[SANTÉ] Faux médecins, vrais profits : le scandale des téléconsultations

L’essor des téléconsultations favorise la vente frauduleuse d’arrêts maladie et révèle les failles du système de santé.
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Photo de Bermix Studiosur Unsplash

Depuis l'épidémie de Covid-19, le nombre de téléconsultations a considérablement augmenté ainsi que la possibilité d'établir des arrêts de travail à distance sans avoir examiné le malade. Certes, ces arrêts sont en théorie limités dans le temps à trois jours (renouvelables), mais il n’en fallait pas plus pour permettre à certains de vendre par Internet des arrêts de travail et de faire ainsi de substantiels bénéfices.

Un arrêt de travail en quelques clics

Le site Police et Réalités,, le 15 avril, nous informe qu'un faux médecin de 25 ans aurait vendu 44.000 arrêts maladie en ligne entre 2025 et 2026 et empoché près d'un million d'euros. La démarche était très simple, il suffisait d'aller sur son site et de verser 21 euros pour obtenir, en quelques clics, un arrêt de travail qui avait l'air parfaitement authentique. Le suspect, âgé de 25 ans, a été mis en examen pour exercice illégal de la médecine, escroquerie en bande organisée, usage de faux, association de malfaiteurs et blanchiment, d'après le site qui révèle ces informations, et il est désormais incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis.

Cette affaire n'est pas isolée. Déjà, en 2024, dans les Landes, un jeune homme de 22 ans avait vendu 25.000 faux arrêts de travail qu’il facturait 9 euros aux internautes, depuis un site baptisé « Stop travail », causant un préjudice de plusieurs millions d'euros à l'assurance maladie et lui ayant permis d’empocher un bénéfice de 280.000 euros en quelques mois.

Alors que la CPAM vient de rendre obligatoire, pour les praticiens, l’usage de nouveaux formulaires papier sécurisés, il est très facile d'aller sur des sites pour obtenir un arrêt maladie, avec éventuellement une téléconsultation au cours de laquelle on pourra raconter n'importe quoi pour rendre vraisemblable une pseudo-maladie, car le médecin ne peut pas examiner le malade, et c'est très rentable pour les sites qui pratiquent cette pseudo-médecine.

Des téléconsultations pour pallier l'accès au soin, détournées

En acceptant de rémunérer ce type de consultation, l'administration a grandement favorisé le développement de cette pratique pour, au départ, pallier le manque d'accès aux soins. Mais ce qui aurait dû se limiter à des conseils est rapidement devenu un business rentable, permettant de prescrire ordonnances et arrêts maladie sans, bien sûr, avoir examiné le malade. Rien d'étonnant, alors, à ce que des escrocs profitent du système pour se faire de colossaux bénéfices.

Face à cette dérive, l'Assemblée nationale devrait se saisir de ce dossier et, entre autres, interdire le renouvellement d'arrêts maladie par téléconsultation. Selon la CNAM, ils ont augmenté de 30 % en dix ans, ce qui représente un coût annuel de 18 milliards d'euros pour la Caisse primaire d'assurance maladie, soit une hausse de 45 % depuis 2019, période du Covid-19 et date de mise en place des téléconsultations !

Ces téléconsultations devraient rester un complément à la médecine traditionnelle et se contenter de donner des conseils médicaux ou agir dans des suivis simples, sans chercher à remplacer la consultation en présentiel, car si elles devaient se développer encore, cela pourrait être une source accrue d’erreurs thérapeutiques par manque d'examen physique du malade et, bien sûr, favoriser encore plus les fraudes.

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Dr. Jacques Michel Lacroix
Médecin - Médecin urgentiste et généraliste

Vos commentaires

31 commentaires

  1. Normalement, même avant les imprimés sécurisés actuels, il y avait un numéro d’identification (RPPS ou ADELI) du médecin sur l’arrêt de travail. Il faut croire que ce numéro n’est jamais vérifié par l’assurance maladie pour qu’un faux médecin puisse faire des milliers de faux arrêts de travail.

