Discours - Editoriaux - Entretiens - Politique - Santé - Table - 23 juin 2018

Santé mentale des migrants : une “urgence de santé publique” ?

Selon un rapport de Médecins du monde et du Centre Primo-Levi récemment publié, la santé mentale des migrants serait une “urgence de santé publique” trop négligée. Certes, abandonner son village et les siens, traverser une partie de l’Afrique dans des conditions hasardeuses, se faire voler, tabasser, voire violer, par les passeurs professionnels, embarquer sur une coque de noix dont quelques commensaux se noyent sous vos yeux, pour se retrouver dans un lieu dont vous ne connaissez ni la langue ni les usages… il y a de quoi déstabiliser psychologiquement les plus aguerris.

On sait que, depuis 1999, répondant à un souci humanitaire louable, l’aide médicale de l’État (AME) permet aux personnes en situation de séjour irrégulier l’accès gratuit (en réalité, financé par le contribuable) à tous les soins, dont la psychiatrie. Or, s’il n’est pas très lourd d’extraire un dent, de soigner une gale, d’ajouter un accouchement ou patient à un tableau opératoire, la psychiatrie est précisément le parent pauvre de notre médecine. Elle nécessite des entretiens longs et répétés, sans parler de la barrière de la langue, pour laquelle les associations d’aide aux étrangers ont trouvé, bien sûr, une solution miracle : la sanctuarisation des budgets d’interprétariat… À l’heure où, faute de juge, on remet sept trafiquants de drogue dans la nature et où des tribunaux peinent à financer une rame de papier pour la photocopieuse, on mesure la pertinence de la proposition !

Le système médiatique fait grand cas de la distinction entre migrants économiques, dont l’accueil serait “discutable”, et réfugiés politiques devant bénéficier d’un droit d’asile manifeste. Mais il oublie une troisième catégorie : celle du droit au séjour pour soins. Si l’étranger malade démontre que les traitements dont il a besoin sont absents de son pays d’origine, il peut rester sur le territoire français pour y être soigné.

Comme toute mesure généreuse, celle-ci entraîne des effets pervers. La première est la difficulté, pour une jeune femme médecin, à neuf heures du soir dans un “quartier”, de refuser à son dernier patient étranger, flanqué de deux cousins bodybuildés qui commencent à taper sur le bureau, un certificat attestant qu’il est très malade… La seconde est l’exploitation du système par des confrères véreux, comme cette psychiatre parisienne qui, en cheville avec un président d’association d’aide aux étrangers, a monnayé pendant plusieurs années de faux certificats attestant des troubles psychiatriques à des étrangers sans papiers. Bien pratique, le “syndrome post-traumatique lié à un conflit armé” !

“C’est beau, c’est grand, c’est généreux, la France !” conclut, par ces mots, de Gaulle dans son discours de juin 1958 sur le Forum d’Alger. Dommage que, quatre ans plus tard, les harkis aient eu moins de chance que les migrants d’aujourd’hui…

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