriner de tout ce qui va raffermir notre démocratie sans en altérer l’esprit. Je ne vois pas en quoi les musulmans seraient stigmatisés par le projet, sauf à interdire à un Etat de se protéger des terroristes aujourd’hui musulmans fiers de leurs entreprises criminelles. Si les stigmatiser est ne pas accepter leur haine meurtrière, alors vive la stigmatisation de cette minorité qui tue ! Ce texte – poncif indéfiniment exploité – ne serait pas “garant des libertés”.

Je ne suis pas de ceux qui doutent, à cause de l’argument absurde lié à son âge et à ses capacités physiques, de l’énergie et de la résolution de Gérard Collomb. J’ai d’autant moins envie de les discuter que, dans le couple régalien qu’il forme avec le nouveau garde des Sceaux, jusqu’à nouvel ordre, je suis plus sensible à son inspiration et à son action qu’à celles de Nicole Belloubet, ministre socialiste et professeur de droit dont le discours en réponse à celui de François Bayrou n’a pas eu la rigueur et la fermeté pour axe principal. La partisane et la technicienne feront-elles bon ménage ?

Le ministre de l’Intérieur devra être d’autant plus vigilant que, récemment, une mesure inepte de la Direction générale de la police nationale a durci les conditions du port d’arme hors service pour les agents. Les commissariats protestent à juste titre et, bien entendu, je les rejoins.

Il y a, pour expliquer leur opposition, d’une part, les difficultés pratiques d’effectivité de ces nouvelles modalités souhaitées et, d’autre part, l’évidence de deux incohérences dans le climat actuel.

Alors que la quotidienneté du fonctionnaire de police hors service est devenue – beaucoup d’expériences et de récits en témoignent – une source d’angoisse et de péril, un risque constant, est-il bien raisonnable d’alourdir ce qui au moins représentait pour lui une protection minimale, rassurante même si, le plus souvent, elle demeurait virtuelle ?

Plus gravement, quand des tragédies criminelles terroristes ont blessé et tué des policiers, que le terrorisme surgit de n’importe où et frappe avec n’importe quoi, que la police est clairement visée comme l’ennemi public numéro un, n’est-il pas aberrant, irresponsable de compliquer un système qui, au contraire, devrait être allégé ? Sauf à faire du policier non plus une cible potentielle mais une victime offerte.

Gérard Collomb ne pourra pas valider une telle disposition.

Ce ne sera pas instiller du défaitisme dans notre République, une sorte de tristesse et de morosité chroniques que de vouloir entendre proclamer que la sécurité nous est aussi chère, mérite autant d’être chérie que la liberté.

Extrait de : Justice au Singulier

25 juin 2017

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