  2. « Failles » du système de santé? un grand canyon,oui !
    D’avoir pensé qu’un tel système ne portait pas en lui tous les abus ,montre bien la profonde insuffisance intellectuelle de ceux ,fonctionnaires et élus, qui ont permis cela

  3. Effarante dérive d’un système supposé alléger les tâches quasi uniquement administratives qui marquent certaines prescriptions médicales<.

  4. La téléconsultation partait d’une bonne idée pour simplifier la vie des patients, elle a hélas été dévoyée par des racailles qui trouvent moyen de s’enrichir avec la complaisance de quelques profiteurs adeptes de l’arrêt de travail qui ne l’auraient peut-être pas obtenue en face à face avec leur praticien !
    Dommage, une fois de plus quelques profiteurs viennent pourrir la vie d’une majorité d’honnêtes personnes !

  5. Quand je lis « et, entre autres, interdire le renouvellement d’arrêts maladie par téléconsultation. », je me dis que c’est même le premier arrêt de travail qu’il faut interdire. En effet, comment déclarer un patient malade et délivrer un arrêt de travail sans même occulter le patient ? C’est la porte ouverte aux abus, aux dérives et inutile d’avoir fait IEP ou ENA deux ou trois fois pour le comprendre !

  6. Il fallait s’y attendre! Bravo à la génération experte en manipulation informatique! Ceci dit, « télé »-« renseignement » aurait été plus « juste » que « télé »-« consultation »! Une « consultation » dite « médicale » (fondement de l’exercice de la médecine!) nécessite la présence du patient! Elle justifie et garantie la validité de l’acte médical. Le principe de « télé consultation » a été prévu depuis quelques décennies, vendu sous prétexte de « déserts médicaux » tout autant consciencieusement « fabriqués » dans une perspective programmée visant la disparition du « corps médical »! L’IA et autres « robots » (efficaces) vont même remplacer l’utilité d’un médecin « pratiquant » (??) derrière un écran! Apparemment, les médecins n’ont pas compris le discrédit infligé à l’exercice de leur « art » et à leur disparition programmée !? Alors…pourquoi pas un « robot » ??? Sauf que au-delà d’un « diagnostic » (??), les intervenants en aval (infirmières, kiné, IRM, SCANNER etc) risquent de faire défaut !

  7. Je ne vois pas comment on peut consulter sans voir la personne. De toutes les façons certains médecins ne savent que taper sur un ordinateur, ils ne savent plus rien. Un spécialiste à qui j’expliquais mes différents problèmes (je suis dans le médical) m’a dit « Taisez-vous car je ne peux pas me concentrer »… J’aurais dû consulter un vétérinaire. Ouaf, ouaf!!!…La médecine, ce n’est plus ce que c’était ma pof dame!…

    • Sachez Maria, qu’il y a une cinquantaine d’année, les militaires à Saumur, préféraient souvent aller voir le vétérinaire que le médecin. C’est une histoire qui a circulé, je n’en ai pas été témoin, donc à prendre avec beaucoup de précautions…

    • Je comprends votre réaction, Maria. Cependant, pour prendre notre cas, nous résidons en milieu rural, notre généraliste en vacances, et quand il consulte, c’est trois à quatre jours de patience au téléphone pour obtenir un RDV à huit jours sauf urgence, jusqu’à trois heures à patienter encore en salle d’attente, et le médecin, de mauvaise humeur (justifiée, et partagée!) risque d’oublier une prescription sur son ordonnance, qui fait qu’il faudra y retourner!
      Alors que la téléconsultation, c’est 5 à 10 minutes d’attente, chez vous, le praticien vous prend à l’heure annoncée, il a déjà pris en compte vos indications déposées en ligne, il sait donc ce dont vous souffrez, l’ordonnance vient aussitôt, et le parcours coordonné fonctionne!

      • @Berfranda45 : supposer que le patient B est atteint du même mal que le patient A parce qu’il présente les même symptômes est la première erreur, oublier que les êtres humains ne sont pas tous identiques est la seconde et faire un diagnostic sans voir, écouter, palper un patient est la troisième. Triptyque qui est le fondement de toutes les erreurs médicales.

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